Les témoins de l’Euro : Boudewijn Zenden (Euro 2000)

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A l’approche de l’Euro 2020, notre rédaction vous propose une série de rencontres avec les joueurs ayant disputé ce tournoi par le passé. Des lauréats de la compétition, des acteurs majeurs ou simplement des protagonistes ayant des histoires intéressantes à raconter. Ce jeudi c’est Boudewijn Zenden, l’ancien grand ailier de la sélection néerlandaise qui se confie à nous et évoque l’édition 2000 du tournoi continental où lui et ses compatriotes sont passés tout près d’une consécration à domicile.

Dans l’histoire du championnat d’Europe des Nations et il n’y a que trois sélections qui ont réussi à remporter la compétition en tant que pays hôte. Et la dernière nation à l’avoir fait c’est l’équipe de France il y a de cela 37 ans déjà. Autant dire que triompher devant son public dans cette épreuve n’est pas une tâche aisée. Et parmi ceux qui ont eu le malheur d’échouer après avoir longtemps caressé le rêve d’une consécration « at home » il y a les Pays-Bas à l’occasion de l’édition 2000 qu’ils avaient co-organisé avec la Belgique. 

Les Pays-Bas avaient tout pour être sacrés 

Avec une génération très talentueuse un ancien coach champion d’Europe à leur tête, en la personne de Frank Rijkaard, les Oranges se voyaient bien conquérir l’Europe cette année-là et en finir avec l’étiquette d’une sélection souvent séduisante mais jamais gagnante. Le contexte était idéal pour dompter les vieux démons et s’affirmer enfin comme une grande nation du football.

Boudewijn Zenden faisait partie des 23 joueurs hollandais convoqués pour ce tournoi. Celui qui était alors au début de sa carrière se souvient très bien de la confiance en soi qui animait le groupe au moment la toute première compétition de l’histoire à domicile. Pour Goal, il raconte : « C’est sûr que jouer chez nous, ça donne quelque chose de plus. Il y avait beaucoup d’attentes. Deux ans auparavant, c’était le Mondial en France et on avait peut-être l’équipe pour remporter ce tournoi. Mais on avait perdu aux tirs au but contre Brésil en demi-finales. Il était donc question de poursuivre sur notre lancée. Je ne dirais pas qu’il y avait de la pression pour gagner, mais on était convaincus qu’avec les joueurs qu’on avait on était capables de triompher. »

Les Néerlandais avaient en effet fait bonne figure sur le sol français, et avec un groupe brillant où se côtoyaient les Bergkamp, Davids, Kluivert, Seedorf, Overmars et cie. En somme, une bonne partie de l’ossature du grand Ajax des années 1990. Des joueurs qui n’avaient en revanche encore gagné sur la scène internationale et cet Euro émergeait comme l’occasion ou jamais de le faire. « Il y avait des joueurs dont ça pouvait être le dernier championnat (Bergkamp, Numan, Winter, etc…), mais on n’avait pas vraiment cette donnée en tête, affirme Zenden. On ne se disait pas que c’était notre dernière chance. Mais Ce qui est certain en revanche c’est qu’on avait confiance en nos qualités. Il y a des tournois où tu n’es pas sûr d’avoir le groupe pour aller au bout, mais là c’était le cas. »

Zenden prêt à se plier quatre pour sa sélection

Sur le plan personnel, Zenden était aussi dans une bonne période, lui qui évoluait à ce moment-là au FC Barcelone sous les ordres de Louis Van Gaal. Il s’était alors installé dans le groupe Oranje, même si ce n’était pas encore à un poste fixe. « Oui, j’étais bien dans ma peau, nous confirme-t-il. J’étais convaincu que je pouvais faire quelque chose de bien. Je me souviens que pour le premier match on avait des soucis en défense, et j’ai dû commencer comme arrière gauche. Et c’est pourquoi j’avais le 5 dans le dos pour ce tournoi. Ensuite, le second, j’ai dû évoluer comme ailier droit. Donc totalement à l’opposé ».

