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Colo-Colo - 1:1Getty/GOAL

Colo-Colo : comment le club chilien est devenu le symbole de quelque chose de bien plus grand

James Westwood
Traduit par
  • « Colo-Colo est de loin le club le plus populaire du Chili. Environ 42 % de la population se déclare supportrice du club », a déclaré Samuel Perez, directeur commercial et marketing de Colo-Colo, à Football Business Inside en 2022. « Nous avons la plus grande communauté de supporters dans toutes les régions du pays, dans toutes les catégories socio-économiques et toutes les tranches d’âge. Les médias parlent quotidiennement de tout ce qui touche au club. Il existe deux dictons très connus : ‹ Colo-Colo est le Chili › et ‹ Quand Colo-Colo gagne, le lendemain, le pain est plus croustillant et le thé plus sucré ›. »

    Colo-Colo est profondément lié aux classes populaires chiliennes. Et le pain et le thé ont presque toujours bon goût, car l’équipe a enchaîné les victoires pendant la majeure partie de ses 101 ans d’histoire. Colo-Colo a remporté un nombre record de 34 titres de Primera Division de Chile, loin devant ses rivaux Universidad de Chile (18) et Universidad Catolica (16). Aucun club ne fait mieux que ses 14 victoires en Copa Chile.

    Colo-Colo est aussi le seul club chilien à avoir remporté la Copa Libertadores, la plus prestigieuse compétition de clubs d’Amérique du Sud et l’équivalent de la Ligue des champions. C’est également la seule équipe du Chili à avoir disputé toutes les saisons de première division sans jamais être reléguée. Tout cela explique pourquoi Colo-Colo est surnommé « Eterno Campeon » (« Le champion éternel ») par ses fervents supporters colocolino et pourquoi le club dépasse le cadre du football pour refléter les joies et les difficultés collectives du Chili.

  • Les tout débuts

    Colo-Colo
    Getty Images

    Le club a connu le succès presque immédiatement, mais a également dû surmonter une tragédie sans précédent.

    Colo-Colo a été fondé en 1925, après que l’international chilien David Arellano et 10 autres joueurs ont quitté Deportes Magallanes, l’un des plus anciens clubs du pays, fondé à la fin du XIXe siècle. Ils ont choisi le nom de leur nouvelle équipe en hommage à Colocolo, un chef autochtone légendaire qui a mené le peuple mapuche contre les colonisateurs espagnols lors de la guerre d’Arauco, au XVIe siècle.

    Colocolo était réputé pour ses talents au palin, un sport autochtone traditionnel proche du hockey. Il était aussi vénéré comme un chef courageux et intelligent, doté d’un esprit indomptable, des qualités qu’Arellano et ses compagnons espéraient retrouver chez les joueurs portant son nom.

    Tragiquement, Arellano n’a pas vécu assez longtemps pour voir Colo-Colo devenir le premier club du Chili. Il est mort d’une péritonite provoquée par un violent coup à l’abdomen reçu d’un joueur adverse du Real Valladolid, alors que Colo-Colo parcourait l’Europe pour disputer des matches d’exhibition. La nouvelle de sa mort a bouleversé le Chili et l’Amérique du Sud dans son ensemble. Des milliers de personnes lui ont rendu hommage lors de ses obsèques, et Colo-Colo a placé une bande noire horizontale au-dessus de son écusson, symbole durable de deuil et de gratitude.

    Malgré la perte de son cofondateur et capitaine bien-aimé, Colo-Colo a poursuivi son ascension. En 1933, le club a contribué à créer le championnat professionnel chilien aux côtés de six autres clubs de Santiago, la capitale du pays. Quatre ans plus tard, Colo-Colo a remporté son premier championnat national sans perdre le moindre match, puis a soulevé le trophée à quatre autres reprises au cours des dix saisons suivantes.

  • Symbole d’insoumission

    FBL-LIBERTADORES-ATLAS-COLOCOLO
    AFP

    Après l’intégration du portrait de Colocolo à l’écusson du club, celui-ci est devenu un symbole d’espoir dans les périodes sombres.

