Vous avez plus de 24 ans ?

Help us verify your age by providing an honest response. This site contains gambling advertising for 24+.

Age-restricted content

Vous n'avez pas l'âge requis pour consulter les contenus liés aux paris. Vous allez être redirigé vers la page d'accueil.

alt
Di Canio Rebels 1:1Getty/GOAL

REBelles : Paolo Di Canio, légende de West Ham et de la Lazio, liée au fascisme

Mark Doyle
Traduit par
  • Lorsque Sunderland a nommé Paolo Di Canio au poste d’entraîneur en mars 2013, David Miliband, ancien ministre des Affaires étrangères du Royaume-Uni, a démissionné de son poste de vice-président du club en raison des « déclarations politiques passées » de l’Italien sur le fascisme. L’Association des mineurs de Durham (DMA) a, quant à elle, réclamé la restitution d’une bannière prêtée au Stadium of Light depuis 15 ans.

    « Nous ne sommes pas disposés à laisser une bannière dans un stade où cet homme joue un rôle de premier plan », a déclaré Dave Hopper, secrétaire général de la DMA, à propos de Di Canio. « Le club se présente comme un club au service de la communauté, mais quand on voit l’homme qu’il a nommé, cela ne va certainement pas faire beaucoup de bien à la communauté. Cela va encourager tous ces groupes de droite qui s’agitent déjà ici : l’EDL (English Defence League) et le BNP (British National Party). Quel message cela envoie-t-il à la communauté ? »

    Di Canio a d’abord refusé d’aborder tout autre sujet que le football. Mais, « profondément blessé par les attaques » visant son nouveau club, il a tenté de se défendre.

    « Je suis un homme honnête », a-t-il déclaré dans un communiqué publié sur le site officiel de Sunderland. « Mes valeurs et mes principes me viennent de ma famille et de mon éducation. Je pense que je ne devrais pas avoir à me justifier sans cesse auprès de personnes qui ne comprennent pas cela. Toutefois, je ne dirai qu’une chose : je ne suis pas l’homme que certains aiment dépeindre. »

    Le problème pour Di Canio, toutefois, est qu’il a toujours été difficile de le présenter autrement que comme un ancien footballeur talentueux, mais au tempérament difficile et aux convictions politiques inquiétantes.

  • De supporter à attaquant

    FBL-ITA-LAZIO-ROMA
    AFP

    Di Canio a connu deux passages distincts dans le club de sa ville natale, la Lazio, au début et à la fin de sa carrière au plus haut niveau.

    Di Canio a un jour déclaré que « dans la vie, j’ai toujours recherché la confrontation », ce qui explique peut-être pourquoi, bien qu’il ait grandi dans un quartier de Rome où la majorité des habitants soutenaient la Roma, il est devenu non seulement supporter de la Lazio, mais aussi ultra du club. « Des supporters adverses m’ont lancé des briques », a-t-il révélé dans son autobiographie. « J’ai été gazé aux lacrymogènes et frappé par la police. »

    Mais Di Canio ne s’est pas contenté de suivre la Lazio dans sa jeunesse : il y a aussi joué. Après avoir rejoint le club de la capitale en 1985, alors que celui-ci évoluait encore en deuxième division italienne, il a finalement fait ses débuts avec la Lazio le 9 octobre 1988, lors d’un match de Serie A à Cesena.

    Supporter devenu attaquant, Di Canio a immédiatement été adopté par les supporters de la Lazio. Il a toutefois acquis un statut de héros auprès d’eux le 15 janvier 1989, lors du premier Derby della Capitale depuis le retour de la Lazio dans l’élite, en célébrant devant les supporters de la Roma, dans la Curva Sud, le but qui a offert la victoire à son équipe.

    Di Canio a toutefois été vendu à la Juventus l’année suivante, et c’est à Turin qu’il a commencé à souffrir de crises de panique. « C’était terrible, a-t-il raconté. On a l’impression que tout s’assombrit. C’est comme si nos yeux ne voyaient plus rien. »

    Ses problèmes d’anxiété, conjugués à son caractère explosif, ont sans aucun doute contribué à ses difficultés d’adaptation, aussi bien à la Juventus qu’à l’AC Milan, qu’il a rejoint en 1994 après une saison relativement réussie à Naples. Le talent de Di Canio ne faisait aucun doute, mais son tempérament fougueux l’amenait aussi à se heurter constamment à ses entraîneurs. Partout où il passait, les polémiques ne tardaient donc pas à suivre.

