Dans la salle d'interview de Clairefontaine, Valentin Gendrey arrive le sourire aux lèvres, presque étonné d'être sollicité pour une interview, alors qu'il évolue à Lecce (Serie A) loin des regards des médias hexagonaux. Appelé pour la première fois avec les Espoirs, l'ancien joueur d'Amiens a disputé sa première avec la formation dirigée par Sylvain Ripoll samedi contre l'Angleterre (0-4). Son départ d'Amiens qui ne lui a pas fait confiance, son adaptation en Italien, sa première saison en Serie A, le latéral droit se raconte. Découverte.
Après votre départ d’Amiens, c’est un beau retour en France. Vous attendiez-vous à cette sélection ?
Le fait que je joue régulièrement en Série A te donne forcément de l’espoir. J’y pensais mais j’étais tout de même surpris. J’avais déjà dit à mes agents que je ne voulais pas savoir si j’étais observé. Je voulais être concentré sur le foot et si je l’avais su avant, j’aurais peut-être été moins performant.
L’Euro avec les Espoirs c’est désormais dans un coin de votre tête ?
C’est sûr que j’y pense. En plus, c’est la dernière année où je peux jouer dans cette catégorie donc j’avais cet espoir de faire une bonne saison pour me montrer. Cette année, c’est vraiment une année de découverte : j’arrive en Serie A et je joue. En décembre, je suis devenu papa donc je découvre aussi et maintenant les Espoirs. Je kiffe et si je peux aller faire l’Euro, je serai très heureux.
Votre ancien entraîneur à Amiens Oswald Tanchot disait récemment, que vous manquiez de considération à Amiens…
Beaucoup de footballeurs vivent ce genre de situation dès qu’ils sortent de leur centre de formation. On voit encore le joueur qui est jeune et que l’on a connu depuis plusieurs années au lieu de voir l’évolution qu’il peut avoir. C’est vrai qu’Amiens m’a lancé, c’était plus en tant que défenseur central. Mon poste de prédilection c’est plus latéral droit.
"Se confronter à une autre culture, ça fait peur au départ"
Qu’est-ce qui vous a amené à partir d’Amiens ?
On va dire que c’était plus un choix de leur part. Je comprends, il y a des clubs qui n’ont pas assez confiance et ne misent pas sur toi. Comme Oswald Tanchot l’a dit, lorsqu’il arrive le club a voulu me prêter en National et c’est lui qui s’est opposé et qui m’a lancé. A la fin de la saison, je pensais pouvoir rester et j’avais pourtant fait ce que j’avais à faire en tant que défenseur central en plus. Dans mon esprit, je voulais refaire une saison pleine car je n’avais joué régulièrement qu’à partir de janvier et Amiens avait pour idée de me prêter en National. On a vu que c’était bouché à Amiens et dans d’autres clubs français avant de trouver cette situation en Italie.
Avez-vous reçu des messages de la part des membres du club pour vous féliciter de votre progression ?
A part les joueurs avec lesquels je suis toujours en contact, Oswald Tanchot et le préparateur physique, aucun.
Ceux qui vous connaissent vous décrivent comme un vrai travailleur qui a soif de toujours apprendre quelque chose à l’entraînement. Est-ce pour ça que l’Italie vous convient bien ?
Il y avait Alexis Blin qui était à Amiens et qui est parti dans le même club un mois avant. J’ai beaucoup échangé avec lui et il m’a dit que la manière de travailler était différente de ce que l’on a connu. Avant l’entraînement, la salle de musculation et de pré-échauffement va être pleine, tous les joueurs sont là 1h30 avant l’entraînement. Cela ne se résume pas uniquement à « tu viens, tu fais, ton entraînement et tu pars ». Ça ne se termine pas non plus après la douche, l’après-midi il y a encore des choses.
L’entraînement est-il différent de ce que tu avais connu en France ?
