Monaco-Montpellier - Golovin, à quand l'explosion ?

Commentaires()
Getty Images
Recrue phare de l'été dernier, Aleksandr Golovin tarde à fructifier ses promesses sur le Rocher. Son réveil est aussi attendu que celui de son équipe.

Un joueur ne fait pas l'équipe, c'est une maxime bien connue dans le football. Lorsque le collectif tangue, il est rare qu'un élément, aussi doué soit-il, arrive à tirer son épingle de jeu. Au regard de ces vérités-là, universelles et intemporelles, il est compliqué aujourd'hui de juger et analyser les premiers mois du prodige russe Aleksandr Golovin à l'AS Monaco. Et ça l'est d'autant plus en voyant le temps que ce dernier a dû passer à l'infirmerie depuis qu'il a déposé ses valises en Principauté (environ deux mois). Il serait, de fait, plus opportun de retarder l'heure du premier bilan. Toutefois, il n'est pas interdit de dresser d'ores et déjà quelques constats et souligner que le natif de Sibérie peut apporter nettement plus à la formation princière que ce qu'il n'a fait jusqu'à présent.

Comme pour chaque élément offensif, la tentation est de regarder les statistiques au moment d'évaluer le niveau du rendement. Et pour Golovin, elles sont loin d'être reluisantes. En 8 matches joués, il n'a inscrit aucun but et a délivré une seule passe décisive, celle offerte à Radamel Falcao lors de la défaite face à Rennes (1-2, 9e journée). De plus, il n'a frappé en direction des buts adverses qu'à neuf reprises. Certes, à l'ASM, il n'est pas le seul à décevoir dans ce domaine. Néanmoins, il y a tout de même un hic et on ne reconnait pas le Golovin qui avait été si efficace la saison dernière avec le CSKA Moscou ou la sélection russe.

Le contexte monégasque ne l'aide pas

Parmi les facteurs qui peuvent être retenus à la décharge du Russe c'est qu'il n'est pas vraiment utilisé à son poste de prédilection. Avec le CSKA, il était plutôt libre de ses mouvements et évoluait sur toute la largeur du terrain, comme électron libre. À Monaco, Thierry Henry l'a surtout utilisé sur les flancs (Strasbourg) ou en soutien de l'attaquant dans un système en 3-4-2-1 (contre Dijon, Rennes et Caen). Leonardo Jardim l'avait, lui, bien mis dans l'axe, mais c'était lors des débuts du Russe en Ligue 1 et le Portugais n'a pas eu le temps de faire travailler la relation technique avec les autres éléments offensifs. 

D'autre part, et même s'il aligne les matches dans le onze de départ (titulaire cinq fois lors des six dernières journées), Golovin n'est pas aidé par les expérimentations continuelles du nouveau coach, de même que la diversité des joueurs ou profils qui sont alignés à ses côtés. Volontaires ou forcés, ces changements perpétuels nuisent à l'apparition des repères. À fortiori pour un joueur qui essaye de s'adapter à un nouveau championnat, et une nouvelle culture de jeu.

Aleksandr Golovin Monaco

Car oui, et en dépit de tout le talent qu'il peut avoir et qui a même été perceptible sur certaines séquences dernièrement, Golovin a besoin de temps pour assimiler convenablement toutes les caractéristiques de la Ligue 1. Certains imaginaient que cela se ferait plus vite, mais c'est ainsi. Et l'intéressé a lui-même reconnu qu'il a dû changer certaines habitudes, évoluer et apprendre. "C'était dur au début, a-t-il déclaré dans une interview au quotidien russe Sport Express dernièrement. Tout est beaucoup plus rapide qu'en Russie, notamment sur la prise de décisions. Lors des premiers matches, c'était vraiment chaud. Les joueurs de L1 sont plus forts physiquement, plus rapides, plus techniques".  

Malgré une Coupe du Monde disputée et aussi une vingtaine de matches européens honorés avec son ancienne équipe, Golovin a donc été quelque peu surpris par le rythme de jeu en France. Dans ce domaine, et avec la répétition des matches, les choses ne peuvent que s'arranger. Et c'est ce que pense notamment Aleksandr Mostovoi, l'ancienne star russe de Caen et de Strasbourg. "Il (Golovin) a dit que tout va plus vite, mais les joueurs qui ont joué à l’étranger disaient et prévenaient tous que le temps de réflexion est beaucoup plus réduit qu'en Russie, et qu’il faut très vite prendre des décisions. Lui, il n’a joué que deux mois et quelques matches et il l’a déjà remarqué. C’est dans ce registre, qu’il va engranger une grande expérience et tout ce qui le manque comme qualités requises pour un meneur de jeu".