    Les premiers écussons de Colo-Colo se composaient d’un simple bouclier traversé en diagonale par le nom du club, mais ils n’apparaissaient que sur des affiches et des fanions, pas sur les maillots officiels. Un nouveau modèle a toutefois été créé spécialement pour le maillot en 1950, avec l’ajout d’un portrait de Colocolo sur le bouclier.

    Ses cheveux noirs et son bandeau blanc représentaient les couleurs du club. Le bouclier, bleu et rouge en référence au drapeau chilien, était placé derrière le nom Colo-Colo, inscrit dans un rectangle, pour compléter l’écusson. Ce nouveau modèle a consacré le célèbre surnom du club, « El Cacique » (« le chef »).

    Dans les années 1970 et 1980, l’écusson a pris une signification encore plus forte. Sous la dictature militaire d’Augusto Pinochet, les Mapuches ont subi une oppression politique et un effacement culturel. Colo-Colo a remporté10 trophées pendant cette période, avec un guerrier mapuche fièrement arboré sur ses maillots, et est devenu un symbole de résistance pour les peuples autochtones du Chili.

    L’écusson de Colo-Colo a connu huit versions au total. Une étoile a été ajoutée en 1992 au-dessus de la bande noire portée en deuil d’Arellano pour marquer le succès du club en Copa Libertadores. C’est tout simplement l’un des écussons les plus reconnaissables et les plus chargés d’histoire du football mondial, que l’on peut voir comme une lettre d’amour à l’âme d’une nation entière.

  • Maison emblématique

    FBL-LIBERTADORES-COLOCOLO-CERROPORTEÑO
    AFP

    La proximité de Colo-Colo avec la cordillère des Andes offre un décor spectaculaire à ses matches à domicile.

    Colo-Colo a d’abord joué à l’Estadio El Llano avant de s’installer au Campos de Sports de Nunoa en 1928. À partir de 1939, le club a principalement disputé ses matches à domicile au stade national du Chili, l’Estadio Nacional. En 1946, il a acheté le Fortin Mapocho, un terrain appartenant aux Carabineros de Chile et fermé pour des raisons de sécurité, dans l’intention d’y construire un stade de 30 000 places. Mais les règles municipales ayant empêché sa construction, le club a revendu le terrain.

    En 1956, le président du club de l’époque, Antonio Laban, a présenté un projet bien plus ambitieux : une enceinte de 120 000 places. Il a acquis une parcelle de 28 hectares à Macul dans l’espoir d’achever le stade à temps pour la Coupe du monde organisée par le Chili en 1962. Mais un cruel coup du sort a tout compromis.

    Deux ans avant le début du tournoi, alors que les travaux étaient achevés à 75 %, un tremblement de terre a frappé la ville de Valdivia, dans le sud du Chili. Le gouvernement a alors écarté le stade inachevé de ses projets pour la Coupe du monde.

    Pendant les 15 années suivantes, Colo-Colo a peiné à réunir les fonds nécessaires pour terminer les travaux. Le stade a partiellement ouvert le 20 avril 1975, et l’équipe a marqué l’occasion par une victoire 1-0 contre Aviacion. Mais il manquait trop d’équipements essentiels et, après seulement quatre autres matches, l’enceinte a été jugée impropre à l’utilisation. Le club a donc dû retourner à l’Estadio Nacional.

    L’attente s’est prolongée jusqu’en 1989, année où l’enceinte, baptisée Estadio Monumental David Arellano en hommage au fondateur du club, a enfin été achevée. Son financement provenait principalement des membres de la base et des sponsors, ainsi que de l’importante indemnité de transfert d’un million de dollars versée par Bologne à Colo-Colo pour l’attaquant Hugo Rubio. Construit en béton, le stade présentait des tribunes à forte pente destinées à rapprocher les supporters du terrain.