  • Cela en vaut-il la peine ?

    Paolo Di Canio
    Getty Images Sport

    Malgré tout son bagage émotionnel, Di Canio a prouvé en Angleterre qu’il était un très bon footballeur.

    Après avoir été élu joueur de l’année par les joueurs de la PFA Scotland au terme d’une première saison sensationnelle au Celtic, Di Canio a exigé une forte augmentation de salaire. Face au refus du club, il a obtenu son transfert à Sheffield Wednesday pour 4,2 millions de livres sterling, où son comportement imprévisible n’a pas changé. À peine plus d’un mois après son arrivée, alors que Sheffield Wednesday était mené par Grimsby Town, club de troisième division, lors d’un match de Coupe de la Ligue, Di Canio a, dans les faits, refusé de reprendre le jeu. Ce n’était pas la première fois de sa carrière.

    « Paolo est rentré et a retiré toute sa tenue [à la mi-temps], a jeté ses chaussures contre le mur, puis est allé sous la douche en disant qu’il en restait là », a raconté l’ancien défenseur de Sheffield Wednesday Steve Nicol à The Athletic. « Nous avons dû demander à [l’entraîneur adjoint Peter Shreeves] de le raisonner et de le faire sortir de la douche pour qu’il se rhabille et retourne sur le terrain. »

    À Sheffield Wednesday, on a toujours estimé que Di Canio valait la peine de composer avec ses écarts. Il possédait cette rare capacité à faire basculer un match à tout moment et, malgré ses sautes d’humeur, son éthique de travail était presque toujours exemplaire. Il était ainsi, de loin, le joueur du club dans la meilleure condition physique.

    Compte tenu de son imprévisibilité constante, ce qui s’est produit à Hillsborough le 26 septembre 1998, bien que choquant, n’a guère surpris les personnes liées au club.

  • La poussée

    Paolo Di Canio of Sheffield Wednesday
    Getty Images Sport

    Di Canio a écopé d’une amende et d’une suspension de 11 matches pour avoir fait tomber l’arbitre Paul Alcock en le poussant.

    Dans les dernières minutes de la première mi-temps d’un match de Premier League contre Arsenal, Di Canio a réagi à un carton rouge sévère, reçu après une altercation avec Martin Keown, qui lui avait donné un coup de coude au visage, en poussant l’arbitre Paul Alcock. La poussée n’avait rien de violent, mais elle a suffi à déséquilibrer l’arbitre, qui est tombé de façon assez comique, presque en plusieurs temps.

    « Même aujourd’hui, quand je revois la scène, » a confié Di Canio plus tard à The Independent, « je n’arrive pas à croire la façon dont il est tombé, comme un clown ivre ! »

    L’incident n’avait pourtant rien de drôle. Les réactions dans la presse britannique ont été virulentes et, dans certains cas, outrageusement excessives. Di Canio a ensuite été suspendu pour 11 matches. Il était alors clair qu’il ne jouerait plus jamais pour Wednesday. Il était déjà en route pour l’aéroport d’Heathrow avant même la fin du match contre Arsenal, afin de rentrer au plus vite dans son Italie natale.

    Wednesday a tenté de convaincre Di Canio de revenir, mais il a refusé. Le football anglais semblait donc avoir vu l’attaquant flamboyant pour la dernière fois, mais Harry Redknapp avait d’autres idées.

    Di Canio était considéré comme quasiment ingérable. « J’ai dirigé quelques énergumènes dans ma carrière, mais Paolo décroche la palme », a déclaré Ron Atkinson, ancien entraîneur de Wednesday. « Diriger Paolo, c’est comme essayer de maintenir un couvercle sur un volcan : c’est sacrément difficile. »

    En janvier 1999, cependant, Redknapp, alors entraîneur de West Ham, cherchait désespérément à renforcer une attaque affaiblie par la vente de John Hartson à Wimbledon. Il a estimé que recruter Di Canio était un risque qui valait la peine d’être pris, d’autant que Wednesday, à court d’argent, était prêt à laisser partir l’attaquant polyvalent pour seulement 1,5 million de livres sterling.

