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Noahkai Banks, AugsburgGetty

Noahkai Banks suit son cœur vers l’Allemagne plutôt que vers les États-Unis : seul le temps dira ce que chaque camp a perdu ou gagné

Ryan Tolmich
Traduit par
  • Presque exactement un an avant de quitter définitivement l’équipe nationale masculine des États-Unis, Noahkai Banks était assis aux côtés de son coéquipier Damion Downs à l’hôtel de l’équipe, dans le New Jersey. Le défenseur central participait à son premier rassemblement avec l’USMNT, et il disait que cela commençait à ressembler à une maison. Downs l’a aidé à se sentir le bienvenu. Les germanophones comme Chris Richards et Jonathan Klinsmann aussi. Il s’entraînait même face à Christian Pulisic, un joueur qu’il disait avoir eu pour « idole » en grandissant.

    « C’est super parce que je peux encore progresser, a-t-il déclaré à GOAL lors de ce premier, et finalement dernier, rassemblement avec l’USMNT. Je suis encore si jeune, donc je peux beaucoup apprendre en jouant contre Damion, Christian, Timothy [Weah], tout le monde. Je pense que ça m’aide dans ma carrière. Oui, ça me rend meilleur. »

    « Pour moi, représenter l’Amérique, c’est un immense honneur, a-t-il ajouté. Je l’ai fait si souvent chez les jeunes. J’adore ça. »

    C’était à l’époque, mais nous en sommes maintenant là. Après des mois de réflexion sur son avenir international, et après avoir laissé passer au passage une potentielle place pour la Coupe du monde, Banks aurait opté pour l’Allemagne vendredi. Enfin, pour les équipes de jeunes de l’Allemagne, du moins. L’USMNT n’était finalement pas la maison à long terme du défenseur central de 19 ans d’Augsbourg.

    Rejoindre les U21 de l’Allemagne lors de cette trêve internationale obligera Banks à effectuer un changement unique d’association, fermant ainsi la porte à sa carrière avec les États-Unis. C’est une étape importante. Pour les binationaux, ces décisions peuvent signifier peser les liens avec deux pays, alors qu’il n’y a qu’un seul maillot à porter. Banks a choisi le sien.

    Au final, ce choix n’appartient qu’à lui, mais maintenant qu’il est fait, il ne manquera pas de pinaillages et d’analyses sur les raisons qui l’ont poussé à le faire. Était-ce le plan depuis le début ? Mauricio Pochettino et l’USMNT auraient-ils pu en faire davantage ? Cela sera-t-il une grosse perte pour les États-Unis, ou simplement un nouveau point de douleur passager dans une longue série de défaites sur le terrain du recrutement qui, avec le recul, ne paraissent pas si graves ?

    Dans l’ensemble, la décision de Banks est complexe, et elle ne nécessite d’attribuer ni blâme ni mérite à quiconque y a pris part. Ne lui reprochez pas de suivre son cœur, pas plus qu’à Pochettino de ne pas avoir essayé plus durement de le faire changer d’avis. Ce n’est pas nécessairement un échec de l’USMNT ni un succès de l’Allemagne.

    Un gamin de 19 ans a pris une décision qui change une vie, une décision qui peut ou non s’avérer payante au final. Certains en seront blessés et d’autres s’en réjouiront. Pourtant, cette décision n’a rien de personnel, tout en étant aussi le choix le plus personnel qu’un footballeur puisse faire.

  • La grande décision

    Noahkai Banks

    Le défenseur d’Augsbourg s’apprête à jouer avec les moins de 21 ans de l’Allemagne pendant cette trêve internationale.

    Ce n’est pas officiel tant que le changement unique d’association de Banks n’apparaît pas sur le site de la FIFA, mais le sélectionneur de l’Allemagne Espoirs Antonio Di Salvo a confirmé la nouvelle en convoquant le défenseur pour les prochains matches de qualification à l’Euro Espoirs de l’équipe. Sa liste comprenait Banks et le Tuniso-Allemand Ben Farhat, deux binationaux désormais engagés dans le programme allemand. Pour Banks, cet engagement est définitif. Après avoir joué avec les équipes de jeunes des États-Unis, la décision de rejoindre l’Allemagne l’oblige à renoncer à son éligibilité avec les États-Unis via ce changement unique d’association.

    « Ils ont choisi de représenter l’Allemagne, a déclaré Di Salvo après avoir sélectionné son équipe. Nous sommes en contact avec eux deux depuis un moment déjà et nous avions concentré nos efforts sur eux. Je suis très heureux que nous ayons pu leur présenter une perspective d’avenir avec l’Allemagne et qu’ils l’aient acceptée. » 

    Cette trajectoire commence finalement avec les équipes de jeunes, ce qui est très différent de celle qu’il aurait eue avec l’équipe nationale des États-Unis. Après une première convocation chez les A en septembre, Banks semblait parti pour être rappelé en mars avant qu’il n’apparaisse qu’il réfléchissait à son propre avenir. Il a continué à y réfléchir pendant la Coupe du monde, au risque de lui faire manquer une chance de disputer le plus grand tournoi au monde avec le pays hôte.