    Avec ses nombreuses places debout, le stade pouvait accueillir entre 62,5000 et 65 000 spectateurs lors de sa grande réouverture. Mais l’installation progressive de sièges individuels et la modernisation des infrastructures pour répondre aux normes de sécurité actuelles ont réduit sa capacité au fil des ans, à environ 47 000 places aujourd’hui. L’an dernier, Colo-Colo a dévoilé un projet de rénovation visant à la porter de nouveau à 60 000 places, avec un début des travaux prévu fin 2027.

    Ce projet suscite beaucoup d’enthousiasme, mais le Monumental possède déjà un caractère très particulier dans son état actuel. Son niveau inférieur se trouve sous le niveau du sol, ce qui lui donne l’allure d’un colisée encaissé. Cette configuration retient le bruit et crée une atmosphère intimidante pour les équipes adverses.

    Le stade bénéficie aussi d’un décor à couper le souffle. Les sommets enneigés de la cordillère des Andes se dressent derrière les tribunes est et, sous un ciel d’hiver dégagé, semblent presque à portée de main. Lors des matches en soirée, le soleil couchant projette une lueur orangée sur les montagnes, offrant un spectacle que les habitants appellent « cielo en llama » (« ciel en feu »).

  • La Garra Blanca

    Colo Colo v Union Española - Copa Chile
    Getty Images Sport

    Le groupe d’ultras de Colo-Colo fait partie intégrante de la légende du club, pour de bonnes comme de mauvaises raisons.

    La barra brava de Colo-Colo, le groupe ultra « Garra Blanca » (La Griffe blanche), joue un rôle clé dans le caractère unique du stade Monumental. Le groupe a été officiellement fondé dans la région de Santiago en 1985. Inspiré par les cultures britannique et européenne, il a adopté les visages peints et les chants coordonnés, entonnés torse nu.

    La Garra Blanca a offert aux jeunes marginalisés par le régime de Pinochet un moyen d’exprimer leur identité et d’évacuer leur frustration. En retour, ses membres ont fait preuve d’une loyauté sans faille envers Colo-Colo, notamment en lançant « Coloton », un mouvement inspiré des téléthons, après la faillite du club en 2002. Cette initiative a aidé l’équipe à rester à flot avant une restructuration de l’entreprise.

    Cette fidélité indéfectible au club s’est aussi manifestée dans les tribunes. Peu de stades d’Amérique du Sud sont aussi hostiles que le Monumental Arellano lorsque la Garra Blanca donne de la voix. L’une de ses marques de fabrique est le déploiement d’immenses banderoles en tissu peintes à la main, qui recouvrent entièrement la tribune nord. L’usage régulier de fumigènes crée quant à lui un mur de brouillard devant le paysage des Andes.

    Son histoire comporte toutefois une part sombre. La Garra Blanca a été fortement impliquée dans des violences de grande ampleur dans les stades, des affrontements avec la police militaire et des bagarres de rue avec des groupes rivaux, en particulier « Los de Abajo » d’Universidad de Chiles (Ceux d’en bas). Les rencontres du Superclasico entre les deux clubs nécessitent toujours un important dispositif de sécurité, qui ne suffit pas toujours.

    En 2003, un derby a été interrompu après qu’un joueur d’Universidad de Chile a été touché par un objet lancé par un supporter de Colo-Colo. Six ans plus tard, des violences entre supporters ont provoqué l’arrêt du match retour de leur demi-finale du championnat chilien. La victoire a été attribuée à Colo-Colo après que Los de Abajo a jeté des pierres et des sièges en plastique sur le terrain. En mars de cette année, un supporter a été tué lors d’un affrontement entre les groupes, à plusieurs kilomètres du stade, qui a dégénéré en échange de coups de feu.

    La violence ne se limite toutefois pas au Superclasico. D’autres décès ont eu lieu en avril 2025, avant le match de Colo-Colo contre Fortaleza en Copa Libertadores : deux supporters adolescents sont morts dans une bousculade qui a renversé l’une des barrières de protection à l’extérieur du stade. En signe de protestation, des supporters de Colo-Colo ont envahi le terrain à la 72e minute, provoquant l’arrêt définitif de la rencontre.

