Sélection - Style, choix des hommes, approche... Comment l'Allemagne tente de se reconstruire après avoir touché le fond

Getty Images
TACTIQUE - L'Allemagne, qui défie la Russie ce jeudi (20h45), a amorcé un virage depuis la débâcle du Mondial. Elle peut l'assumer plus franchement.

L'histoire raconte qu'aucune sélection, aussi prestigieuse soit-elle, ne peut échapper à la loi des montagnes russes. Après être montée sur le toit du monde, l'Allemagne a été touchée, elle aussi, par ce syndrome coriace qui balaye tous les champions en titre depuis vingt ans au premier tour de la compétition reine (à l'exception du Brésil). Comme s'il fallait rappeler que le temps s'occupe de tout, presque naturellement, quand l'appétit s'estompe. Les Bleus de 2002, l'Italie de 2010 et l'Espagne de 2014 sont toutes passées par cette phase avant de connaître des fortunes diverses dans l'étape d'après : celle de la reconstruction. Où en est l'Allemagne ?

Le projet de jeu : retour au fameux pragmatisme

Personne n'a oublié la sortie médiatique de Joachim Löw après un été pénible à ruminer sur fond de crise. Matraqué par la presse germanique avant d'être conforté à son poste par la Fédération (DFB), le sélectionneur de la Nationalmannschaft a fait une plaidoirie aux airs de confession à la rentrée, admettant un péché d'orgueil dans ses préceptes tactiques, peut-être trop romantiques par rapport à la tendance actuelle dans le foot de sélections. "Nous sommes devenus de plus en plus une équipe de possession de balle et de domination totale. C'était indispensable car nos adversaires jouaient de plus en plus repliés et avaient de plus en plus peur de nos contres. Pendant quatre ans nous l'avons très bien fait", a-t-il d'abord invoqué, avant d'aller plus loin dans la remise en question personnelle. "J'ai voulu améliorer encore cela, atteindre la perfection. C'est là que j'ai été presque arrogant". Sans vouloir abandonner son idéal - un jeu basé sur possession de balle importante, un bloc haut et des redoublements de passes pour se montrer performant sur attaques placées - Löw souhaite repartir sur une vision moins dogmatique, moins jusqu'au-boutiste. Le technicien n'a pas oublié que c'est avec un style plus direct, plus vertical, qu'il avait posé les fondations de son succès.

En Russie, le premier match de l'Allemagne contre le Mexique avait souligné les risques d'un bloc très haut à la perte du ballon, où le milieu et la charnière centrale se sont faits transpercer dans des proportions assez incroyables à ce niveau. Löw toujours. "Nous devrons adapter notre style et devenir plus flexibles, plus souples, afin de ne pas prendre autant de risques". Quelque part, l'épopée de 2014 reste une référence, un point d'équilibre (et de bascule) entre la machine à contrer de 2010 et le projet kamikaze de 2018. Pour le moment, les actes ont suivi les mots sur certaines rencontres, pas toutes. Capable d'attirer son adversaire pour mieux se projeter lors de ses deux matches contre les Bleus, l'Allemagne était retombée dans ses travers aux Pays-Bas. Elle doit encore assumer son retour à un style plus élémentaire.

Graph Allemagne Graph Allemagne 2

Premier graphique : position moyenne des joueurs de l'Allemagne contre le Mexique (défaite 0-1), le 17 juin 2018. 

Deuxième graphique : position moyenne des joueurs de l'Allemagne contre la France (défaite 2-1), le 16 octobre 2018. (Opta).

Les systèmes : réponse à l'adversaire... selon son calibre

Dans ses schémas utilisés depuis quatre mois, aussi, Joachim Löw n'est pas encore totalement lisible. Deux types de matches se sont dégagés. Une catégorie où l'Allemagne n'a pas montré de volonté réelle de s'adapter à l'adversaire, contre le Pérou et aux Pays-Bas, deux matches où elle a utilisé un système en 4-3-3 plutôt classique, sans être totalement calqué sur ce qu'elle proposait pendant le Mondial. Et une autre catégorie qui se résume aux deux combats contre l'équipe de France. Pour chacune de ces deux rencontres, l'Allemagne a clairement enfilé le costume d'outsider dans l'idée de répondre aux forces des champions du monde. Elle a ainsi proposé un 4-2-3-1 à Munich, avant que Joachim Löw ne concocte un 3-4-3 qui a vraiment gêné les Bleus pendant une mi-temps au Stade de France. Et puis rappelons que l'animation prime toujours par rapport aux systèmes. Et elle a été intéressante, par bribes.

