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Coupe du monde

ENTRETIEN - Renard : "Quitter le Mondial dès le premier tour serait une vraie désillusion"

10:00 UTC+2 27/04/2018
Herve Renard Morocco
Le sélectionneur du Maroc, Hervé Renard, s'est confié dans une longue interview à Goal. Avec la franchise et la spontanéité qui le caractérisent.

Dans moins de 50 jours débute la Coupe du Monde. Impliqués dans les dernières échéances de la saison avec leurs clubs, les joueurs appelés à rallier la Russie ne sont pas encore totalement concentrés sur ce tournoi. En revanche, pour les différents sélectionneurs, le compte à rebours final a déjà commencé. Tout est mis en œuvre pour se présenter à ce grand rendez-vous dans les meilleures conditions possibles. Rien n'est laissé au hasard, en particulier chez les techniciens qui vont découvrir cette compétition pour la première fois. C'est le cas notamment d'Hervé Renard.

À 49 ans, et alors qu'il entraine au plus haut niveau depuis maintenant dix ans, le technicien français va tenter de faire briller le Maroc à l'occasion de la grand-messe internationale. La mission ne sera pas facile, surtout au vu du groupe compliqué dans lequel les Lions de l'Atlas ont été reversés, mais le technicien savoyard est motivé et ambitieux. Et il n'a nullement l'intention d'aller en Russie pour faire du tourisme. C'est ce qu'il assure notamment dans le long entretien qu'il a accordé à Goal. Avec la sincérité qu'on lui connait, il étale aussi toute la détermination et l'envie qui l'animent lui et ses protégés en vue de ce Mondial que le peuple marocain attend depuis 20 ans.  


"L'ordre des matches importe peu. Il faut juste finir parmi les deux premiers"


Le Mondial est dans deux mois. La pression commence à devenir importante, non ?

Non, il n'y pas de pression particulière. Ça a commencé à monter petit à petit, mais il reste encore du temps avant le début de la compétition.

Concernant la liste des 23, y-a-t-il encore quelques doutes dans votre esprit ? 

En étant franc, je vous dirais qu'à 90%, la liste finale est déjà établie. Il reste encore 10%, qui peuvent varier en fonction des blessures et des indisponibilités de dernière minute.

Vous avez gagné une CAN avec une sélection comme outsider, et une autre avec une sélection favorite. Ces deux expériences vont-elles vous servir dans votre approche mentale des matches, et en particulier ceux face aux grandes nations que sont l'Espagne et le Portugal ?

Toutes les expériences peuvent servir et sont utiles pour un entraîneur. Mais il n'y a pas que ces deux matches-là. Vous oubliez la rencontre face à l'Iran qui sera tout aussi importante, et je la mets au même niveau que les autres. Certains l'oublient, mais nous on ne l'oublie pas. Nous respectons cette équipe iranienne tout autant que nos autres adversaires.

L'Espagne et le Portugal restent quand même les deux épouvantails. Comment, sur un match, votre sélection peut-elle  combler l'écart qui existe sur le plan technique contre ces équipes ? Quels ressorts faut-il utiliser ?

En se donnant à fond et en faisant preuve de caractère. Je peux prendre l'exemple de l'Algérie qui a donné beaucoup de fil à retordre à l'Allemagne en 8e de finale de la dernière Coupe du Monde. Il faudra jouer avec nos forces et en croyant en nous-mêmes et en ce qu'on peut faire. 

L'Iran est votre première adversaire au menu. Est-ce que l'ordre des matches n'est pas votre meilleur allié pour espérer sortir de cette poule ? Vous avez peut-être l'occasion de prendre des points là où l'un des deux gros peut en perdre d'une certaine façon.

Non, l'ordre des matches importe peu. Pour nous, ce qui compte c'est sortir de la phase des groupes. Peu importe qui on affronte en premier ou en dernier. Personnellement, j'ai joué quelques CAN et je sais qu'on a eu parfois des entames poussives pour ensuite monter en puissance. Et le contraire peut se produire aussi. Donc il n'y a pas de vérité. L'important c'est de finir dans les deux premiers à l'issue de la troisième journée. Le reste ce n'est que de la philosophie.

L'Espagne est un peu le favori du groupe. Quel regard portez-vous sur la progression qu'a connue cette sélection depuis le dernier Euro ? Estimez-vous que même sans un grand avant-centre, elle fait partie des sélections les plus redoutables ?

C'est une grande sélection, qui a des talents partout. En attaque, ils ont Alvaro Morata et Diego Costa. Ce sont deux buteurs qui sont titulaires à Chelsea et à l'Atletico Madrid. Je ne crois donc pas qu'il leur manque un grand attaquant. Et ça reste l'une des équipes favorites du Mondial, dont il faudra se méfier.

Vous aurez aussi comme adversaire le Portugal. Quand on parle du Portugal, on pense surtout à Cristiano Ronaldo. Estimez-vous qu'il est plus performant que jamais, et que faire un bon résultat contre le Portugal consiste avant tout à minimiser son impact ?

Ronaldo, il n'y en a pas deux comme lui. Enfin, il y a lui et Lionel Messi. Chacun ses goûts, mais pour moi c'est l'un des meilleurs joueurs au monde. Et justement, il ne faut pas minimiser son impact, mais évaluer, analyser et lui accorder toute l'importance qu'il mérite.


