Sans se parjurer, Guardiola envoie Manchester City vers les sommets

Commentaires()
Getty Images
Pep Guardiola fait jouer à Manchester City le plus beau football de son histoire et commence à gagner des trophées sans trahir ses principes de jeu.

Pep Guardiola vient de remporter un premier trophée sans jamais trahir ses principes de jeu dans un environnement -la Premier League- pourtant jugé inhospitalier à ses croyances ludiques. L'investissement matériel et de temps a été conséquent, mais le résultat a été atteint.

Manchester City - Kevin De Bruyne offre 100 000 euros à la Croix Rouge

La League Cup donc, certainement le premier trophée d'une longue série et toujours avec la manière que certains vont même jusqu'à comparer à de l'art. Une marque de fabrique chez Pep, entraîneur dogmatique qui n'a jamais négligé la façon de jouer de ses équipes, évitant toujours de sombrer dans des écueils de facilité. Exigeant, Guardiola l'a toujours été, avec les autres (Leroy Sané peut en témoigner), mais aussi avec lui-même. Sutout avec lui-même. L'ancien international espagnol a toujours veillé à ce que ses équipes s'expriment gracieusement et à l'unisson, ne tolérant aucun écart de langage,  comme un chef d'orchestre forcené à l'affût de la moindre dissonnance.

"Il y a le résultat, mais il y a aussi la manière avec laquelle on a joué aujourd'hui (dimanche), c'était une nouvelle démonstration". C'est très sobrement que Guardiola a commenté le dernier succès des siens en Premier League avant de défier Bâle ce mercredi en Ligue des champions. Antonio Conte, son adversaire du soir, avait un tout autre discours après une défaite où la maestria citizienne a de nouveau éclaboussé le pré : "Je ne suis pas stupide au point de jouer un football ouvert contre City et perdre 3 ou 4-0. Si je me souviens bien, lors des derniers jours, Arsenal a tenté de leur faire face à deux reprises mais ils ont pris à chaque fois 3-0".

Manchester City, Benjamin Mendy a repris l'entrainement

Quand Guardiola insiste sur le comment gagner et veut l'emporter en sauvegardant sa dignité et l'intégrité de ses principes, Conte se soucie de perdre avec honneur. C'est dire à quel point le projet de jeu des Sky Blues est arrivé à maturité après des années d'investissements conséquents. Il faut d'ailleurs donner du crédit aux dirigeants mancuniens qui ont préparé le terrain pour que Guardiola puisse mettre en place sa méthode avec l'environnement le plus familier possible. Construction d'une académie très onéreuse, arrivées des anciens dirigeants du FC Barcelone Ferran Soriano et Txiki Begiristain, carte blanche sur les choix du recrutement et chèque en blanc... Et les résultats ont suivi après quelques atermoiements et réglages de début de règne.

Des réglages qui ont convoqué les doutes sur la capacité de Guardiola à transposer sa vision sur le foot anglais après le semi-échec bavarois. Mais la force de Pep, c'est aussi son caractère. Il s'est accroché à ses principes même s'il admet avoir vacillé notamment après la défaite face à Monaco en C1. L'argument de l'argent investi a été également soulevé par ses contempteurs. Mais même les plus sceptiques admettront que l'argent, s'il peut vous amener des trophées, ne peut jamais vous garantir une telle perfection sur le pré. Les voisins de Manchester United en sont d'ailleurs la parfaite illustration.

Le viable est dans les détails

Guardiola, c'est aussi du micro management et un souci du détail à faire pâlir un prix Nobel de mathématiques. Xavi avait confié qu'à l'époque du Barça, Pep travaillait même les touches défensives. N'importe quel autre entraîneur se serait satisfait d'un excellent gardien comme Joe Hart dans ses cages. Mais Guardiola voulait un portier habile au pied et a recruté Bravo pouis Ederson à son arrivée à City. Idem à son arrivée au Bayern : "Ce sera Thiago (Alcantara) ou personne d'autre". À croire que Guardiola possède la faculté surnaturelle de voir le terrain en vue aérienne et d'examiner toutes ses imperfections comme un dans un jeu vidéo.

Et ses hommes lui ont emboîté le pas dans son obsession contagieuse de perfection. Après 18 mois de travail acharné, ils ont fini par assimiler sa vision. Vincent Kompany a même affirmé que les entraînements ressemblaient désormais à des séances de récupération tant la science de jeu du coach imprégnaient les joueurs, notamment dans le positionnement avec et sans ballon. Ce qui explique pourquoi les attaquants et numéros 8 des équipes de Guardiola marquent autant : ils ont fini par comprendre d'instinct où il faut être et ce qu'il faut faire pour se procurer des occasions, participant avec leurs coéquipiers au pressing intelligent des équipes de Pep qui broie les certitudes des adversaires et qui les forcent à rendre le ballon juste après l'avoir récupéré.

Chelsea, Conte "City ? très difficile de trouver une faiblesse dans cette équipe"

Mais Guardiola ne se réduit pas à une formule, ou à une caractéristique. D'ailleurs, quand on compare sa méthode à celles de ses prédécesseurs, on découvre de très substantielles différences. Roberto Mancini a installé une culture de la gagne dans une équipe de nouveaux riches avec un premier trophée depuis 1976, même si sa fin de règne a été entachée par un football un peu négatif et plusieurs bisbilles avec des joueurs. L'arrivée de Pellegrini sur le banc a été une première tentative pour mieux faire jouer les Citizens grâce aux procédés de l'ingénieur chilien, et ce fut une réussite lors de la première saison de l'ancien coach du Real Madrid. Mais la suite de son aventure avait été marquée par des sorties indigentes de sa formation et des joueurs de moins en moins concernés. Le contraste avec Pep est donc notable.

L'article continue ci-dessous

Pep Guardiola

Guardiola a toujours érigé lui-même les carcans esthétiques qui l'entourent. Avec lui, le football est beau, ou n'est pas. Le maître à penser de Guardiola, c'est un ancien entraîneur de l'Argentine et du Barça. Celui qui a élevé les principes ludiques de jeu au rang d'évangile : Cesar Luis Menotti.  "Une équipe, pour moi, est avant tout une idée. Le football c’est prendre des risques. La seule façon de ne pas en prendre, c’est de ne pas jouer. On dit qu’il faut gagner à tout prix. Mais quelqu’un gagne toujours à la fin". Une philosophie romantique, presque désuète. En tout cas très peu en adéquation avec les enjeux du football mondial actuel. Mais qui perdure dans les équipes de Guardiola.

Pour l'instant cette saison, le seul trophée remporté par les Citizens est la Carabao Cup. Une maigre moisson qui risque de bientôt se renflouer considérablement avec le championnat alors que d'aucuns vous diront que le véritable objectif de Guardiola, c'est la Ligue des champions. Une proclamation très inexacte, car la C1, c'est surtout l'objectif de City. Guardiola, comme Menotti, n'utilise pas le jeu pour gagner, mais use des trophées comme alibis pour démontrer la viabilité de son identité tactique. Pourvu que ça dure.

Fermer