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Chris Billam-Smith Ricky Hatton Alex Scott boxing football 1:1GOAL

Même combat ! Pourquoi la boxe et le football seront toujours intrinsèquement liés

Chris Burton
Traduit par
  • Mike Tyson a un jour lancé cette phrase devenue célèbre : « Tout le monde a un plan jusqu’à ce qu’il prenne un coup de poing dans la bouche. » Il faut un caractère bien trempé pour s’engager dans un combat en un contre un dont l’issue dépend souvent de celui qui se retrouve le premier au tapis. La boxe est toutefois loin d’être le seul sport à faire naître un esprit combatif.

    Cette fougue a valu à Tyson, ancien champion du monde des poids lourds, le titre d’« homme le plus redoutable de la planète ». D’innombrables heures de sparring et de travail au sac lui ont tracé un chemin des rues difficiles de Brooklyn aux lumières de Las Vegas. Il a réussi en alliant tempérament et talent pour réaliser un rêve qui semblait impossible.

    On retrouve dans tout le sport des parcours similaires, où la pauvreté a laissé place à la richesse, et le football ne fait pas exception. Beaucoup de ceux qui mènent aujourd’hui la grande vie sont partis de peu. Nombre d’entre eux se sont hissés au sommet en encaissant au passage des coups terribles, de ceux dont Tyson parlait avec tant d’éloquence.

    Le football est peut-être un sport collectif et la boxe une discipline individuelle, mais la frontière entre les deux est loin d’être nette. Cela explique en grande partie pourquoi les grandes figures des terrains et des rings se retrouvent souvent liées.

  • Racines sociétales

    Chris Billam-Smith
    Getty

    La boxe et le football ont des racines populaires qui ont contribué à leur essor

    Pourquoi la boxe et le football sont-ils si étroitement liés ? Sur le plan des qualités requises, ces deux sports sont pourtant aux antipodes. L’un exige de l’adresse avec les pieds, l’autre une vitesse de mains fascinante. Hormis, peut-être, la légèreté sur les appuis, peu de qualités semblent transposables de l’un à l’autre.

    Ce lien ne tient ni à leur apparence ni aux talents individuels qu’ils exigent. Il trouve ses racines dans la structure de la société et la hiérarchie des classes sociales. Pour beaucoup, les gants et les crampons offrent une porte de sortie, une échappatoire au quotidien, un exutoire et une sorte de famille au sein de laquelle trouver sa place.

    Si l’argent coule aujourd’hui à flots dans les deux sports, chacun est né dans un environnement moins prestigieux, façonné par les valeurs des classes populaires. Ce sont ces liens qui ne se rompront jamais.

    Chris Billam-Smith, ancien détenteur du titre mondial WBO des lourds-légers et fervent supporter de Bournemouth, en convient. Interrogé par GOAL sur ce qui unit ses deux passions sportives, il répond : « C’est une bonne question. Je pense que ces deux sports attirent assurément le même genre de supporters.

    « Je pense que les amateurs de boxe sont toujours passionnés parce qu’en général, ils regardent le football dans la journée avant d’aller voir la boxe. Ils sont donc toujours un peu plus éméchés et un peu plus animés que pendant les matches de football ! Mais la passion est toujours là. Et je pense que lorsque les supporters se rangent derrière un boxeur britannique, ou soutiennent simplement la scène britannique de la boxe, ils montrent qu’ils transmettent aux boxeurs la passion qu’ils éprouvent pour le football. »

    Invité à dire si tant de boxeurs sont de fervents supporters de football parce que ces institutions sont au cœur de chaque communauté et rassemblent des personnes de tous horizons, Billam-Smith ajoute : « Pour moi, c’est exactement ça. L’AFC Bournemouth est au cœur de la communauté, au cœur de la ville. Le club est une immense source d’inspiration pour la ville, au vu de tout ce qu’il a accompli ces 10 à 15 dernières années. J’y ai moi aussi puisé de l’inspiration. C’est donc formidable de faire partie de cette ville. Et bien sûr, le club a été fantastique avec moi : il s’est vraiment mobilisé derrière moi et m’a soutenu. »

    À l’image de l’équipe de football de Bournemouth de 2026-27, qui s’est acquis un soutien fervent, Billam-Smith mérite pleinement celui des plusieurs milliers de personnes qui l’entourent désormais, et dont le nombre continue de croître.