    La révélation, ce n’est donc pas que l’équipe nationale des États-Unis n’en a pas fait assez ; c’est qu’il n’y avait probablement rien de plus à faire. Au final, Banks a choisi les Espoirs allemands plutôt qu’une Coupe du monde avec l’équipe nationale des États-Unis, ce qui indique exactement où était son cœur tout au long de ce processus. Et pour Pochettino, le message a été constant : il n’allait supplier personne dont le cœur n’y était pas.

  • Le processus de recrutement

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    Pro Sports Images

    Pochettino voulait clairement que Banks s’implique, mais il voulait aussi que Banks en ait encore plus envie.

    Banks a regardé la Coupe du monde. Il a expliqué qu’il s’était surpris à soutenir à la fois les États-Unis et l’Allemagne, à la fois en raison de son amour pour les deux pays et des relations qu’il avait nouées avec ceux qui étaient sur le terrain.

    « J’ai regardé avec des sentiments mitigés et j’étais heureux pour les gars, parce qu’ils m’avaient tous réservé un accueil formidable à l’époque », a-t-il confié à Kicker lorsqu’il a été interrogé sur sa décision de retarder son engagement international. « De temps en temps, je me disais que ce serait cool d’y être, mais je n’y ai pas trop pensé. Je ne suis pas du genre à regretter les choses après coup. J’ai pris ma décision en pensant à l’avenir, et c’est la bonne. »

    Pochettino a été interrogé au sujet de Banks dans les semaines précédant l’annonce de sa liste. Il a déclaré que le défenseur ne pouvait pas être considéré pour une convocation tant que Banks lui-même n’aurait pas fait un choix.

    « Nous sommes en contact avec tous les binationaux potentiels, a déclaré Pochettino. Je pense qu’il est important pour nous de voir, bien sûr, parce qu’il y a un lien et un lien humain qui est si important, même si eux, comme dans le cas de Noki, n’ont pas changé d’avis et qu’il attend. Toujours pas de décision, et bien sûr nous ne pouvons pas le considérer pour le prochain rassemblement. C’est comme ça.

    « Malgré cela, nous, et l’organisation, travaillons avec tous les binationaux et les joueurs qui ont la possibilité de prendre une décision. Oui, ce lien humain est important parce que, si un jour ils sentent qu’ils peuvent défendre, qu’ils veulent se battre et faire partie de notre équipe nationale, et, bien sûr, s’ils le méritent et que nous estimons qu’ils méritent d’être impliqués, bien sûr, nous allons les appeler. Dans ce cas, Noki est toujours dans la même situation qu’avant la Coupe du monde lorsque nous avons parlé. »

    Le message de Pochettino est resté cohérent depuis le début. À tort ou à raison, il ne va pas en faire trop pour recruter un joueur prometteur potentiel. C’est à eux, a-t-il toujours dit, de ressentir la passion et l’envie de jouer pour les États-Unis. Si vous ne ressentez pas cela sans un processus de recrutement ou une série de promesses, alors cela vous regarde. Pochettino trouvera alors quelqu’un qui, lui, le ressent. Il insiste sur le fait que son rôle n’est pas de supplier les joueurs de rejoindre son équipe.

    D’une certaine manière, Pochettino n’a pas tort. Compte tenu de la décision de Banks d’échanger, en pratique, une place avec les États-Unis contre une place chez les jeunes de l’Allemagne, il semble qu’au fond, il voulait simplement jouer pour l’Allemagne. Qui pourrait lui en vouloir ? Il a passé toute sa jeunesse en Allemagne, avec une mère allemande et une formation dans des académies allemandes. L’objectif a toujours été la Bundesliga. Il y avait là un lien qui, au final, ne pouvait pas être rompu.

    À terme, toutefois, les États-Unis pourraient regretter que cela n’ait pas été le cas, compte tenu du talent de Banks et du besoin évident qu’en a l’équipe actuelle des États-Unis.

  • Un poste à pourvoir

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    PRESSE SPORTS

    Le poste de défenseur central est une priorité particulière pour l’USMNT en ce moment.

    Lors du premier et unique rassemblement de Banks avec l’USMNT, les mentors désireux de l’aider ne manquaient pas. L’un d’eux était Tim Ream, qui a pris le jeune défenseur sous son aile pour l’accueillir.