Une intégration compliquée et complexe 

Mostovoi avait été l'un des tous premiers joueurs russes à s'expatrier après l'éclatement du bloc soviétique. Lui aussi a connu des difficultés lors de ses premiers mois en France, avant de monter en puissance et devenir ensuite l'une des stars de la Division 1. Il comprend les difficultés auxquelles est confronté Golovin, mais il estime aussi que les époques ne sont pas comparables et que la recrue monégasque bénéficie de quelques avantages dont lui ne disposait pas. "Ce qui était le plus difficile au début c’est la langue, je ne maîtrisais pas du tout le Français, se remémore-t-il. Quand je suis arrivé à Caen, j’étais souvent seul, y compris à l'entrainement. Mais à cette période, la situation était complètement différente. Maintenant, on leur offre tout, ils ont beaucoup d’occupations. Alors que pour moi j’ai tout de suite compris que le football sera la seule et la première occupation, c’est pour ça que j’ai tout fait pour réussir. Je me souviens que j’ai eu du mal au niveau relationnel et que seul les entraînements et les matches m’aidaient à m’intégrer et à montrer que j'étais le plus fort. C’était très dur, ce n’est pas comme aujourd’hui. Maintenant, il y a les téléphones, internet, les salaires qui sont plus conséquents. Donc comparer l’adaptation de nos jours et la nôtre c'est compliqué".

Le "Tsar" se garde de trouver trop d'excuses à son compatriote. Néanmoins, il reconnait qu'il existe des contraintes qu'il est compliqué d'ignorer et qu'il convient de prendre en considération au moment de juger Golovin. "Ayant joué trois ans en France, je savais que la L1 et le style de jeu français seraient un peu durs pour lui, d’autant plus qu’il n'a que 22 ans, rappelle-t-il. L’AS Monaco est dans une situation compliquée, et ce n’est plus le même Monaco qui se battait pour le titre il y a deux ans. Tout ça n’est pas simple. En plus de la culture et la langue, quand les résultats ne sont pas au rendez-vous, cela fait beaucoup. J’ai joué dans plusieurs pays et dans beaucoup de clubs et je sais combien c’est difficile. Mais les choses commencent à s’arranger comme le montre la dernière victoire monégasque à Caen". Yaroslav Susov, journaliste du célèbre quotidien Sport-Express, abonde dans le même sens en indiquant : "Sasha est quelqu'un de très timide et modeste et qui n'a jamais joué à l'étranger. Au CSKA, il avait un ami, Alexander Makarov, ils ont tout connu ensemble et là ils se retrouvent séparés. Là, dans un nouveau pays et alors qu'il ne parle pas la langue, c'est très compliqué pour lui".  

L'article continue ci-dessous

Golovin doit donc s'armer de patience et espérer que la roue tourne pour son équipe monégasque. Car c'est dans ce sens, et non l'inverse, que le déclic pourra s'opérer. Mostovoi le confirme : "ce qui lui manque pour le moment c’est d’être décisif à travers les buts où des passes. Mais quand une équipe joue dans le bas de tableau, ce n’est pas évident (…) Personne ne pouvait prévoir une telle situation pour Monaco. A mon avis, ils ont les moyens de renverser la tendance, et retrouver au moins la partie haute du classement".

La dernière interrogation qui pourrait être soulevée concernant Golovin c'est le rôle que pourrait avoir Henry dans sa progression. Ce dernier n'est plus à présenter, mais peut-il vraiment lui faire franchir un palier de la même façon que Jardim le faisait avec les jeunes du club. La réponse de Mostovoi : "il lui fait souvent confiance et c'est déjà bien. Bien sûr qu’il peut apprendre beaucoup de Thierry Henry. Pas spécialement parce que c'était un grand joueur mais surtout parce que c’était un énorme attaquant. Même si Golovine n’est pas un attaquant pur, bien sûr".

En Russie, sa situation commence à inquiéter

Ce samedi, Monaco reçoit Montpellier au Stade Louis II. C'est un derby du Sud et c'est un examen important pour l'équipe princière suite à son rebond de la semaine dernière. Le genre d'affiche qui pourrait inspirer Golovin pour réussir une grande performance susceptible de le lancer définitivement. C'est l'espoir qu'on nourrit en Principauté, mais aussi en Russie où l'inquiétude commence à grandir au sujet de celui qui est considéré comme l'un des fers de lance de la "Sbornaya". Susov nous le confirme : "On attend chaque semaine des nouvelles positives de Sasha et elles ne viennent pas. C'est dommage. Personne ne comprend sa situation. On croise les doigts pour qu'il puisse montrer ce qu'il sait faire durant les prochaines semaines. C'est là que sa force de caractère peut se révéler".

Prochain article:
Milan, Higuain aurait fait son choix
Prochain article:
Nantes, Vahid : "Pourquoi j'ai choisi de titulariser Muani ? C'était lui ou moi"
Prochain article:
Bordeaux-Dijon 1-0, Bordeaux enchaine
Prochain article:
PSG, Neymar : "Je n'ai jamais fait du cinéma sur le terrain"
Prochain article:
Mourinho aurait refusé trois clubs, dont le Real Madrid
Fermer