    Évoquant la manière dont il en est arrivé là grâce à un état d’esprit qu’il partage avec les footballeurs de haut niveau, celui qui permet aux meilleurs de s’imposer malgré une pression et des attentes croissantes, auxquelles seule une poignée parvient à résister, il déclare : « Je pense qu’on en parle, mais qu’on sous-estime son importance dans tous les domaines de la vie. C’est l’état d’esprit qui permet à quiconque d’atteindre le sommet dans son domaine, j’en suis convaincu, surtout dans le sport.

    « On parle de talent et de tout ça, mais le talent peut être surestimé. Et je pense que si on en a très tôt, si on est doué dès le plus jeune âge, cela peut souvent nuire à certaines personnes, parce qu’elles s’y accrochent et se disent qu’elles n’ont pas besoin de s’entraîner, de progresser ou quoi que ce soit d’autre. Je pense donc qu’il est important de toujours avoir un mental solide, et c’est ce qui permet d’aller au bout. »

  • Des caractères bien trempés

    Tyler Adams Bournemouth 2026-27
    Getty

    Pour atteindre les sommets, il faut une détermination sans faille et ne jamais renoncer.

    À 36 ans, avec 24 combats à son actif, dont 22 victoires et 14 par KO, Billam-Smith connaît désormais bien les exigences des échanges de coups et sait encaisser de redoutables coups au corps.

    Nombre de footballeurs pensent pouvoir en faire autant. Le marché et le public des combats d’exhibition se développent, avec des événements auxquels ont participé l’ancien international anglais David Bentley, le roi des gestes spectaculaires Lee Trundle, l’ancien défenseur de Tottenham Sebastien Bassong et Nile Ranger, formé à Newcastle.

    Interrogé sur les profils de joueurs qu’il préfère regarder, alors que des athlètes aux qualités physiques hors norme comme Cristiano Ronaldo et Erling Haaland n’ont pas toujours sa préférence face aux joueurs plus combatifs que sont le vice-capitaine de Bournemouth Lewis Cook et l’international américain Tyler Adams, Billam-Smith a déclaré : « Pour ce qui est des footballeurs que je préfère regarder, j’aime les milieux de terrain combatifs, à vrai dire. Je suppose que c’est parce que je me reconnais davantage en eux. Je ne suis pas le boxeur le plus élégant ni le plus agréable à regarder sur le plan technique, mais il y a de la ténacité, de l’énergie, de l’intensité. J’adore ça. »

    « Lewis Cook joue ce rôle à Bournemouth depuis des années. Tyler Adams aussi, désormais, quand on les regarde jouer ensemble. Récemment, ils ont tous les deux évolué au poste de milieu défensif et c’était un plaisir à voir. Mais j’ai énormément de respect pour des joueurs comme Ronaldo et Haaland, pour leur mode de vie. Ils semblent très attentifs aux petits détails qui peuvent leur permettre de progresser. »

    Interrogé ensuite sur les grands noms du football qui pourraient avoir envie de troquer leurs crampons contre des gants, alors que beaucoup ont pratiqué diverses formes de sports de combat à l’entraînement au fil des ans, il a ajouté : « Je me souviens avoir vu Zlatan [Ibrahimovic] frapper dans un sac de boxe. J’ai vu Sergio Ramos aussi, je crois qu’il sait se servir de ses poings. Qui sait ? J’ai du mal à imaginer qu’ils ressentent un jour le besoin de monter sur un ring, mais avec le monde tel qu’il est, on ne sait jamais. Un jour, on aura peut-être un combat de boxe entre joueurs de Premier League, qui sait ? »

  • Des fans de combat emblématiques

    Ricky Hatton Kosta Tszyu
    Getty

    Hatton, Froch et Warrington figurent parmi ses sources d’inspiration.

    Billam-Smith porte aujourd’hui un étendard déjà passé entre des mains illustres. L’histoire de la boxe britannique regorge de récits de héros ayant décroché une ceinture et comptant de très nombreux passionnés de football parmi leurs supporters.