Celui qui s’était fait connaitre au PSV Eindhoven et qui a aussi réalisé un excellent Mondial deux ans auparavant n’était pas un novice, mais il était disposé à se sacrifier pour la cause collective. « Je leur ai dit que pour l’équipe je fais tout ce qui est nécessaire, alors que ce n’était pas forcément mon meilleur poste, raconte celui qui officie aujourd’hui comme assistant coach au PSV. Le problème à ce moment-là c’est que Marc Overmars ne voulait pas jouer à droite. J’ai dit que si c’est un problème alors je peux dépanner. Face au Danemark, on n’était pas vraiment au top. On n’arrivait pas à déborder. Je pensais alors que le coach allait me mettre sur le banc, mais il a fini par me remettre à mon vrai poste d’ailier droit lors de notre deuxième rencontre contre la République Tchèque. Ça m’a donné des ailes. Dans ce match, on gagne finalement 3-0, je marque un but et j’offre aussi une passe décisive. Et j’ai fini le tournoi à mon poste de prédilection ».

L’entame des locaux a donc été poussive malgré les victoires récoltées et les deux cleans sheets assurés. « Oui, c’était un peu compliqué, on n’avait pas encore retrouvé notre rythme à ce moment-là, acquiesce Zenden. Le deuxième c’était un peu la même histoire en première période, et après mon replacement on a retrouvé notre football ». Les tâtonnements tactiques aurait pu décrédibiliser le sélectionneur, qui vivait alors sa toute première expérience comme entraineur. Mais, il a su rectifier le tir et notre témoin met en avant l’intelligence dont il a fait preuve : « Sur le terrain, j’ai rendu la confiance qu’il m’a donnée. C’était son premier tournoi, mais il avait les idées claires. Son objectif c’était vraiment de gagner l’Euro et après la défaite en demi-finale, il a immédiatement décidé de ne pas poursuivre. C’était sa façon de raisonner. Il voulait donner le maximum et en cas d’échec, il prenait ses responsabilités. »

Deux victoires mémorables qui ont laissé espérer une fin triomphale

Avant le couac en demi-finale contre la Squadra Azzurra, il y a quand même eu quelques prestations très abouties et qui ont laissé espérer le début d’une épopée glorieuse. Lors du dernier match de poule, les Pays-Bas s’offrent le scalp des champions du monde français. Une victoire 3-2, après avoir été mené au score à deux reprises. Et c’est Zenden, qui s’est offert le but de la victoire d’une frappe sèche du droit malgré la charge de deux défenseurs tricolores. « Les Français avaient certes changé 4 ou 5 joueurs, mais ceux qui ont disputé la rencontre ce n’était pas des petits joueurs, rappelle le gaucher. Ils avaient un effectif très riche, un banc avec de la profondeur. Gagner ce match signifiait surtout pour nous de rester dans notre pays pour le reste du tournoi. Donc il fallait le faire ». 

C’était une belle victoire et celle qui a suivi en quarts contre la Yougoslavie était encore plus impressionnante. Déchainés, avec un Patrick Kluivert en état de grâce (quatre buts inscrits), les Hollandais se sont imposés 6-1. « C’était un résultat qu’on ne voyait pas beaucoup à ce niveau-là. Cela démontrait tout notre potentiel », estime l’ancien marseillais. Est-ce après ce carton que les Néerlandais ont pris conscience qu’ils pouvaient terminer sur le toit de l’Europe. « Nous avions déjà cette conviction bien avant », répond Zenden.

Une fin de parcours amère et dure à accepter

Malheureusement, le rêve s’écroule lors du match qui suit contre l’Italie. La demi-finale contre la Squadra Azzurra a connu un scénario hitchcockien et il ne serait pas exagéré d’affirmer que ce fut le 0-0 le plus spectaculaire de l’histoire. Au final, ce sont cependant les Azzurri qui ont jubilé, triomphant aux tirs au but après avoir résisté en infériorité numérique pendant 90 minutes et survécu à deux pénalties dans le jeu. « C’était une demi-finale très serrée et on a eu beaucoup plus d’occasions que les Italiens. C’est sûr que les penalties qu’on a ratés pendant le match nous ont porté un grand coup au moral, constate avec le recul Zenden. Ils ont joué à 10 pendant la majeure partie du match et c’est pourquoi on était beaucoup mieux. Mais quand tu rates deux penalties, l’avantage psychologique est pour eux et leur gardien. On a raté trois autres essais durant la séance. Donc cinq loupés au total sur ce match. C’est quelque chose d’incroyable et qui n’arrive presque jamais ».

