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Ligue des champions

Livre - 15 années de Ligue des champions racontées par Opta : l'élite européenne en statistiques

10:02 UTC+2 23/10/2018
Zinedine Zidane Real Madrid
Comment la C1 a évolué en chiffres et en style depuis la saison 2003-04 ? L'un des auteurs du dernier livre d'Opta, Kevin Jeffries, nous l'explique.

Quatre mois après leur ouvrage sur la Coupe du monde, Kevin Jeffries et Loïc Moreau ont remis le couvert avec un nouveau livre consacré cette fois-ci à la Ligue des champions. Il ne s'agit pas là d'une encyclopédie qui retrace l'histoire globale de la compétition mais plutôt d'une rétrospective dédiée aux quinze dernières saisons disputées, bénéficiant au passage de l'émergence de la statistique.

Goal : Après la Coupe du Monde, vous vous êtes attaqués à la Ligue des champions, quel chantier cela représente-t-il ?

Kevien Jeffries : C’est encore plus de boulot par rapport à un Mondial car la quantité de données est décuplée. Il y a la fatigue du premier livre, on a commencé en mars pour finir mi-août avec des week-ends et des jours de congés qui y passent mais c’est super sympa au final comme projet.

Pourquoi avoir commencé votre livre à partir de la saison 2003-2004 ?

C’est la première année avec la nouvelle formule, avec la suppression de la seconde phase de groupes avant les quarts de finale. De plus, à Opta, c’est la première saison statistique où on a tous les éléments désirés pour analyser une rencontre. On a décidé de faire saison par saison afin que ce soit clair et que ça rappelle des souvenirs à certains.

De quelle base de données disposez-vous justement avec Opta ?

On possède à peu près tout. Toutes les rencontres ont été analysées, en sachant qu’on peut compter à peu près 2000 événements par match. Les passes, duels, tacles, les transmissions dans les 30 derniers mètres, les dribbles, évidemment les passes décisives et les buts.  

L’ouvrage est découpé en trois périodes avec chacune sa domination et son style de jeu, comment avez-vous fait pour retranscrire cela ?

C’est en regardant les stats et les records pour voir les tendances afin de dégager certaines modes. Ça correspondait souvent aux vainqueurs finalement et les équipes présentes dans le dernier carré. Pour la première partie, on retrouve une forte présence anglaise dans les demi-finales (2003-2008), avec plus d’engagement, de duels. Ensuite, évidemment, il y a eu la période avec Guardiola à Barcelone (2008-2012) qui a tout changé via le nombre de passes par match, la possession, le contrôle global du ballon. Enfin on assiste à un retour d’un jeu plus direct prôné par le Real et l’Atlético Madrid (2013-2018) avec moins de passes avant un tir par exemple. C’est beaucoup plus facile d’avoir une tendance ici qu’en Coupe du Monde. Dans le football de club, c’est beaucoup plus facile d’instaurer ça.

Justement, est-ce simple d’illustrer une philosophie de jeu par des chiffres et des stats précises ?

Cela dépend du style dont on veut parler. Par exemple, pour Guardiola, la possession, le nombre de passes et les transmissions avant un tir donnent une idée forte de ce qu’il souhaitait mettre en place. Tu te rends compte qu’ils explosent tout. Au contraire, il y avait moins de centres dans cette équipe car les bons joueurs de tête n’étaient pas en force. Au contraire, pour le Real Madrid, il y a moins de passes afin d’être dans une efficacité instinctive dans les 30 derniers mètres. Il faut également avoir l’œil humain car si l’on prend un exemple récent, le Lille de 2017-2018, il y avait une possession de 60%, 500 passes/match pour au final un rendement insuffisant, très loin du Barça malgré des principes qui s’en rapprochent.

Quelle place possède la Réforme Platini qui souhaitait donner plus de chances aux fédérations modestes dans cette compétition ?

On se rend compte que le football moderne, celui du XXIe siècle, et encore plus dans ces compétitions, ne laisse presque plus de places aux petits. Les exploits sont rares et à partir des quarts de finale, on retrouve plus ou moins les mêmes équipes chaque année. Cette tendance va se renforcer je pense dans les années à venir.

Peut-on rentrer dans l’histoire de cette compétition sans pour autant la remporter ?

C’est possible sous certaines conditions. Arsenal en 2005-2006 malgré une saison magnifique a échoué à la dernière marche, et l’on se souvient, je pense, de leur parcours. L’Atlético Madrid aura aussi eu ses années avec son style et son état d’esprit si particuliers. À titre de comparaison, les Pays-Bas resteront comme des perdants magnifiques tout en ayant marqué l’histoire en Coupe du monde.

Par rapport aux clubs français, que peut-on constater si l’on prend du recul sur ces quinze années ?

S’il doit y avoir une équipe qui peut nourrir des regrets, c’est bien Lyon qui a eu pas mal de records en plus, notamment dans ses victoires à l’extérieur. Ils auraient pu faire un peu mieux. Pour Monaco, les coups d’éclat sont devenus une spécialité, que ce soit l’épopée de 2003-2004 ou sur les années Jardim et des exploits contre Arsenal, Manchester City et Dortmund. Maintenant on attend le PSG qui, avec son rayonnement et son effectif, doit porter le football français à l’échelle européenne.

Si la Coupe du Monde leur échappe, pour Cristiano Ronaldo et Lionel Messi la C1 reste un formidable terrain de jeu…

Ce sont les deux joueurs qui resteront pour l’instant, dans l’histoire de la compétition au XXIe siècle. Ils possèdent à ce jour presque tous les records, avec un facteur décisif très présent. Cristiano Ronaldo a su en plus le réaliser avec plusieurs clubs. Il y a toujours cet effet miroir entre les deux. On a fait une comparaison statistique à la fin du livre pour se rendre compte de leurs quelques différences. C’est aussi intéressant de voir l’évolution de leur jeu et de se rendre compte qu’ils ont tous les deux modifié leur présence dans la zone de vérité, en étant beaucoup plus dans l’axe au fil des saisons et en épurant leur jeu avec, par exemple, moins de dribbles tentés par Ronaldo.

Quelle est l’anecdote qui vous a donné le plus de plaisir ?

Je pense que c’est Arsenal en étant la seule équipe depuis 2003-2004 à avoir marqué un but dans une rencontre sans tenter un seul tir. C’était face à Barcelone en mars 2011 et Sergio Busquets avait marqué contre-son-camp. Tu te dis que c’est assez dingue car même si les Gunners n’étaient plus aussi compétitifs qu’avant, ne pas tenter une seule fois sa chance en 90 minutes ça traduit quelque chose de fort. Il y a aussi eu le contrôle du dos de Brandao face à l’Inter Milan qui est assez inédit dans son genre… On a essayé de mettre plein de choses, plein de souvenirs, souvent couplés avec des stats pour plaire au plus grand nombre.

Livre : Opta Ligue des Champions 15 ans de stats inédites
Éditions Solar
Où le trouver ? FNAC, Amazon, Cultura et les grandes surfaces
Prix : 14,90 euros

Propos recueillis par Adrien Mathieu.