    Parmi eux figurent la légende mancunienne et fervent supporter de Manchester City, feu Ricky Hatton, le roi des super-moyens et supporter de Nottingham Forest Carl « Le Cobra » Froch, les stars du Yorkshire Josh Warrington (Leeds United) et Kell Brook (Sheffield United), ainsi que Carl Frampton, champion du monde dans deux catégories de poids et passionné des Crusaders de son Irlande du Nord natale.

    Interrogé sur ce que représentait le fait de rejoindre une liste aussi riche en figures emblématiques, Billam-Smith a déclaré : « Lors de l’un de mes combats, je crois que c’était celui contre [Isaac] Chamberlain, quand nous sommes allés à Bournemouth pour la première fois, l’un des commentateurs a dit que cela rappelait Ricky Hatton. C’était l’un des plus grands honneurs que je pouvais recevoir, parce que j’adorais regarder Ricky combattre et voir ses supporters.

    « Je ne pense pas pouvoir emmener 20 000 personnes à Vegas, mais c’est un immense honneur d’être simplement cité aux côtés de Ricky. J’ai commencé la boxe à 16 ans, mais le premier combat pour lequel je suis resté éveillé jusqu’au petit matin, c’était celui de Ricky contre Kostya Tszyu. Je devais avoir 14 ans à l’époque et cela m’a énormément inspiré. Être comparé à lui et aux boxeurs que vous avez cités, et figurer parmi eux, est donc un véritable honneur. »

    Hatton a combattu à l’Etihad Stadium, Brook à Bramall Lane et Warrington à Elland Road. Billam-Smith a eu la chance de réaliser son rêve d’enfant en mai 2023, lorsqu’il a affronté Lawrence Okolie au Vitality Stadium. Au terme d’une soirée mémorable, le héros local a remporté la ceinture WBO des lourds-légers.

    Interrogé sur cette expérience, alors que tous les boxeurs n’ont pas l’occasion de combattre dans un stade de football, Froch et son compatriote de Nottingham Leigh Wood n’ayant jamais pu monter sur un ring au City Ground, Billam-Smith a répondu : « Je ne pense pas pouvoir un jour trouver les mots pour dire à quel point c’était extraordinaire et combien je suis reconnaissant d’avoir eu cette occasion.

    « Beaucoup de choses se sont mises en place grâce au club, aux promoteurs, à tous ceux qui ont travaillé dur, ainsi qu’à mon équipe et à moi-même. Et puis il y a eu Lawrence comme adversaire, alors que nous avions du mal à en trouver un. Les autres champions du monde étaient difficiles à convaincre et, au fond, ils n’étaient pas partants. Nous avons finalement obtenu le combat contre Lawrence, ce qui en a fait un championnat du monde. C’était donc une soirée vraiment très spéciale. Ce sera toujours mon meilleur souvenir de boxeur. Il serait impossible de faire mieux. Je suis très reconnaissant d’avoir eu cette occasion. »

  • Vivre son rêve

    Vitality Stadium Bournemouth Europa League 2026-27
    Getty

    Billam-Smith a eu l’occasion de remporter un titre mondial dans le stade de son club de cœur, Bournemouth.

    La pelouse sur laquelle avait été installé le ring de Billam-Smith ce soir-là a depuis été le théâtre de soirées de football mémorables. Depuis leur retour en Premier League en 2022, les Cherries ont progressivement grimpé jusqu’au top 6 du football anglais.

    Une série récente un peu surréaliste les a vus battre l’AC Milan, géant de la Serie A, 3-0 en Ligue Europa, s’imposer sur le même score contre Manchester United lors de leur match suivant, puis décrocher leur place en quarts de finale de la Carabao Cup en dominant Aston Villa.

    Invité à évoquer ses meilleurs souvenirs, alors qu’il se dit souvent que le parcours compte davantage que la destination lorsqu’il s’agit d’évoluer au plus haut niveau, Billam-Smith a déclaré : « Je pense que la première montée en Premier League, après avoir surmonté un déficit de 17 points, c’était bouleversant. Et puis nous voilà aujourd’hui, avec Bill Foley comme propriétaire. Il voulait que nous nous qualifiions pour une compétition européenne en cinq ans, et nous l’avons fait. Voir le club parcourir tout ce chemin, ça a créé des souvenirs extraordinaires. Mais ceux d’aujourd’hui le sont aussi. J’ai vraiment l’impression que nous surfons sur une vague.

