Ils y sont. Après plus d'un mois intense, les Bleus seront acteurs de la finale de la Coupe du monde, à Moscou, ce dimanche, face à la Croatie. Ce sera la dernière scène de leur film. Jusqu'alors, les précédentes prises se sont parfaitement emboîtées pour former l'histoire d'une prise de conscience collective qui les a vu franchir les obstacles, un à un. Mais si cette bande de gamins y est parvenu, elle le doit autant à son talent qu'à son intelligence. Car tous ses adversaires lui ont proposé une problématique claire. Et la Croatie ne dérogera pas à la règle.
Objectif numéro 1 : réduire l'influence de Modric et Rakitic
En rembobinant un peu, rappelons à quel point les dangers ont été multiples sur la route de cette finale. Messi contre l'Argentine. Suarez face à l'Uruguay. Hazard et l'armada belge. Un concentré de talent qui impose une réponse collective - toujours. La Croatie, elle, compte le classieux Luka Modric, meneur de jeu parfois reculé capable d'imprimer le rythme de cette équipe avec une justesse époustouflante. Le profil a quelque chose de nouveau, car moins basé sur des fulgurances individuelles. Mais ne comptez pas sur Didier Deschamps pour enfermer Modric dans une case. "Je suis désolé de vous contredire mais si Modric n'a pas de mobilité, on a pas dû voir le même Modric", a souligné le sélectionneur pour répondre au postulat qui laisserait croire que le numéro 10 croate serait moins mobile que Messi ou Hazard. "Il a une base technique qui a plus ou moins l'équivalent avec Rakitic et une intelligence de jeu très importante. Il a une grande influence sur le jeu de son équipe. Il n'est pas dans le même registre que Messi ou Hazard qui eux font des actions individuelles. Lui, c'est pour l'ensemble de son oeuvre qu'il est spécial".
GettyIl y a donc Modric. Mais aussi Ivan Rakitic, à peine moins soyeux mais un peu plus teigneux, et au C.V. comparable. Et puis il y a Marcelo Brozović, le travailleur de l'Inter. Et la curiosité de cette machine bien huilée réside dans la position de Modric, très mobile justement, puisqu'elle s'étend de la zone de récupération à la surface adverse. 6, 8 ou 10, le Madrilène est un joueur total dont l'influence devra être réduite. Une mission qui devrait grandement revenir à N'Golo Kanté. Le nettoyeur des Bleus est précieux pour de multiples raisons : il étouffe ses adversaires dans le duel, lit les trajectoires et se place sur les lignes de passes. La doublette qu'il forme avec Paul Pogba est parfaitement complémentaire. Dans des propos accordés à Goal, Christian Gourcuff l'avait relevé. "Ils sont complémentaires parce qu’ils gèrent la récupération, les relances et donc la tenue du jeu. Sur ce que j’ai vu, ils forment le meilleur milieu de la compétition". Un milieu auquel quelques autres pièces peuvent se greffer.
Matuidi, Griezmann et Giroud sont d'autres soldats du milieu
Dans une aire du terrain où trois (voire quatre) joueurs Croates seront proches, les Bleus devront ajouter la quantité à la qualité. C'est l'un des atouts de ce 4-2-3-1 modulable instauré depuis le Pérou. Blaise Matuidi, sur son côté gauche, effectue un travail de sape remarquable quand l'équipe de France n'a pas le ballon. Et le Turinois n'est pas le seul à se rapprocher du duo Kanté-Pogba. Contre l'Uruguay et la Belgique, Olivier Giroud et Antoine Griezmann ont aussi énormément travaillé. L'utilité du Madrilène a été visible dans l'amorce des contres, souvent à hauteur de Pogba, où ses petites remises se sont ajoutées au jeu long du Mancunien, mais aussi dans les phases de conservation de ballon. Et si Kylian Mbappé n'a pas négligé son rôle défensif à droite, le prodige s'est surtout distingué par ses fulgurances offensives. La répartition des rôles se fait naturellement entre les deux leaders offensifs français. L'un prend la lumière, l'autre travaille. C'est avec cette intelligence collective que les Bleus ont trouvé le juste milieu. Elle sera leur première arme, ce dimanche, pour résoudre un ultime casse-tête à la porte du paradis.