    En 2021, alors que Colo-Colo risquait la relégation, la Garra Blanca a également menacé l’équipe en accrochant au centre d’entraînement une banderole sur laquelle on pouvait lire : « Vous gagnez ou on vous tue. » Malgré tout cela, le groupe est généralement considéré comme l’incarnation de l’identité ouvrière du club.

    Ses membres ont utilisé le stade pour protester contre l’égalité économique lors du soulèvement social chilien de 2018. Ils organisent aussi régulièrement des tournois de football et des distributions de repas pour les familles vivant dans la pauvreté. La Garra Blanca s’est également mobilisée contre Blanco y Negro S.A., l’entreprise propriétaire de Colo-Colo, qu’elle accuse de ne voir dans le club qu’un actif commercial. Son objectif ultime est de revenir à l’époque où Colo-Colo fonctionnait comme un club démocratique détenu par ses membres, et elle n’hésite pas à porter la lutte directement devant les bureaux de l’entreprise.

  • La gloire en Copa et la génération dorée du Chili

    Alexis Sanchez (L) of Chile's Colo Colo
    AFP

    Colo-Colo s’est fait remarquer avec éclat sur la scène internationale au début des années 1990, avant de connaître un succès sans précédent sur la scène nationale au milieu des années 2000.

    En 1973, Colo-Colo est devenu le premier club chilien à atteindre la finale de la Copa Libertadores, mais s’est incliné 2-1 après prolongation face au club argentin d’Independiente lors d’un match d’appui, les deux premières manches s’étant soldées par des nuls. Dix-huit ans plus tard, en 1991, le club allait toutefois effacer le souvenir de cette défaite déchirante en atteignant de nouveau la finale.

    Après un nul 0-0 sur le terrain du club paraguayen d’Olimpia, Colo-Colo s’est imposé 3-0 au retour pour enfin ramener le prestigieux trophée au Chili, grâce à un doublé de son attaquant vedette Luis Perez et à un but du remplaçant Leonel Herrera. Au coup de sifflet final, le célèbre commentateur Vladimiro Mimic a lancé cette phrase poignante en direct à la radio : « Sortez dans la rue, saisissez votre drapeau et sachez que Colo-Colo est champion de la Copa Libertadores. »

    L’entraîneur croate de Colo-Colo, Mirko Jozic, mesurait lui aussi la portée de cet exploit : « La Copa Libertadores n’appartient pas seulement à ceux qui l’ont gagnée, mais à tous les colocolinos... Nous avons prouvé que Colo-Colo pouvait regarder n’importe quelle équipe du continent droit dans les yeux. »

    Colo-Colo l’a de nouveau démontré l’année suivante, en battant le géant brésilien Cruzeiro aux tirs au but lors de la finale de la Recopa Sudamericana au Japon, avant d’écraser le Club Puebla, du Mexique, 7-2 sur l’ensemble des deux matches pour remporter la Copa InterAmericana. Avec trois titres internationaux et neuf trophées nationaux, les années 1990 ont été la décennie la plus fructueuse de la riche histoire de Colo-Colo.

    Le club a toutefois connu une autre période faste entre 2006 et 2008, lorsque l’entraîneur argentin Claudio Borghi lui a rendu sa fierté institutionnelle après la crise financière qui avait menacé son existence. Borghi a mené Colo-Colo à un « Tetracampeonato », sans précédent, avec quatre titres de champion national consécutifs. Le point culminant de cette période a été une victoire chargée d’émotion aux tirs au but face à Universidad de Chile en finale du Torneo de Apertura.

    Sous sa direction, Colo-Colo a également atteint la finale de la Copa Sudamericana 2006, perdue de justesse 2-1 sur l’ensemble des deux matches face à Pachuca. Borghi a été désigné, à juste titre, entraîneur sud-américain de l’année pour avoir mis en place un audacieux dispositif en 3-4-2-1.