    « Pour notre première saison en Europe, nous avons jusqu’ici remporté tous nos matches. J’espère que nous sortirons de la phase de groupes et que nous disputerons une véritable phase à élimination directe en Europe. Pour un supporter de Bournemouth, c’est un rêve. Quand j’avais 12 ans et que nous étions en League Two, je n’aurais jamais imaginé prononcer ces mots. Je n’aurais tout simplement jamais pensé que nous jouerions un match officiel contre l’AC Milan, encore moins que nous le battrions 3-0. Et que nous enchaînerions avec une autre victoire 3-0 contre Manchester United.

    « Certaines victoires en Premier League ont été extraordinaires au fil des ans. Mais les grandes victoires et les grands clubs que nous avons battus, nous y sommes davantage habitués. Maintenant que nous sommes aussi en Europe, c’est encore un cap de franchi. Voyons ce que cette saison nous réserve. Je pense que le plus important pour les supporters, c’est d’essayer de profiter pleinement de tout cela. Nous n’oublions pas d’où nous venons et nous savons que nous avons beaucoup de chance d’être dans cette position. »

  • La quête de titres

    Chris Billam-Smith world title belt
    Getty

    Les prochains mois pourraient réserver bien des émotions aux amateurs de sport à Bournemouth.

    Tout en suivant de près les événements au Vitality Stadium, Billam-Smith se concentre actuellement avant tout sur son affrontement avec Cheavon Clarke, ancien olympien et médaillé des Jeux du Commonwealth, samedi à la Copper Box Arena de Londres.

    Les deux hommes se connaissent bien : ils se sont rencontrés à deux reprises chez les amateurs, et Clarke mène 2-0 dans leurs confrontations. Le boxeur, fierté de Bournemouth, compte décrocher sa première victoire face à lui lors de son retour dans la capitale anglaise.

    Billam-Smith a évoqué sa préparation : « Elle s'est bien passée. Il y a toujours des hauts et des bas pendant un camp d'entraînement, mais ça s'est bien passé. Je n'aurais jamais pensé l'affronter chez les professionnels. Il a évidemment participé aux Jeux olympiques en 2021. Je crois que j'étais déjà champion britannique, du Commonwealth et d'Europe à la fin des Jeux. On pouvait donc penser qu'il faudrait du temps pour en arriver là. Mais nous en sommes là aujourd'hui, et j'ai l'occasion de le battre, ce que je n'avais pas réussi à faire chez les amateurs et qui m'avait évidemment beaucoup déçu. »

    « Je me sens nettement mieux préparé à le battre aujourd'hui. La boxe professionnelle est pratiquement un autre sport par rapport à la boxe amateur. Je pense m'être très bien adapté à la boxe professionnelle, et l'avoir montré au fil des années. C'est aussi un nouveau combat entre Britanniques, le genre d'affrontement qui passionne toujours le public. J'ai toujours aimé prendre part à ces combats au fil des années. Il y en a donc un autre samedi, et j'ai hâte d'y être. »

    S'il parvient à battre Clarke, Billam-Smith pourrait obtenir une nouvelle chance de disputer un titre mondial. Il reconnaît que 2027 pourrait être une année « assez épique » pour le sport à Bournemouth, avec des récompenses prestigieuses à aller chercher en boxe comme en football. Ce serait une sacrée histoire si les sportifs les plus appréciés de la côte sud parvenaient à décrocher des titres majeurs. De tels succès contribueraient à renforcer encore les liens entre les boxeurs et leurs homologues aux pieds agiles.

    Zuffa Boxing revient à la Copper Box Arena de Londres le samedi 7 novembre, avec en combat principal un duel 100 % britannique chez les poids lourds-légers entre l'ancien champion du monde Chris Billam-Smith et l'olympien Chev Clarke. Les billets sont en vente sur Ticketmaster.