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Stamford Bridge Chelsea general viewGetty Images

Hazard, Kakuta et son rôle de scout... Guy Hillion raconte ses années à Chelsea

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Guy Hillion fait partie de ces personnes qui s'asseyaient en tribune, carnet et stylo en mains, pour observer et décortiquer les joueurs qui évoluent dans l'Hexagone, des jeunes aux pros surtout. Engagé par Chelsea en 2006, celui qui est passé par Nantes et Bordeaux était chargé de repérer les talents français, écumant chaque semaine les terrains du pays. Hazard, Azpilicueta ou Kakuta, il a poussé la venue de chacun d'entre eux. Pour Goal, il raconte ses quinze années au sein du club champion d'Europe en titre.

Quel était votre rôle pour Chelsea en France ?

J'occupais le rôle de responsable du recrutement sur la France pour les professionnels et les jeunes. Mais c'est un rôle qui depuis a changé dans ses modalités, notamment parce que les responsables ont changé. Mais au quotidien, j'étais chargé de voir tous les matchs intéressants dans lesquels je pouvais trouver des joueurs pour Chelsea. J'allais voir les matchs internationaux et les rencontres des pros dans lesquelles je sentais qu'il y avait des joueurs intéressants. Au tout début de notre collaboration, Frank Arnesen (ancien défenseur et capitaine du Real Madrid qui a repris la direction sportive de Chelsea entre 2005 et 2010) était surtout intéressé par les jeunes car le niveau des équipes de l'académie n'était pas bon. Donc mon travail commençait dès les U15. Puis entre 2014 et 2015, Chelsea a décidé de spécialiser certains scouts pour les pros et d'autres pour les jeunes. Donc je ne faisais plus que les pros.

Frank Arnesen est resté cinq ans à Chelsea, en quoi son rôle a été précurseur ?

D'abord, je dois dire que je dois tout à Frank Arnesen, qui est un homme fabuleux et humainement de grande valeur. C'est lui qui a tout créé à Chelsea et qui a mis en place l'académie. Quand je suis arrivé, il n'y avait rien là-bas, il n'y avait pas de bâtiment pour l'académie et des équipes de jeunes qui étaient d'un niveau moyen. Il est celui qui a tout structuré et a décidé de prendre des scouts dans tous les pays qu'il jugeait intéressants pour le recrutement. Il fait partie de ces personnes qui ont été des visionnaires sur la question du scouting et on ne l'a pas assez dit, mais il a mis Chelsea sur la bonne route.

Qu'est-ce qui a changé après son départ ?

Avec Arnesen, tout était très réactif, ce que je n'ai pas connu après. Dès qu'il y avait un rapport positif, il se déplaçait rapidement et on allait sur le terrain. Ensuite, la politique a changé, c'était moins réactif et il a fallu faire plus de rapports, voir beaucoup de joueurs et beaucoup de matchs avec à mon sens trop de vidéos. C'est pour ça que je suis parti d'ailleurs, car ça m'a fatigué. Ça faisait quatorze mois que j'étais devant des vidéos. J'ai du mal à comprendre que l'on puisse recruter et faire un bilan définitif d'un joueur basé sur des vidéos.

Quelle est la différence entre le fait de voir les matchs en vidéo et d'être au bord du terrain ?

En vidéo, le joueur que vous voyez et qui peut-être intéressant, vous ne le voyez que quand il a le ballon. Vous ne voyez pas ses déplacements, ses mouvements, son comportement sans le ballon, vous ne voyez pas si la passe qu'il a faîte, c'était la meilleure et donc s'il y en avait une autre à faire. Vous ne voyez pas non plus l'échauffement du joueur. Quand vous êtes au bord du terrain ou dans un stade, vous voyez tout ça. Son comportement à l'échauffement. C'est un choix qui n'était pas le mien. Au final, on voit beaucoup de vidéos, on fait beaucoup de rapports, mais on a l'impression d'être inutile.

Sur les joueurs qui ont rejoint Chelsea, lesquels vous ont tapé dans l'œil ?
Dans mes premières années, j'ai été un grand partisan de la venue d'Eden Hazard ou de César Azpilicueta. Plus tard, j'ai poussé pour la venue de Kurt Zouma et œuvré à celles de jeunes qui n'ont malheureusement pas franchi le cap comme Nicolas Tié, mais surtout Gaël Kakuta.

Quel a été votre rôle dans la venue d'Eden Hazard ?

J'ai fait des rapports très positifs sur Eden Hazard en disant à Chelsea qu'il fallait absolument le recruter. Je le connaissais depuis l'âge de quinze ans, quand il était à Lille. Je faisais le forcing pour qu'il vienne. Chelsea est un club qui aime bien prendre son temps, qui est prudent et qui essaye d'éviter de faire des erreurs. J'avais dit à mes supérieurs de le prendre assez vite, mais ils ont attendu deux ans et finalement ils ont payé plus cher. Je l'avais signalé bien avant le titre de champion de France puisque je l'avais vu en U17 jouer avec la Belgique contre la France en région parisienne.