Les Bataves ont dû baisser pavillon alors qu’on leur promettait le sacre. Même 21 ans après, Zenden reconnait que c’est une défaite qui était très dure à avaler : « Sur ce qu’on a montré, on méritait de passer. J’ai joué avec des Français par la suite dans ma carrière, et ils m’ont tous dit qu’ils étaient contents de ne pas être tombés sur nous lors des finales de 1998 et 2000. A la fin, on était très tristes car on était prêts à aller jouer la finale et la gagner. Et c’était vraiment très cru, dans le sens où on était vraiment en plein dans cette compétition, on se voyait gagner et brusquement tout s’arrête. On va à l’hôtel pour récupérer nos affaires et on mesure que tout est fini. »

Plus de deux décennies sont passées et les Pays-Bas n’ont toujours pas réussi à dépoussiérer leur palmarès. Au final, et bien que le tournoi ait été globalement réussi, c’est surtout le sentiment d’une énorme opportunité ratée qui prédomine. « C’est douloureux, et ça ne part jamais, poursuit notre interlocuteur. En y repensant, on se dit surtout que c’est dommage car on avait vraiment l’équipe pour aller au bout. En 2004, on avait aussi perdu en demi-finale contre le Portugal, mais nous n’étions pas aussi bien. Nous étions plus à l’aise avec le fait d’être éliminés. Mais en 1998 et 2000, il y avait beaucoup de frustration. Ça fait toujours un peu de mal. Et personnellement, c’était aussi l’un de mes meilleurs tournois en 2000 et j’aurais aimé triomphé avec mon pays. »

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Une dernière cape avec les Oranges à...28 ans  

Zenden n’a par la suite disputé qu’une seule grande compétition avec les Oranje, à savoir l’Euro 2004. Sa carrière internationale s’est arrêtée à seulement 28 ans alors qu’il était encore compétitif. Une fin prématurée qu’il incombe à un homme. « Oui, je me suis arrêté et je trouve que ce n’était pas forcément de mon fait. Je n’avais pas grand-chose à me reprocher, clame-t-il. Après 2004, il y a Marco Van Basten qui est arrivé comme sélectionneur. Avant de prendre la sélection, il n’était que le coach de l’Ajax B. Il a fait ses choix. Il ne m’a pas convoqué, si ce n’est pour le premier amical (contre le Liechtenstein). Du coup, c’était mon dernier match en sélection nationale. Et c’est vrai qu’à 28 ans, j’étais en pleine force de l’âge. J’avais d’ailleurs disputé la finale de la Ligue des Champions avec Liverpool (contre Milan en 2007). C’était étonnant que les deux Néerlandais qui étaient sur la pelouse ce soir-là, à savoir moi et Clarence Seedorf, n’étaient plus convoqués en sélection. De quoi se poser des questions. Mais bon, le sélectionneur a fait ses choix. Et la malchance que j’ai eue c’est qu’il est resté sélectionneur quatre ans. Après, à 32 ans, c’était fini pour moi ».

C’est en 2011 que Zenden a raccroché les crampons après notamment un passage plutôt réussi à l’OM (2007-2009). Au final, cela lui a donc fait sept années complètes au plus haut niveau sans pouvoir honorer le maillot de son pays. « Oui, ça reste un regret, mais ce n’est pas quelque chose sur quoi j’aurais pu influer, insiste-t-il. Car je ne pouvais pas faire mieux. J’ai 54 sélections, et si j’étais resté durant cette période j’en aurais eu beaucoup plus, c’est sûr. Mais bon. Finalement, j’ai eu un bon parcours. On peut toujours fait mieux, mais ça aurait pu être pire aussi ». Avec un titre de champion d’Europe 2000 au CV, et qui n’aurait pas été immérité, il aurait certainement oublié plus vite cette fin en eau de boudin avec les Oranje.