Si Patrice Evra n'a jamais vraiment fait l'unanimité tant pour son jeu que pour sa personnalité, le latéral gauche de la Juve reste un personnage incontournable dans le paysage des Bleus. Evra, qui a tout gagné ou presque en club, est conscient de son importance dans un groupe jeune et plein d'ambition. C'est cet état d'esprit qu'il a souhaité afficher dans un entretien accordé à RMC, ce lundi.
"On a vraiment envie de faire quelque chose de grand"
Interrogé sur la dynamique actuelle de l'équipe de France, le défenseur a fait part de ses exigences. "Je pense qu’après les performances contre la Belgique et l’Albanie, on a décidé que la récré était finie. On a décidé de remettre le bleu de chauffe à chaque match. Cela s’est bien passé le mois d’avant, ce mois-ci aussi. On voulait faire des prestations sans prendre de but donc même ce petit but hier nous a énervé", a t-il souligné.
"On ne va pas commencer à s’enflammer mais je pense que le groupe qui a fait cette Coupe du monde… On était fier de nous-mêmes, les Français étaient fiers de nous. Quand on est conscients et que nos attentes sont très hautes... Dès qu’il manque un joueur – qui a l’habitude de débuter ou de rentrer – ça se ressent. Il n’y a pas de stars. Comme j’ai dit, on gagne mais on peut gommer ce qui ne vas pas. On est durs avec nous-mêmes, on a vraiment envie de faire quelque chose de grand. Je ne vais pas commencer à dire qu’on va gagner l’Euro mais ce que je peux garantir aux Français, c’est que ce maillot, on va le respecter jusqu’au bout".
"Martial, c'est impressionnant"
Patrice Evra a également indiqué qu'il considérait Karim Benzema comme le leader technique de cette équipe de France. "Quand vous me parler de leader technique je pense à Benzema. Des critiques on en a tout le temps. Si tu as le caractère et une grosse personnalité ça te fait aller de l’avant. Pour moi, Karim, c’est un grand joueur, un grand attaquant. Moi je lui dis ‘Karim fait que tu plantes’. Il est là pour planter. Après les critiques… Ce que je lui conseille, c’est de continuer à bosser", a t-il expliqué, tout en saluant les débuts du jeune Anthony Martial, particulièrement déroutant pour sa première titularisation en Bleu dimanche.
"Sincèrement, hier, c’était la première fois que je voyais un match de sa part. Et c’est impressionnant. Tous les ballons qu’il pousse, il accélère, il percute. Moi je suis comme une bouteille de vin, plus je prends de l’âge… (rires). Tu peux combiner avec des joueurs comme ça, ils ne font que percuter". Le latéral est également impressionné par son coéquipier en club, Paul Pogba. "Paul, c’est vraiment comme mon frère. Mais je suis comme ça avec tout le monde".
"Je ne suis ni capitaine, ni leader, je suis Patrice"
Cette image de grand frère, justement, plait particulièrement à l'intéressé, qui ne se voit pas comme un capitaine "officieux" de ce groupe France. "Je ne suis ni capitaine, ni leader. Je suis Patrice. Je suis quelqu’un qui a beaucoup d’expérience, qui va vers les autres. Le capitaine c’est Hugo Lloris, faut respecter ça. Faire du Patrice, c’est veiller à la santé du groupe. Je préfère que tous mes coéquipiers aient fait un bon match. En 2010, j’ai pris mon rôle trop à cœur. Maintenant, avec l’expérience, j’arrive à récupérer l’énergie des uns et des autres. On ne m’a rien donné dans ma carrière. Je suis comme ça. Je préfère prendre les balles pour tout le monde. Je ne manque de respect à personne. Je fais mon boulot, je suis conscient de mes qualités. Je ne suis pas un tricheur, je bosse".
"Je suis quelqu’un qui vit au présent, je ne pense pas au passé parce que tu peux avoir des regrets. Je ne pense pas au futur parce que tu peux être anxieux. Après la Coupe du monde au Brésil, j’ai hésité à continuer mon aventure avec les Bleus, mais après une discussion avec le sélectionneur, ça m’a convaincu de continuer parce qu’il est franc, il ne fait de cadeau à personne", a t-il également précisé, tout en mettant en relief le contraste avec la génération 1998 lors de ses propres débuts en Bleu. "Il n’y a pas photo. Il n’y a que moi comme ancien. Si un jeune arrive demain et prend ma place, bien-sûr que je vais être énervé, mais le plus important sera le bien de l’équipe".
"Faire plaisir à tout un pays, faire plaisir à nous-mêmes"
Précisant que Franck Ribéry "lui manque", Patrice Evra ne veut pas tirer de plans sur la comète pour l'Euro. "Un Euro réussi ? J’ai pas envie de dire gagner l’Euro, mais c’est la réalité. C’est faire plaisir à son pays, c’est faire plaisir à nous-mêmes (...) J’ai envie de revoir tous les joueurs qui sont prêts à mouiller le maillot, m’aider à gagner, et jouer avec un état d’esprit en mettant le beau de chauffe à chaque match".
Enfin, l'ancien Mancunien est revenu sur son choix d'opter pour la Juve après sa longue expérience à Manchester United. Un choix familial. "La Juve, c’est un choix familial. Cela a été un déchirement, j’ai fait ce choix pour ma famille. Je n’ai pas envie de parler des détails. Je leur ai expliqué avant la fin du championnat qu’il fallait que je quitte Manchester. Je ne sais pas ce qu’il se passera dans le futur. Pour l’instant je suis très bien où je suis...".






