En novembre 2022, les Glazer ont annoncé un examen stratégique qui a brièvement suscité une vague d’enthousiasme chez les supporters. « Le processus vise à favoriser la croissance future du club, avec pour objectif ultime de lui permettre de saisir les opportunités sur le terrain comme sur le plan commercial », indiquait un communiqué du club. « Dans ce cadre, le conseil d’administration examinera toutes les options stratégiques, notamment un nouvel investissement dans le club, une vente ou d’autres opérations concernant la société. »
Le processus s’est étiré en longueur et a vu émerger deux principaux candidats au rachat : INEOS et le banquier qatari Sheikh Jassim. Ce dernier aurait présenté une offre d’environ 6 milliards de livres sterling et affirmé qu’il aurait épongé la dette de United, mais les Glazer ont finalement renoncé à une vente totale. À la place, INEOS, dirigé par Sir Jim Ratcliffe, a acquis une participation minoritaire de 27 % dans United en décembre 2023, avant de prendre officiellement le contrôle de la gestion quotidienne des activités sportives et opérationnelles deux mois plus tard.
INEOS a promis de mettre en place une structure sportive « de tout premier plan », de mettre fin à des années de déclin institutionnel, de remédier aux problèmes de recrutement et de ramener United au sommet du football anglais et européen. Une nouvelle équipe dirigeante a été constituée, comprenant Sir Dave Brailsford et Jean-Claude Blanc, ainsi que les anciens de Manchester City Omar Berrada (directeur général) et Jason Wilcox (directeur technique), sans oublier le très convoité Dan Ashworth (directeur sportif). Pourtant, Ratcliffe et INEOS ont depuis entraîné United encore plus bas.
La direction a étudié plusieurs successeurs possibles à Ten Hag, avant de finalement activer sa prolongation d’un an après la victoire de United en FA Cup en 2024. Quelques mois plus tard, Ten Hag a été limogé, pour un coût de 10 millions de livres sterling. Amorim a ensuite été la première véritable nomination d’INEOS, mais l’effectif n’avait pas été construit pour son système en 3-4-2-1 et il était voué à l’échec sans disposer d’une autonomie totale sur le style de jeu et les recrues. La décision de faire passer Carrick du statut d’entraîneur intérimaire à celui d’entraîneur permanent témoignait elle aussi d’un manque de planification.
Ashworth aurait été en désaccord avec la nomination d’Amorim, et INEOS s’est séparé de l’ancien dirigeant de Newcastle après seulement 159 jours en poste. Brailsford et Blanc ont, quant à eux, quitté le conseil d’administration plus tôt cette année.
La politique de recrutement de United est désormais très différente, mais tout aussi défaillante. Un plan en trois étapes a été mis en place pour remanier l’attaque, le milieu de terrain et la défense, en privilégiant les joueurs ayant fait leurs preuves en Premier League. La première phase s’est assez bien déroulée, l’équipe ayant terminé troisième la saison dernière, mais la deuxième a été un désastre. La défense était le problème le plus urgent pour Carrick, et INEOS l’a complètement négligée. C’est pourquoi United est désormais menacé de relégation.
Ratcliffe est en passe de devenir aussi détesté que la famille Glazer, et pas seulement en raison de la situation désastreuse sur le terrain. Il a régulièrement évoqué la nécessité de prendre des décisions « impopulaires » et est passé à l’acte en supprimant 322 postes parmi le personnel non sportif, en mettant fin aux repas gratuits à Carrington et à Old Trafford, en réduisant le salaire d’ambassadeur de Ferguson et en augmentant le prix des billets.
Aucune des économies réalisées grâce à ces mesures n’égale ce que United aurait économisé en retirant de ses comptes, cet été, les salaires de Marcus Rashford, Mount, Zirkzee et Martinez. Les supporters font désormais pression sur les Glazer et Ratcliffe pour qu’ils vendent le club. Une manifestation de grande ampleur contre les propriétaires a eu lieu avant la défaite 1-0 de l’équipe à domicile contre City lors du derby en septembre. Ratcliffe était assis dans la tribune des dirigeants aux côtés d’Avram Glazer, qui faisait une apparition très rare à Old Trafford, et paraissait particulièrement mal à l’aise.
S’il tient parole, le président d’INEOS ne restera pas beaucoup plus longtemps. Il a déclaré à la BBC en mars de l’année dernière : « Si je suscite un peu de colère, je peux le supporter. Mais je ne suis pas différent de monsieur Tout-le-Monde. Ce n’est pas agréable, surtout pour mes amis et ma famille. Les Glazer, eux, ne peuvent pas vraiment venir assister à un match. Ils se sont un peu retirés dans l’ombre, donc c’est moi qui essuie toutes les critiques. Nous avons investi dans le club et je ne les ai pas revus depuis. C’est : “Merci, Jim, tu fais vraiment du bon travail.”
« Pour l’instant, je n’ai pas de service de sécurité, je n’ai pas besoin de me déplacer comme ça. Mais cela irait à l’encontre du but recherché, non ? On ne pourrait pas le supporter à ce point-là, ce ne serait tout simplement plus agréable. »