Le choix des hommes : la fin des statuts privilégiés

Parce qu'un champion du monde a toujours une stature à part, c'est peut-être le point le plus glissant de tous. Joachim Löw a beau avoir effectué quelques choix tranchés avant la Coupe du monde - comme celui de ne pas emmener le prodige Leroy Sané, décevant en sélection - l'ère post-Mondial est quand même beaucoup plus raide. Sané, par exemple, n'a pas le même vécu que les dinosaures du groupe. On pense évidemment à Mesut Özil, qui a mis un terme à sa carrière internationale après un conflit ouvert avec la Fédération suite à une photo prise aux côtés du dirigeant truc Recep Tayyip Erdogan. Une vive polémique. 

Et si le cas Özil était le plus épineux de tous, d'autres monstres du vestiaire encore présents ne prennent plus autant de place. Ainsi, le défenseur Jerome Boateng n'a même pas été convoqué pour ce dernier rassemblement, "après une bonne conversation en toute confiance" avec son sélectionneur selon ses dires. Thomas Müller, qui n'est plus que l'ombre du joueur qu'il était avant 2016, n'est plus un maillon fort de l'équipe. Même Manuel Neuer, qui reste numéro 1 devant Marc-André ter Stegen, subit les foudres des principales voix médiatiques qui font la pluie et le beau temps outre-Rhin. 

PS Allemagne

L'article continue ci-dessous

Composition de l'Allemagne contre l'équipe de France, il y a un mois. 4 titulaires ne figuraient même pas dans la liste des 23 pour la Coupe du monde. (La fèche désigne les permutations de Werner et Gnabry en attaque).

Dans cette période de transition, Toni Kroos, qui a eu le mérite de surnager en Russie, est l'un des rares cadres ayant conservé la même aura après la tempête. Le métronome du Real Madrid encadre une génération de valeurs montantes à la résonance certaine, toutes âgées de 20 à 25 ans. Des têtes que l'on ne présente plus, dans toutes les lignes, comme les attaquants Timo Werner et Serge Gnabry, les milieux Leon Goretzka et Nico Schulz, les défenseurs Matthias Ginter, Niklas Süle, Thilo Kehrer (sur une phase ascendante à Paris) ou les très médiatiques Leroy Sané et Joshua Kimmich. La polyvalence de ce dernier, capable de quitter son rôle de latéral droit pour glisser au milieu (ou ailleurs) est un atout pour le bricolage de Joachim Löw.

Les premiers résultats : dans l'attente d'un déclic

Pour le moment, tout est encore tout chaud pour l'Allemagne, qui n'a signé qu'une victoire étriquée depuis la fin de la Coupe du monde. C'était contre le Pérou (2-1), en septembre dernier. Les autres sorties ont oscillé entre copies encourageantes et rechutes, livrant quelques pistes sur l'état actuel de ce groupe, engagé dans une nouvelle mission mais encore sujet à certaines failles mentales. Les deux matches consistants face à la France, à Munich (0-0) et à Saint-Denis (défaite 2-1) ont atténué le déchaînement de la presse, mais ils sont entrecoupés par cette défaite nette et gênante face aux Pays-Bas (3-0). Bref, l'Allemagne est encore convalescente. Joachim Löw a beau minimiser le rendez-vous de ce jeudi contre la Russie (20h45), ce match a quelque chose de symbolique, parce que c'est en Russie que tout s'est décomposé. La renaissance se fera dans le temps, Löw signerai tout de suite pour un déclic.

Prochain article:
Barça-Levante 3-0, avec un Dembelé de gala, le Barça renverse Levante
Prochain article:
Les regrets de Cassano : "J'aurais pu avoir le niveau de Messi"
Prochain article:
RUMEUR, le Barça vise Carlos Vela cet hiver
Prochain article:
Le Mondial 2022 avec 48 équipes ?
Prochain article:
Manchester United, Pogba : "Les choses sont plus faciles pour tout le monde"
Fermer