Et pour César Azpilicueta ?

J'ai fait des rapports et donné mon avis qui était positif. Après, on insiste pour que le club recrute le joueur, mais on ne fait pas l'approche. C'est-à-dire que le contact avec le joueur ou avec ses agents, ça ne dépend plus de nous. Nous sommes là pour observer le joueur et le voir jouer à plusieurs reprises, faire des rapports et insister si c'est positif. Et en fonction de ce que j'ai pu remonter comme informations, le club décide de faire signer ou de ne pas faire signer.

Sur la venue de N'Golo Kanté, êtes-vous consulté par exemple ?

J'avais fait quelques rapports lorsqu'il était à Caen. Peut-être ont-ils été consultés. Mais là, il jouait en Angleterre (à Leicester) donc ça n'était pas de mon ressort. Les scouts ne sont pas contactés par le club, on ne sait pas si un joueur est dans le viseur ou en négociations avec Chelsea. À la rigueur, on est averti lorsque le joueur est à Chelsea et qu'il va signer. Nous n'avons pas de contact une fois les rapports terminés.

Sa venue a été une grande surprise en Angleterre, êtes vous à l'origine de la venue d'Edouard Mendy ?

Gardien de but, c'est un poste assez spécial. Donc on a un superviseur des gardiens de but à Chelsea et c'est une spécificité chez nous. J'ai dû faire un rapport après l'avoir vu jouer à Reims et puis après le joueur a été suivi par Christophe Lollichon et Petr Cech. Le recrutement des gardiens est vraiment quelque chose de spécial, donc chez nous les entraîneurs des gardiens se déplacent. Il y a des données que l'on ne maîtrise pas comme pour un joueur de terrain, il faut avoir un regard de spécialiste sur les appuis, le comportement à l'échauffement... des choses que l'on ne peut pas voir en vidéo.

Chelsea a aussi attiré de grands talents français comme Gaël Kakuta. Pourquoi cela n'a pas marché ?

Chelsea est un grand club avec des grands joueurs. Généralement, ceux qui y viennent sont les meilleurs de leur pays et quand on arrive à 15, 16 ou 17 ans, ce n'est pas évident de s'imposer. Gaël Kakuta a joué avec les pros et il a été le joueur le plus de l'académie de Chelsea à jouer en Ligue des champions. Après, ce sont des choix, car ils sont prêtés, mais ce n'est pas toujours la faute de Chelsea. Et dans son cas, je dirais même que c'est la faute de l'entourage.

Et pour le jeune gardien Nicolas Tié ?

Pour lui, c'est surtout une question de valeur. Il est arrivé à un stade où on s'est aperçu que Chelsea, c'était trop haut pour lui. Ce qui n'était pas le cas de Gaël Kakuta, mais il y a eu des difficultés avec l'entourage avec des propositions de prêt faîtes par Chelsea qui n'ont pas été acceptées. Il y a eu Jérémie Boga aussi. On est dans le même cas que Kakuta. Je l'avais pourtant prévenu, je lui avais dit : « Tu as vu comment ça s'est passé pour Kakuta... ». Ce sont deux gamins qui avaient un talent énorme et je pense que si leur entourage avait voulu se mettre à 100% au service de Chelsea, ils se seraient imposés.

Comment jugez-vous la structure de Chelsea en termes de scouting et sur son académie ?

L'académie de Chelsea est certainement l'une des meilleures d'Angleterre. Si ce n'est la meilleure depuis des années. Les jeunes remportent l'équivalent de la Coupe Gambardella presque tous les ans même s'ils ont quelques difficultés en Youth League depuis trois ou quatre ans. Il y a un très bon staff et une structure très au point, mais aussi des moyens. Sur le scouting professionnel, j'émettrais une réserve, car je ne suis pas un partisan du cumul des rapports. Pour moi le scouting ce n'est pas de dire que l'on a fait 10 000 rapports dans l'année. Et comme je ne suis pas pour la vidéo à la maison, j'aimerais avoir moins de rapports et plus de terrain.

Et sur sa capacité à faire éclore les jeunes joueurs ?

En seize ans à Chelsea, j'ai vu passer treize entraîneurs. Mais je crois que le passage de Franck Lampard a permis d'ouvrir les yeux sur la valeur des joueurs de l'académie et sur le fait qu'ils pouvaient jouer au haut niveau. Tuchel aussi leur fait confiance et fait beaucoup tourner l'effectif, ce qui donne la possibilité à des jeunes de s'exprimer. Lampard-Tuchel, c'est une bonne succession.

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