    « Il peut faire avec le ballon des choses dont les gens ne peuvent que rêver, et je pourrais vous citer d’autres joueurs qui ont poussé des arbitres sans que ceux-ci tombent, » a déclaré l’Anglais à l’époque. « Il avait le sentiment de n’avoir reçu aucun soutien [de la part de Wednesday] et ne voulait pas y retourner. »

    Redknapp a également révélé que tous ses joueurs avaient réagi positivement à sa volonté de recruter Di Canio : « Ian Wright a dit “C’est fantastique”, Rio Ferdinand a dit “J’ai hâte de jouer avec lui”. Vous aurez tous votre avis. Mais au bout du compte, c’est moi qui aurai raison. » Et il avait raison.

  • Dire non à Sir Alex

    Paolo Di Canio and Gary Neville
    Getty Images Sport

    Manchester United a tenté de recruter Di Canio au milieu de la saison 2001-2002

    Di Canio est devenu une telle légende à West Ham que le club a même donné son nom à un salon du Boleyn Ground par la suite, une décision facile à défendre. En plus d'inscrire de nombreux buts magnifiques, dont ce qui est peut-être la plus belle reprise de volée de l'histoire de la Premier League, Di Canio a toujours joué comme s'il était déterminé à remercier le club d'avoir relancé sa carrière.

    À West Ham, il a même réussi, dans une certaine mesure, à redorer son image auprès du grand public du football en remportant un prix du fair-play de la FIFA en 2001. En décembre précédent, lors d'un match à Goodison Park, il avait renoncé à une occasion de marquer parce que le gardien d'Everton, Paul Gerrard, était resté au sol après s'être blessé.

    Peu après, Sir Alex Ferguson a même appelé Di Canio pour savoir s'il était intéressé par un transfert à Manchester United. « Je pensais que c'était une blague », a-t-il raconté dans le podcast Transfer Talk. « Je pensais que c'était mon ami d'Italie [qui appelait]. C'était étrange pour moi de dire non à Sir Alex. »

    « J'ai dit : “Merci, 1 000 fois merci, mais je ne peux pas. West Ham est la famille qui m'a accueilli chaleureusement au pire moment de ma vie, je suis le capitaine, je ne peux pas.” [Ferguson] m'a répondu : “Paolo, je respecte ça, j'aime les gens qui pensent ainsi. Tu es l'homme que je pensais que tu étais.” »

    Pour Di Canio, refuser United témoignait de son évolution sur le plan humain pendant ses sept saisons passées en Angleterre, à Wednesday, West Ham et, enfin, Charlton Athletic. « Je suis devenu une autre personne, a-t-il déclaré, une personne avec des valeurs morales, davantage de respect pour les autres. »

    À son retour en Italie, pourtant, il était clair que Di Canio restait un homme très tourmenté.

  • Le salut romain

    CORRECTION-FBL-ITA-DI CANIO
    AFP

    Di Canio a suscité l’indignation dans un pays encore traumatisé par le régime de Mussolini en faisant un geste fasciste après le derby de Rome.

    La joie de retrouver la Lazio en août 2004 a submergé Di Canio à tel point qu’il écrit dans son livre « Il Ritorno » avoir « perdu l’usage de la parole » et n’avoir pu que pleurer sans discontinuer. Ce transfert était quelque chose qu’il n’avait même pas osé imaginer possible, principalement parce qu’il avait alors 34 ans, mais aussi parce qu’il avait prolongé son contrat avec Charlton deux mois plus tôt seulement.

    En difficulté, la Lazio n’était même pas en mesure de s’aligner sur son salaire à The Valley. Cela n’a finalement pas compté : Di Canio a accepté une baisse de salaire colossale pour retrouver sa Lazio bien-aimée. Mais ces retrouvailles heureuses n’ont pas connu une fin heureuse.

    Contrairement à ce qu’affirmait Di Claim, il n’était pas devenu une autre personne, plus respectueuse des autres. Il est resté le même provocateur sans vergogne. Pour preuve, lorsqu’il a marqué un nouveau but dans le derby, le 6 janvier 2005, 16 ans après le premier, il l’a célébré exactement de la même manière, devant la Curva Sud.

