Encore face à face : il s’était écoulé plus de 20 ans depuis la dernière confrontation entre l’Angleterre et l’Argentine. En 2005, l’Angleterre s’était imposée 3-2 lors d’un match amical, même si la rencontre avait peu d’allure d’une simple confrontation entre nations. Cette rivalité ne trouve pas son origine uniquement dans le célèbre quart de finale de la Coupe du monde 1986, comme beaucoup le croient. Il y a davantage, et nous allons explorer cette histoire en marge de la deuxième demi-finale de l’édition 2026.
Hulton ArchiveAngleterre-Argentine, l’histoire d’une rivalité acharnée : bien plus que la « Main de Dieu » de 1986, de l’expulsion de Rattin à celle de Beckham
LE VOL DU SIÈCLE
Quatre ans avant le « match du siècle » (Italie-Allemagne 4-3 a.p. en quarts de finale de la Coupe du monde 1970 au Mexique), vingt ans avant le « but du siècle » (Maradona face à l’Angleterre, toujours au Mexique), une rencontre disputée en Angleterre reste, encore aujourd’hui, une plaie vive pour les Argentins : celle du « vol du siècle ». Entre-temps, quatre ans plus tôt au Chili, l’Angleterre s’était déjà imposée 3-1 lors de la toute première confrontation entre les deux sélections, en phase de groupes. Puis, en 1966, ce fut au tour des quarts de finale, remportés une nouvelle fois par les Européens sur le score de 1-0.
La rencontre est restée dans les annales non pas tant pour le but de Geoff Hurst, bien servi par Peters, mais pour l’expulsion du capitaine argentinAntonio Rattin, qui a mis près de huit minutes, entre protestations et explications, à quitter la pelouse. À l’époque, les cartons n’existaient pas encore et Rattin, ne parlant que l’espagnol, ne put comprendre que l’arbitre allemand Rudolf Kreitlein venait de l’expulser. Ce chaos linguistique, observé par Wembley, inspira plus tard l’ancien arbitre Aston à introduire, quatre ans plus tard, le système des cartons jaunes et rouges pour clarifier les décisions disciplinaires.
Les Anglais ont ensuite poursuivi leur parcours et remporté le tournoi en battant l’Allemagne de l’Ouest en finale grâce au fameux but fantôme de Hurst, auteur d’un triplé lors de la victoire 4-2 en prolongation, unique triomphe des Trois Lions à ce jour. La mise en scène de Rattin, qui, avant de quitter le terrain, s’est assis sur le tapis rouge destiné à la famille royale puis a froissé et lancé au loin un drapeau adverse, a marqué le début d’une rivalité qui allait exploser dans les années 80, et pas seulement pour des questions liées au football.
LE BUT DU SIÈCLE APRÈS LA « MAIN DE DIEU »
En 1986, l’Angleterre défiait de nouveau l’Argentine en quarts de finale. Tout le monde se souvient de ce qui s’est passé sur la pelouse : Maradona a d’abord ouvert le score d’une main controversée, avant de dribbler la moitié de l’équipe adverse, gardien Shilton inclus, pour inscrire le « but du siècle ». Le meilleur buteur de l’épreuve, Gary Lineker, a ensuite scellé le score final (2-1), ouvrant la voie vers la finale remportée contre la RFA. L’atmosphère était électrique : quatre ans plus tôt, la guerre des Malouines (avril-juin 1982, 74 jours) avait opposé les deux nations, et la victoire britannique avait mis fin à la dictature de Videla. L’élimination, accentuée par ce but controversé de la main non sifflé par l’arbitre tunisien Ali Bin-Nasser, constitua une humiliation que les Anglais mirent longtemps à effacer.
Un show en 1998, des nerfs en 2002
Le match le plus captivant des cinq disputés en Coupe du monde entre les deux équipes reste, sans conteste, celui des huitièmes de finale de France 1998 : Batistuta et Zanetti ont répondu à Owen, auteur d’un solo éclatant, et à Shearer, pour un 2-2 à la 90^e. La rencontre s’est prolongée puis est allée aux tirs au but, et l’Argentine a finalement passé le tour grâce à l’erreur de Batty, dont la tentative a été repoussée par Roa. La rencontre a également été marquée par la polémique : David Beckham a été expulsé pour un coup de pied au sol sur Diego Pablo Simeone.
Quatre ans plus tard, lors du Mondial 2002 en Corée et au Japon, c’est justement Beckham qui a tranché, sur penalty, un match bien moins spectaculaire disputé dans le cadre du groupe F, condamnant l’Argentine à une élimination prématurée dès la phase de poules, remportée à la surprise générale par la Suède et comprenant également le Nigeria. Une forme de revanche pour le « Spice Boy » dans ce qui est resté, pendant 24 ans, la dernière confrontation entre l’Angleterre et l’Argentine en Coupe du monde. Jamais l’enjeu n’a été l’accès à une finale : ce soir, la rencontre marquera, sur le plan footballistique, un face-à-face inédit.
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