    Mais l’héritage le plus durable de Borghi reste sa capacité à développer les talents. Il a contribué à l’éclosion de la génération dorée chilienne, en lançant l’intraitable milieu de terrain Arturo Vidal (nous y reviendrons) et Claudio Bravo, futur gardien du FC Barcelone et de Manchester City, tout en permettant à Alexis Sanchez, futur meneur de jeu d’Arsenal et de Manchester United, de briller lors de son prêt en provenance de l’Udinese.

  • Icônes du club

    SOC COLO COLO-U. CATOLICA
    AFP

    Colo-Colo a vu passer tant de footballeurs de talent au fil des ans, et quelques-uns sont encore célébrés aujourd’hui.

    Avec 208 buts inscrits en 374 matches officiels, Carlos Caszely est le meilleur buteur de l’histoire de Colo-Colo. Il est largement considéré comme le plus grand joueur à avoir porté son maillot. Meilleur buteur de la compétition, il a mené l’équipe jusqu’en finale de la Copa en 1973 et remporté huit titres majeurs lors de ses deux passages au Monumental. Sa maîtrise du ballon dans les petits espaces et son efficacité devant le but lui ont également valu le surnom de « Rey del metro cuadrado » (roi du mètre carré).

    L’influence de Caszely en dehors du terrain a été encore plus importante. Il s’est engagé à gauche et a ouvertement critiqué Pinochet, refusant notamment de lui serrer la main à l’approche de la Coupe du monde 1974. Pour les supporters de Colo-Colo, il incarne mieux que quiconque l’esprit rebelle. Une statue à son effigie a été érigée devant le Monumental en 2022.

    Lors de la première Journée des membres de Colo-Colo organisée au Monumental en avril, Caszely a expliqué avec éloquence ce que le club représentait pour lui et ses supporters : « C’est avoir toujours le cœur qui bat la chamade, être solidaire, comprendre que Colo-Colo est plus qu’une simple équipe de football. C’est quelque chose de social, c’est un cœur qui s’étend d’Arica à Punta Arenas. Colo-Colo, c’est tout, c’est ce qu’il y a de plus grand. »

    Juste à côté de la statue de Caszely se trouve celle d’une autre figure emblématique de Colo-Colo, Francisco « Chamaco » Valdes. Ce milieu offensif était le complément idéal de Caszely, tant avec le Chili qu’à Colo-Colo, où il a lui aussi effectué deux passages. Capitaine, il montrait l’exemple. Joueur d’une grande technique et spécialiste des coups de pied arrêtés, il a inscrit 180 buts pour Colo-Colo, dont beaucoup de buts spectaculaires.

    Valdes est mort en 2009, à l’âge de 66 ans. Une cérémonie en sa mémoire a eu lieu au mausolée de Colo-Colo plus tôt cette année, et Caszely figurait parmi les personnes venues lui rendre hommage. « Dans le football, je n’aurais pas été celui que j’ai été sans Chamaco. Je n’ai jamais vu, où que ce soit dans le monde, un joueur doté de l’intelligence de Chamaco », a-t-il déclaré.

    Personne n’égalera peut-être jamais l’héritage de Caszely et Valdes, mais un joueur de l’équipe de Colo-Colo victorieuse de la Copa Libertadores en 1991 s’en est approché. Marcelo Barticciotto (photo ci-dessus) a inscrit trois buts décisifs au cours du parcours historique de l’équipe et délivré deux passes décisives en finale. Il avait également marqué le premier but au Monumental lors de sa réouverture en 1989.

    Surnommé affectueusement « Barti » ou « El 7 del Pueblo » (le numéro 7 du peuple) par les supporters, cet ailier explosif a également joué un rôle majeur dans la conquête de trois titres de champion du Chili. Il détient le record de matches disputés pour Colo-Colo en compétition continentale (86).