"Mon équipe est à mon image, elle refuse la défaite"


Durant les éliminatoires, votre sélection s'est démarquée par sa solidité défensive, avec un bloc très difficile à bouger. Est-ce que c'est aussi avec cette idée-là que vous allez aborder vos matches en Russie ?

On connaît nos forces. Les équipes comme nous, qui ne sont pas favorites, doivent savoir bien défendre. C'est une nécessité. Mais il s'agit aussi d'être efficace dans les deux zones de vérité, pas seulement en défense.

Qu'est-ce que serait un Mondial réussi pour le Maroc ?

Aller aussi loin qu'on peut. Je ne vous cache pas que si on quitte le Mondial dès le premier tour, ça serait une énorme désillusion. On y va avec la volonté de faire le meilleur tournoi possible. Pas pour faire de la figuration.

Projetons-nous en juin prochain, et à ce premier match contre l'Iran. On entre sur la pelouse. Sur le plan personnel, est-ce que vous vous direz que c'est un aboutissement ou simplement une étape de plus dans votre carrière et qu'il y a des objectifs encore plus grands à aller chercher ?

Non, ce n'est qu'une étape. Tous les entraineurs espèrent être à la Coupe du Monde, et j'ai conscience de ce que cela représente. Mais j'ai envie de plus, et faire un bon parcours avec cette équipe marocaine. On a de l'ambition. On ne veut pas s'arrêter là.

Quand on parle d'Hervé Renard, la principale qualité qui est citée c'est celle d'un meneur d'hommes. Mais, est-ce qu'à la longue, cela ne vous agace pas qu'on ne mette pas autant en avant votre travail sur le plan du jeu et la tactique.

Oui, c'est un peu réducteur. Mais ce ne sont que des débats de journalistes pour moi. À la fin d'une carrière, ce qui compte c'est ce qu'on a gagné et le plaisir qu'on a pris en tant qu'entraîneur. Je sais ce que j'ai accompli et le travail que j'ai fait. Je n'ai jamais fonctionné par rapport à ce que les autres disent sur moi. Et cela ne m'a jamais touché. Les étiquettes que vous donnent les journalistes, cela ne m'intéresse pas. 

Qu'est-ce que vous dites à vos joueurs pour qu'ils haïssent la défaite ?

Mon équipe est à mon image, elle refuse la défaite. Il y a un esprit conquérant et je le vois à chaque rassemblement. Je n'ai pas besoin de dire grand-chose. Le groupe est lui-même très exigeant et conquérant. Ça fait longtemps qu'on n'a pas perdu le moindre match. Cela veut tout dire.


"Ceux que les journalistes disent de moi cela ne m'a jamais touché"


Nous avons l'impression que vous prenez plus de plaisir à entraîner une sélection en Afrique qu'un club en Europe. Est-ce qu'on se trompe ?

Il faut remettre les choses dans leurs contextes. En France, je n'ai pas eu les mêmes effectifs qu'avec les sélections. On a tendance à oublier ça quand j'écoute les analyses qui sont parfois faites en France. Avec Sochaux, on oublie tout le travail qu'on a fait et la remontée au classement qu'on a connue et que l'on peut comparer à celle de Metz cette saison. Un entraîneur qui est à la tête de Troyes, Amiens ou Angers ne doit pas être jugé de la même façon qu'un entraîneur qui dirige le PSG, en raison des effectifs différents qu'ils ont. Parfois, les comparaisons ne servent pas à grand-chose.

Seriez-vous aussi supporter de l'Equipe de France durant cette compétition, ou vous serez totalement dans votre bulle et concentré à fond sur votre mission avec le Maroc ?

Si, bien sûr, je les suivrai et je les supporterai. Sauf s'ils rencontrent le Maroc (rires).

Peut-on savoir s'il y a un dossier Munir El-Haddadi. S'il y a eu une approche de votre part pour le faire venir et si c'est toujours d'actualité ?

Vous avez dû suivre le dossier. Tout a été dit et il y a peu de chances pour que cela évolue d'ici le Mondial. Donc, il ne faut pas trop compter sur ce renfort pour la compétition qui arrive.

Que pensez-vous de la progression d'Achraf Hakimi. Il a fait ses débuts au sein de l'équipe pro du Real cette année. Il est donc un peu la fierté du Maroc. Comment évaluez-vous ses premiers pas dans ce grand monde ?

Oui, il fait un parcours exceptionnel. Il joue au Real et a déjà connu quelques titularisations avec le Maroc, ce qui est énorme pour son âge. Et ce qui me plaît chez lui, outre ce qu'il montre sur le terrain, c'est surtout qu'il est resté le même. Un joueur humble. Il ne se prend pas pour une star. Son attitude reste admirable à chaque rassemblement.

Un petit mot sur Younes Belhanda. En Turquie, il est un peu critiqué pour sa saison en demi-teinte. Est-ce qu'à vos yeux, il reste un élément incontournable, quelqu'un sur lequel vous vous appuyez particulièrement par rapport à son expérience ?

Pour moi, c'est un joueur sur lequel je me suis toujours appuyé. Il est indispensable, et a mon entière confiance. En Turquie, vous parlez d'une saison moyenne, mais moi je vois qu'il joue tous les matches et qu'il participe activement à l'excellente saison de Galatasaray

Propos recueillis par Naïm Beneddra