Après les matches du mois de mars face aux Pays-Bas et à la Russie, une tendance, celle d’une équipe de France largement mieux armée devant que derrière, avait commencé à se dégager. Une tendance confirmée par les forfaits de Raphaël Varane et la non-sélection de Mamadou Sakho, autant que par les séduisants niveaux de jeu de Dimitri Payet, Kingsley Coman ou Anthony Martial.
Lors des matches de préparation face au Cameroun et à la très faible Écosse, la charnière presque expérimentale Rami-Koscielny (elle avait été testée lors de l’Euro 2012, ndlr) avait également montré des signes de faiblesse inquiétants. Avant de débuter la compétition, Laurent Koscielny, interrogé sur la relative vulnérabilité de la défense, n’avait pas donné les meilleurs signes d’assurance. "On connait les qualités des joueurs du groupe, on sait qu'on est capables de faire de belles choses. Le plus important c'est la notion de groupe".
GettyComme pour faire comprendre que tout le monde devrait se sentir concerné par le travail défensif. Sans trop d’espaces entre les lignes, la solidité de la charnière est préservée mais sa fragilité ressort dès lors qu’elle devient un peu plus livrée à la seule entente des deux joueurs qui la composent. Un constat avoué par le travail de fond réalisé en préparation. "On a énormément travaillé tactiquement en Autriche, dans le pressing, dans les distances entre chaque joueur, expliquait le Gunner en conférence de presse. On a travaillé les coups de pied arrêtés. J'ai beaucoup parlé avec Hugo (Lloris) et avec Adil (Rami). Un binôme marche à la complémentarité et il faut beaucoup compter là dessus".
Un style de jeu à éclaircir
Alors qu’elle avait inscrit 10 buts en trois matches avant de débuter son Euro, l’équipe de France s’est révélée beaucoup moins prolifique lors des trois suivants. Depuis le début de la compétition, les Bleus n’ont inscrit que 4 buts, dont les 3 derniers après la 89e minute de jeu. Le fond de jeu, que beaucoup attendaient plus clair à défaut d’être plus abouti, ne permet pas aux joueurs offensifs de faire les différences attendues.
Dans une interview accordée récemment à L’Équipe, Oliver Kahn s’était montré sceptique quant aux intentions des Bleus sur le terrain. "Je ne comprends pas le jeu des Français, je ne sais pas comment ils veulent jouer. Est-ce qu'ils veulent un jeu de possession ? De transition ? Est-ce qu'ils misent sur le pressing ?". Des questions rhétoriques auxquelles le légendaire portier allemand avait répondu : "Le jeu de la France repose beaucoup sur des individualités. Que ce soit Payet, Pogba, Sissoko ou Coman, ils essaient seulement d'agir par des actions individuelles. Après avoir affronté les Bleus avec la Suisse (0-0), Gelson Fernandes avait livré sur les ondes de RMC une analyse plus collective mais pas contradictoire avec le constat de Kahn. "La France est beaucoup plus dans la réaction par rapport au Brésil. Ce n’est pas une équipe de contre mais presque. C'est une équipe de rupture".
Face à la Nati, première équipe après la Roumanie et à l’Albanie à vouloir du ballon et à aller de l’avant, l’équipe de France a affectivement laissé la possession, plus par choix que par obligation. Les actions véritablement dangereuses (les deux barres transversales touchées par Pogba et Payet) étaient intervenues au terme de situations de contre, lorsque les espaces laissés par les attaques placées de l’adversaire avaient permis la projection rapide des Bleus.
Il va donc falloir défendre…
Dans les chiffres, l’équipe de France confirme l’impression de satisfaction en demi-teinte depuis le début de la compétition. Alors qu’on la pensait effrayante offensivement, elle ne figure qu’au 7e rang des occasions créées (43), au 6e rang des centres délivrés et au 9e rang des tirs tentés. Dans tous ces secteurs offensifs, les statistiques placent la France derrière les grandes nations. Défensivement, en revanche, les Bleus ont bien plus à faire que les concurrents. Au niveau des tacles réalisés et des interceptions, les coéquipiers d’Hugo Lloris ont plus de travail, ce qui témoigne d’une fébrilité qu’il faudra corriger face à des équipes capables d’attaquer dans tous les cas de figure.
Le style de jeu en contre qui se dessine du côté de Clairefontaine va imposer une solidité défensive à toute épreuve, surtout s’il reste en l’état, soit pas totalement assumé. Face à la Suisse qui lui a globalement pris le ballon, l’équipe de France est apparue empruntée et son placement n’avait pas grand chose de celui qu’un collectif prêt à contrer adopte.
Opta
Opta*Le premier schéma représente le positionnement moyen des joueurs de l'équipe de France, le second celui des joueurs de la Suisse
Dans cette configuration, sans un bloc bas et compact, les espaces laissés à l’adversaire laissent une marge de manœuvre importante à l’adversaire et obligent la défense à assurer une couverture permanente pour à la fois récupérer et lancer la machine. De la même manière, la charnière, à la perte du ballon, se retrouve naturellement exposée. Tout ce que Laurent Koscielny, avant que le tournoi ne débute, souhaitait éviter. Face à des équipes qui l’attendent, la France comble ses lacunes par le talent individuel qui jusqu’ici a fait la différence. Si elle parvenait à prendre le jeu à son compte et concrétiser les occasions qu’elle serait en mesure de se créer, la France pourrait se permettre de défendre en attaquant, comme les Espagnols en ont démocratisé le modèle. Sans une mécanique aussi bien huilée offensivement, il lui faudra défendre. Et très bien pour espérer gagner.