    Comme si cela ne suffisait pas à asseoir son statut de légende, Barticciotto a montré son attachement au club alors qu’il jouait pour son rival, Universidad Catolica, où il était prêté par Club America en 1995. Il a marqué lors d’une victoire 2-1 de Catolica, mais a refusé de célébrer son but, baissant plutôt la tête en signe de respect pour Colo-Colo, qu’il a retrouvé l’année suivante.

    « Je n’avais pas prévu de ne pas le célébrer, ni quoi que ce soit. À cet instant, c’est venu du cœur. Je ne pouvais pas célébrer ce but face à ces gens qui m’avaient applaudi, qui m’en parlaient dans la rue et qui m’avaient témoigné tant d’affection. Je ne pouvais pas », a raconté Barticciotto à Vamos a Recordar.

    « J’ai pris conscience de toute l’affection que les gens avaient pour moi. C’était une ovation que je n’oublierai jamais. C’est là que je me suis demandé : “Qu’est-ce que je fais ici avec ce maillot ?” C’était très étrange pour moi, surtout quand je suis arrivé au match. En face, il y avait mes coéquipiers de tant d’années, de tant de batailles. Je n’ai plus jamais ressenti quelque chose de semblable. J’ai essayé d’être aussi professionnel que possible, mais je regardais toujours de l’autre côté, le cœur à Colo-Colo. »

    Lorsque Barticciotto a annoncé sa retraite en 2003, 50 000 supporters se sont rendus au Monumental pour dire adieu à leur idole. Il est revenu cinq ans plus tard comme entraîneur et a mené le club au titre du Clausura, renforçant encore ses liens avec la Garra Blanca.

  • Héros modernes

    FBL-LIBERTADORES-COLOCOLO-ATLMINEIRO
    AFP

    Depuis le début du siècle, Colo-Colo n’a manqué ni de puissance offensive ni de joueurs adorés des supporters.

    Parmi les héros modernes de Colo-Colo, nul ne surpasse Luis Mena, surnommé « El Historico ». Ce défenseur central fiable a passé presque toute sa carrière professionnelle au club (de 1996 à 2014), dont il a été le capitaine durant ses deux dernières années. Il y a remporté 11 titres de champion, un record absolu dans le football chilien.

    De son propre aveu, Mena n’était pas le joueur le plus talentueux, mais son exceptionnelle éthique de travail et son amour pour Colo-Colo compensaient ce manque. Porter le brassard a été un honneur particulièrement grand pour le défenseur, qui a confié à El Cancha : « Être capitaine de Colo-Colo représentait le rêve de toute une vie. C’est une lourde responsabilité, mais quand on sait la gérer et la canaliser, cela devient quelque chose d’incroyablement important. »

    Mena était le cœur de l’équipe, et son travail sans ballon permettait aux autres de s’épanouir, particulièrement lorsque Borghi était aux commandes. Formé à Colo-Colo, Matias Fernandez a été élu footballeur sud-américain de l’année en 2006 grâce à ses prestations remarquables sous les ordres de Borghi. Il éblouissait par ses qualités athlétiques, sa technique et sa maîtrise des coups francs.

    Cette saison-là, Fernandez a inscrit 20 buts en 30 matches de championnat depuis le milieu de terrain et formé un duo irrésistible avec Humberto Suazo. L’attaquant chilien a marqué 34 buts lors de l’Apertura et de la Clausera en 2006, auxquels se sont ajoutés 13 buts en compétitions internationales, soit 47 réalisations en seulement 49 matches. Suazo était un attaquant atypique, doté d’une immense puissance du haut du corps et d’un sang-froid remarquable face au gardien.

    Après son départ à la fin de la saison 2007, Colo-Colo a peiné à combler le vide. Jusqu’à l’arrivée d’Esteban Paredes (photo ci-dessus), recruté à Santiago Morning en 2009 pour la modeste somme de 350 000 €. Paredes a inscrit 50 buts en championnat lors de ses trois premières saisons au club, ce qui lui a valu le surnom d’« El Tanque » (« Le Tank ») en raison de ses qualités de point d’appui et de sa frappe puissante. Les supporters l’appréciaient aussi parce qu’il venait d’un milieu modeste de Santiago et avait grandi en fervent supporter de Colo-Colo, chantant souvent aux côtés de la Garra Blanca.