    « Tout le rassemblement a été formidable. Les joueurs, la façon dont ils m’ont accueilli, la manière dont ils m’ont facilité la vie, c’était vraiment super, pour être honnête », a expliqué Banks. « Tim Ream, dès le premier jour d’entraînement, m’a beaucoup aidé. Il joue aussi à mon poste, donc il m’a beaucoup conseillé et m’a aidé à m’intégrer à l’entraînement et aux nouvelles tactiques. Évidemment, c’était un peu nouveau, mais tous les plus âgés, au dîner, m’ont dit de venir m’asseoir à leur table. C’était génial. »

    Ream, bien sûr, était, et l’est peut-être encore, le doyen de l’USMNT. Pourtant, à 38 ans, l’ère Ream en défense centrale touche désormais à sa fin. Les options à ce poste évoluent. Banks aurait pu faire partie de cette évolution.

    C’était en tout cas l’espoir. C’est pourquoi, avant ce rassemblement de septembre, Pochettino s’était montré si élogieux envers le jeune défenseur.

    « Je l’ai vu jouer en Allemagne, et c’est un immense talent », avait déclaré l’entraîneur en août dernier. « On ne sait jamais à quel point il peut exploser, peut-être qu’à la fin de la saison il pourra être le meilleur défenseur central d’Europe ou d’Allemagne. »

    Peut-être. La réalité, c’est que la trajectoire de Banks a été un peu plus irrégulière, comme cela peut être le cas pour les jeunes joueurs. Il a été fantastique jusqu’au printemps. Ensuite, il a connu un passage à vide. Il y a eu du bon et du moins bon en ce début de saison, mais si l’Allemagne et les États-Unis voulaient tous deux Banks dans leur programme, ce n’est pas un hasard : il a le potentiel pour devenir très, très bon.

    La question est de savoir jusqu’où il peut aller. Il aurait pu intégrer l’USMNT dès maintenant, mais serait-il devenu un joueur de référence à temps pour la Coupe du monde 2030 ? Désormais avec l’Allemagne, compte tenu de toute la concurrence, sera-t-il un jour un contributeur important pour l’équipe senior ? Il est juste de dire que la voie allemande était la plus difficile, et c’est celle qu’il a choisie. C’est une décision dictée par le cœur, mais aussi un pari sur lui-même pour gagner cette opportunité avec l’équipe senior de l’Allemagne.

    Rien de tout cela n’est garanti. Le succès au niveau international ne l’est jamais. Plusieurs binationaux l’ont appris à leurs dépens.

  • Les leçons du passé et un regard vers l’avenir

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    Nordphoto

    Banks peut désormais se tourner vers son nouvel avenir, quel qu’il lui réserve.

    La vérité, c’est que l’USMNT n’a pas perdu beaucoup de « batailles de recrutement », et celles que la sélection a perdues ne se sont généralement pas retournées contre elle au final.

    Les blessures de Giuseppe Rossi en font encore un immense « et si » aussi bien aux États-Unis qu’en Italie. Neven Subotic aurait été un excellent renfort, mais il n’aurait probablement pas changé la trajectoire des équipes de cette époque. Jonathan Gonzalez n’a jamais percé avec le Mexique. Trent Alexander-Arnold et Nathaniel Brown n’ont jamais été autre chose que des fantasmes, tandis que le lien de Jonathan David avec les États-Unis était loin d’être aussi fort que celui qu’il avait avec le Canada.

    Dans le même temps, les États-Unis ont remporté plus de batailles de recrutement qu’ils n’en ont perdues. Yunus Musah et Folarin Balogun ont quitté le programme anglais à un moment où un véritable avenir s’offrait encore à eux là-bas. Avec le recul, Antonee Robinson aurait lui aussi pu être appelé par l’Angleterre. Sergino Dest, Ricardo Pepi et Malik Tillman sont tous devenus des joueurs de Coupe du monde alors qu’ils auraient pu finir ailleurs.

    Ces histoires ne peuvent toutefois être racontées qu’après coup. La réussite est loin d’être certaine. Pour chaque Robinson qui devient un cadre, il y a un Julian Green, qui connaît un bref moment en Coupe du monde avant de ne pas vraiment confirmer au niveau international. Il n’y a aucune garantie avec des adolescents, peu importe leur talent.

    Alors, comment regardera-t-on l’histoire de Banks avec le recul ? Personne ne le sait. Cette décision a-t-elle représenté l’apogée de tout cela ou seulement le début ? La seule chose que nous savons, en revanche, c’est que c’est la fin de l’aventure avec l’USMNT, pour le meilleur ou pour le pire.

    Banks a fait son choix. Il faudra des années pour juger s’il portera ses fruits. Pour l’instant, il a une place dans le système de jeunes de l’Allemagne et une opportunité chez les seniors à aller chercher. L’USMNT, de son côté, doit regarder ailleurs.