    La suite a été pire. Bien pire, même : après le match, Di Canio, le regard halluciné et affichant une défiance farouche, a effectué le « salut romain » devant les supporters de la Lazio en liesse. Il a reproduit ce geste tristement associé au fascisme à deux autres reprises avant la fin de l’année, puis a fini par écoper d’une suspension d’un match, prévisiblement dérisoire, infligée par les instances du football italien, connues pour leur laxisme.

    Tout au long de la polémique, Di Canio n’a exprimé aucun regret. « Je suis fasciste, pas raciste », a-t-il déclaré à ANSA en décembre 2005. « Je fais le salut bras tendu parce que c’est un salut d’un “camerata” à des “camerati” [partisans du mouvement fasciste de l’ancien dictateur italien Benito Mussolini]. Ce salut s’adresse aux miens », a-t-il expliqué. « Avec le bras tendu, je ne veux pas inciter à la violence et certainement pas à la haine raciale. »

    Curieusement, Di Canio a ensuite nié avoir jamais admis être fasciste et menacé d’engager des poursuites judiciaires contre ceux qui soutenaient le contraire. Sans surprise, il n’a toutefois jamais poursuivi quiconque au sujet de ces propos, qui correspondaient tout à fait à quelqu’un qui s’était dit « fasciné » par Mussolini dans son autobiographie parue en 2000.

    « Je pense qu’il était profondément incompris », a-t-il écrit. « Il a trompé les gens. Ses actes étaient souvent ignobles. Mais tout cela était motivé par un objectif supérieur. C’était fondamentalement quelqu’un qui avait des principes très solides. Pourtant, il est allé à l’encontre de sa conception du bien et du mal. Il a compromis ses principes moraux. »

    Malgré ce regard si bienveillant porté sur un dictateur meurtrier et bien qu’il ait admis au Corriere della Sera avoir autrefois « cru en une idéologie de “droite sociale” », Di Canio a insisté sur le fait qu’il n’avait jamais été membre d’un parti fasciste. Il a néanmoins continué à être qualifié de fasciste, notamment parce qu’il s’était lui-même littéralement attribué cette étiquette en se faisant tatouer « DVX », en référence à Mussolini, sur le bras droit. La vue de ce tatouage lui a valu d’être temporairement écarté de son rôle de consultant par Sky Sport Italia en 2016.

  • Insoumis à l’excès

    FBL-ITA-AS ROMA-LAZIO
    AFP

    Di Canio s’est excusé pour ses actes, mais pas pour ses convictions

    Fait révélateur, Di Canio ne s’est jamais fait retirer aucun de ses tatouages liés au fascisme, pas même le portrait d’« Il Duce » sur son dos. « Ce que je porte sur moi symbolise celui que j’étais autrefois, ce que j’ai fait, erreurs comprises », a-t-il expliqué au Corriere, cherchant manifestement à laisser entendre, au moins, qu’il ne soutient plus l’idéologie politique d’extrême droite que représentent ces images. Mais ce n’est manifestement pas le cas.

    Di Canio a affirmé que « le salut romain devant la Curva Nord est ce qu’il regrette le plus de toute sa carrière », mais, point essentiel, pas parce qu’il aurait honte de s’être associé à une idéologie aussi abjecte. Il a refusé à plusieurs reprises de renier ses convictions et soutenu que son erreur n’était pas tant d’avoir exprimé son soutien au fascisme que de l’avoir fait « dans un cadre sportif ».

    « C’est insensé de faire un geste politique susceptible de trouver un écho auprès de certains spectateurs tout en en heurtant beaucoup d’autres », a-t-il déclaré. « Je n’aurais jamais dû le faire. Le sport doit rester à l’écart de ces choses-là. »

    Le problème, bien sûr, c’est que Di Canio ne s’est jamais véritablement dissocié de « ces choses-là ». En 2010, il a même assisté aux obsèques de Paolo Signorelli, l’une des principales figures du mouvement d’extrême droite en Italie.

    C’était incontestablement un excellent footballeur. Il reste aussi une personnalité fascinante, dotée d’un humour mordant.

    Mais, hélas, cet homme manifestement tiraillé, qui craignait autrefois que le fait de bousculer un arbitre puisse « effacer » tout ce qu’il avait accompli par ailleurs dans sa carrière, semble aujourd’hui presque s’accommoder du fait qu’il sera à jamais catalogué comme fasciste.