    Paredes a quitté Colo-Colo en 2012, mais est revenu deux ans plus tard, alors que l’équipe traversait une longue période d’irrégularité. Il l’a aussitôt menée à son 30e titre de champion. Il est resté la pièce maîtresse de l’équipe jusqu’en 2021 et a terminé son parcours à Colo-Colo avec 198 buts, ce qui le place au deuxième rang des meilleurs buteurs de l’histoire du club derrière Caszely. Parmi ces buts, un record de 16 ont été inscrits lors des Superclasico contre Universidad de Chile.

  • Le retour d’El Rey

    FBL-CHI-COLOCOLO-VIDAL
    AFP

    Arturo Vidal est peut-être le joueur le plus célèbre à avoir porté les couleurs de Colo-Colo, et il continue de briller pour le club à 39 ans.

    De tous les joueurs qui se sont révélés sous les ordres de Borghi, Vidal est sans doute celui qui a laissé la plus grande empreinte à Colo-Colo. Après cinq années de formation dans les équipes de jeunes du club, il a fait ses débuts en 2005, à 18 ans. Il a ensuite joué un rôle déterminant dans les sacres du Clausura 2006 et de l’Apertura 2007, Borghi l’utilisant aussi bien comme défenseur central gauche que comme milieu défensif.

    Ses coéquipiers avaient pris l’habitude de surnommer Vidal « Celia Cruz », en référence à la légendaire chanteuse cubaine, à cause de ses coiffures excentriques et de sa personnalité exubérante. Sur le terrain, il faisait honneur au surnom de « Cometierra » (« mangeur de terre ») qui lui collait à la peau depuis le centre de formation, se lançant sans cesse dans des tacles glissés sans hésiter.

    La combativité de Vidal le rendait attachant, et son sens du placement comme son anticipation étaient exceptionnels pour son âge. Il devançait souvent de la tête des adversaires bien plus grands que lui grâce à son seul sens du timing, et affichait une endurance inépuisable qui en a immédiatement fait le chouchou des tribunes. Malheureusement pour Colo-Colo, il était bien trop fort pour échapper aux grands clubs européens.

    Le Bayer Leverkusen a recruté Vidal pour 10 millions d’euros en 2007. Il a passé quatre ans en Allemagne avant de rejoindre la Juventus, où il est devenu l’un des meilleurs milieux de terrain de sa génération. Il s’y est mué en numéro 8 capable d’évoluer d’une surface à l’autre, les supporters le surnommant « El Rey » (« le Roi »). Vidal a également connu la réussite au Bayern Munich, à Barcelone et à l’Inter, sans jamais oublier ses racines. Il affichait régulièrement son soutien à Colo-Colo sur les réseaux sociaux et évoquait ouvertement un futur retour au club.

    Ce retour s’est finalement concrétisé en 2024, lorsqu’il a rejoint gratuitement le Monumental. Colo-Colo lui a réservé une cérémonie d’accueil élaborée qui a fait les gros titres dans le monde entier. Vidal est arrivé au stade en hélicoptère, atterrissant directement sur la pelouse, vêtu d’une cape et d’une couronne et tenant une épée. Il est ensuite monté à cheval pour saluer 35 000 supporters venus l’acclamer.

    « Partout où je suis allé, j’ai toujours fait passer Colo Colo en premier. Et maintenant, tout le monde suivra Colo Colo, a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse ultérieure. Je veux que les gens le connaissent comme l’une des équipes les plus fortes d’Amérique du Sud. Il y a de très bons joueurs, une immense communauté de supporters. Colo Colo est un pays. Les gens vont lui accorder de plus en plus d’attention. Je veux que le monde le connaisse. »

    Vidal a fait tout ce qui était en son pouvoir pour y parvenir. Dès sa première saison de retour, il a porté Colo-Colo vers son 34e titre de champion du Chili, inscrivant même le but égalisateur décisif qui a assuré le sacre lors d’un match nul contre Deportes Copiapo à la dernière journée. Le club a également atteint les quarts de finale de la Copa Libertadores, son meilleur parcours depuis des années.

