Avec deux buts marqués en autant de matches, l'Allemagne n'est certes pas la pire attaque de l'Euro. Elle a même fait mieux, ou aussi bien, que deux tiers des sélections qui participent à ce tournoi. Mais, ce constat est trompeur. Car si les champions du monde ont bien réussi à faire trembler les filets adverses, tout en préservant les leurs (toujours aucun but encaissé), leur rendement offensif laisse cruellement à désirer. La rencontre soporifique contre la Pologne (0-0), à l'occasion de la deuxième journée, a été le symbole de leurs carences actuelles dans ce domaine. Une régression qui n'est pas sans explications.
Les buteurs font défaut
La Mannschaft n'a avant tout plus de véritable attaquant dans son onze de départ. À la manière de ce qu'avait fait Vicente Del Bosque lors du précédent Euro avec la Roja, le sélectionneur Joachim Low a fait le choix de se passer d'un vrai neuf pour privilégier la complicité qu'il peut y avoir entre ses différents milieux offensifs. Mario Gotze a été positionné comme avant-centre, mais sans vraiment occuper ce rôle. Résultat des courses : contre la Pologne, les Allemands ont bien eu le ballon (63%) mais ils n'ont jamais su trouver la faille, voire mettre à mal le gardien adverse.
Le mal actuel des Allemands ne réside pas seulement dans l'incapacité de ses joueurs de devant à faire la différence. Depuis le début de la compétition, ils ont été très peu menaçants sur attaques placées, leur point fort en 2014, et cette capacité à déséquilibrer n'importe quel adversaire avec des jeux en triangle, des dédoublements de passe et des appels dans le dos des défenseurs. Est-ce parce que, en face, on commence à mieux les connaitre ? L'argument est recevable, mais toujours est-il que les séquences construites et bien abouties se raréfient. Contre l'Ukraine (2-0), c'est d'ailleurs sur un coup de pied arrêté et sur un contre en fin de match que cette équipe avait signé ses deux uniques réalisations.

Le changement n'a pas que du bon
L'Allemagne n'est pas la seule à éprouver des difficultés pour déstabiliser des arrière-gardes bien regroupées. C'est le cas de la plupart des sélections favorites de la compétition. Si elle n'a réussi à cadrer que trois de ses tirs face à la Pologne c'est parce que tout a été fait pour minimiser l'impact de ses joueurs créateurs. Néanmoins, cela n'explique pas tout. Le schéma tactique mis en place par le sélectionneur depuis le début de l'épreuve a aussi des répercussions sur le comportement de l'équipe à la récupération. L'absence d'une pointe basse dans le milieu à trois, une responsabilité qui incombait à Schweinsteiger durant le Mondial, semble être l'une des raisons d'une Mannschaft qui ne se projette plus aussi vite vers l'avant. Lorsqu'elle a le ballon, elle bascule dans un jeu trop monotone et prévisible.
Avant le début de l'Euro, Low avait certifié qu'il n'était pas prisonnier d'un seul système. Que ses tactiques étaient modulables en fonction de nombreux paramètres : "Avoir la possession ne suffit pas, il faut vite opérer la transition pour frapper l'adversaire quand il n'est pas encore organisé". Mais, force est de constater qu'il n'a pas vraiment mis ces idées en application. Il s'obstine pour l'instant à faire évoluer les siens en 4-2-3-1 et ce n'est pas vraiment la meilleure solution pour surprendre les sélections qui ne font que défendre. Le 4-3-3 permettait à Ozil et consorts de mieux presser et être même en surnombre sur les attaques placées. À tout cela, on peut aussi ajouter le fait que la Mannschaft est un peu devenue un Bayern bis mais avec un attaquant de grande classe en moins. Une équipe qui multiplie les passes, mais sans utilité notable. L'Allemagne a un peu perdu de sa superbe. Les choix de l'entraineur et les dispositifs mis en place y sont pour quelque chose. Mais l'Allemagne n'a pas dit son dernier mot.