En terme de séance pure, cela dure le même temps. Mais on fait plus de tactique, le staff est vraiment à fond sur tout ce qui est placement, coups de pied arrêtés. Quand je suis arrivé cela m’a surpris. J’ai une qualité de vitesse qui me permet de rattraper des coups et un jour je récupère un ballon entre le central et moi. Le coach arrête la séance pour me dire : « c’est bien tu as récupéré le ballon mais tu ne dois pas être là, tu dois être plus resserré de trois mètres ». Tu te dis c’est bon je l’ai eu le ballon mais en fait non car il y a cette notion de tactique qui est fondamentale et qu’il faut respecter.
Vous êtes né à Beauvais et avez fait vos classes à Amiens, n’est-ce pas un peu effrayant de se confronter à une autre culture ?
Ça fait peur au départ. J’ai grandi à Amiens et j’habite à Beauvais, c’est vraiment à côté, je pouvais voir ma famille régulièrement. Mon anglais est vraiment nul et l’italien je ne connaissais pas, donc c’est sûr que quand tu vas en Italie ça fait un peu peur mais je suis curieux et je savais que j’allais apprendre l’Italien rapidement pour communiquer avec les joueurs.
"Si tu n’as pas cette force et cette envie de travailler, tu peux te perdre en Italie"
Beaucoup de jeunes font le choix de l’Italie en post formation. C’est quoi la clef pour réussir en Italie et surtout s’y adapter ?
Quand je suis arrivé, je ne parlais pas très bien italien. On m’a tout de suite bien accueilli. Les joueurs m’ont mis en condition pour que je réussisse rapidement et je me suis senti bien avec eux dès le début. Je suis arrivé dans un club où on m’a donné directement cette confiance et où l’entente est bonne avec tout le monde, sur le terrain ça ne peut qu'aller. Je suis arrivé dans un club, très travailleur. Le coach c’est sa philosophie : c’est le travail qui prime. Moi je me suis tout de suite reconnu dans ça et ça m’a plu et ensuite ça a déroulé. Si tu n’as pas cette force et cette envie de travailler, tu peux te perdre en Italie. Dans le club où je suis arrivé, c'est la philosophie qui prime et je sais que des joueurs qui étaient un peu plus mous sur le terrain et qui montraient moins cette envie, le coach les a mis sur le côté. Il faut directement montrer cette envie de bien faire. Tu peux rater des choses, ce n’est pas le problème mais montrer que tu en veux et que tu as la bonne attitude c’est l’important.
Vous attendiez-vous à être titulaire en Serie A cette saison ?
Je l’espérais. On a fait une très bonne saison en Serie B, j’ai joué et il y a des moments où j’étais plus sur le banc. J’avais déjà cette confiance l’an passé et là ça se voit encore, il n’y a que deux matchs où j’ai démarré sur le banc
En jouant des matchs face au Milan AC, à la Juventus Turin, à l'Inter Milan ou à l'AS Roma, il doit forcément y avoir des moments marquants cette saison…
Peut-être contre le Milan AC, sur mon côté tu dois gérer Rafael Leao et Théo Hernandez. Avant le match, on m’a beaucoup chambré sur le fait que ça allait être très dur et ça a été dur. Mais contre Leao, c’était un beau duel et au final on fait 2-2. Surtout je rate le but du 3-0 et si je marque, je pense qu’on plie le match.
Vous parlez de ce but manqué, est-ce que la case statistique compte moins en Italie ?
Non, ça compte. Si je peux mettre des buts et faire plus de passes décisives, je ne vais pas dire non. Individuellement, c’est ce que je veux. Mais je suis plus dans un club qui souhaite se maintenir et collectivement c’est ce qu’il y a de plus important. Il faut bien défendre, essayer de concéder le moins de but, c’est surtout ça.
Comment voyez vous la suite ? Au moins l’an prochain…
On parlera de ça avec mes agents en fin de saison. Aujourd’hui, je pense qu'au maintien avec Lecce car n’est pas encore terminé et le football va vite. Ça sera la première étape et ensuite je veux tout faire pour revenir en juin car c’est un objectif. Je fais attention à ce que certaines informations ne viennent pas parasiter mon focus football, tout ce qui est extra terrain, je laisse mes agents gérer. Je veux juste jouer et kiffer.