    Aujourd’hui, Colo-Colo occupe de nouveau la tête du championnat chilien, avec 12 points d’avance sur Catolica, et Vidal a été impliqué dans sept buts toutes compétitions confondues à 39 ans. Non seulement il défie le temps, mais il est aussi un modèle de professionnalisme pour les jeunes joueurs du club.

    « Arturo n’apporte pas seulement son histoire sur le terrain ; il apporte une autorité sans égale, a déclaré Fernando Ortiz, l’actuel entraîneur de Colo-Colo. Avoir un joueur qui a gagné au plus haut niveau en Europe, c’est offrir aux plus jeunes un exemple vivant de ce qu’est un vainqueur. Sa parole a un poids particulier. »

  • La passion humaine

    FBL-CHI-COLOCOLO-UNIONESPANOLA
    AFP

    Outre un projet sportif séduisant, Colo-Colo peut offrir aux joueurs un sentiment d’appartenance unique.

    La présence d’une superstar comme Vidal ne peut que renforcer le rayonnement mondial de Colo-Colo. Le club est désormais mieux placé que jamais pour attirer d’autres joueurs de premier plan. Il a d’ailleurs montré sa force sur le marché des transferts lors du mercato estival en remportant la course à la signature de Vozihna, révélation de la Coupe du monde 2026.

    Le gardien expérimenté a été l’un des joueurs les plus remarquables du tournoi, au cours duquel le Cap-Vert a déjoué tous les pronostics en atteignant les seizièmes de finale. Il a particulièrement brillé lors du match nul 0-0 en phase de groupes contre l’Espagne, future championne, avec sept arrêts. Il s’agit du deuxième plus grand nombre d’arrêts réalisés par un gardien âgé de 40 ans ou plus lors d’un match de Coupe du monde depuis le début des relevés statistiques en 1966.

    Vozinha aurait suscité l’intérêt de l’Inter Miami de Lionel Messi, mais a préféré rejoindre Colo-Colo à l’expiration de son contrat avec Chaves, club portugais de deuxième division. « Au fond de moi, je me suis toujours dit que j’étais un joueur de « grand club » », a déclaré Vozinha lors de sa présentation officielle. « Alors, quand Colo-Colo m’a contacté, je n’ai eu aucun doute. J’ai reçu beaucoup d’offres, mais Colo-Colo a toujours été ma priorité. »

    La détermination d’un gardien nommé pour le trophée Yachine à rejoindre Colo-Colo en dit long sur le prestige du club. C’est le seul club chilien à figurer dans le top 20 actuel du classement officiel des clubs de la CONMEBOL, devant des poids lourds brésiliens comme Internacional, Fluminense et Corinthians.

    Colo-Colo se bat pour les principaux trophées nationaux presque chaque année et possède un excellent bilan en Copa Libertadores. À son retour, Vidal a promis de ramener un trophée continental au Monumental, un objectif qui n’a rien d’irréaliste.

    Mais plus encore que ses références sportives, c’est la passion humaine sans filtre qui anime Colo-Colo qui compte. Ceux qui ont la chance de porter son maillot représentent la mémoire de Colocolo et d’Arellano, et portent le bien-être émotionnel de millions de familles des classes populaires.

    L’an dernier, la personnalité médiatique chilienne Pedro Ruminot a partagé sur Zapping TV une citation de Jozic qui est rapidement devenue virale sur les réseaux sociaux, tant elle résume ce qui rend ce club si singulier. L’ancien entraîneur a déclaré : « Pour moi, aujourd’hui, Colo-Colo est quelque chose que je ne peux ni toucher, ni ressentir, ni voir, parce que je suis loin. Mais c’est plus grand que l’amour. »