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Bayern Munich vs Real Madrid

Le Real Madrid face au Bayern Munich, sa "Bestia Negra"

09:50 UTC+2 25/04/2018
Roberto Carlos Real Madrid v Bayern Munich Champions League 20022007
Le Real Madrid retrouve le Bayern Munich en demi-finales de la C1. L’occasion de revenir sur une rivalité sans commune mesure en Europe.

Madrid et Munich, si loin, si proches… Deux empires aux ambitions limitrophes, deux clubs qui n’ont pas les mêmes vertus, mais qui ont, à travers leurs trophées et leurs retentissants exploits, ajouté des barreaux à l’échelle des valeurs, veillant toujours à placer la barre haut.

Si les victoires sont un leitmotiv permanent pour ces deux entités, leur héritage et leur manière de concevoir le jeu ont toujours été d’un antagonisme frôlant le cliché. Le poncif est souverain : Espagnols flamboyants et offensifs, Allemands froids et rigoristes, le strass contre la palette, une rivalité qui convoque les épithètes, un tête-à-tête à faire rougir observateurs et exégètes parmi les plus versés dans l’histoire de ce duel fondamental, de cette mythique querelle d’antithèses.

Aucune équipe ne pose un contraste aussi saisissant, une réfutation aussi prégnante des valeurs madrilènes que le Bayern. Le club allemand oppose son sain bilan à l’aliénation galactique, propose son immaculée gestion à l’alambiquée conception du vedettariat merengue et souvent dispose d’arguments efficients pour contrer l’appétit de Gargantua du club le plus riche du monde.

Madrid défie de nouveau Munich pour, cette fois, une place en finale de la Ligue des champions. Mais l’enjeu véritable de cet affrontement phagocyte totalement l’accès à une place dans le dernier carré de la reine des compétitions et ringardise la mise entre deux adversaires aux considérables atouts. Un nouveau duel en forme d’épisode d’une saga dénuée de fin. Un duel épique censé déterminer non pas la meilleure équipe, mais la meilleure approche, la meilleure méthode, la meilleure gestion, le meilleur club.


Cette bisbille est sans doute née en 1976. Il s’agissait déjà d’une demi-finale de Coupe d’Europe avec un Bayern fort de deux trophées de rang (1974,1975, le Real de Di Stefano avait préalablement réalisé une série de 5 C1 consécutives). Le Real, lui, restait en quête perpétuelle de son glorieux fantôme. Le Bayern de Maier, Beckenbauer, Hoeness, ou encore du Bomber Gerd Müller, était arrivé à Bernabeu en manifestant une grande arrogance (le football allemand dominait l’Europe et la sélection, le monde), amenant son propre cuisinier et reprochant, par la voix de son président Wilhelm Neudecker, "l’éclairage faiblard" de l’enceinte merengue. L’arbitre est l’Autrichien Linnemayer, l’un des meilleurs au monde à l’époque. Le Real manque de chance, perdant Velazquez sur un claquage à la cuisse et Roberto Martinez (fracture du nez) suite à un choc avec Maier. Néanmoins, c’est bien le Real qui ouvre le score grâce à Martinez avant qu’il ne soit forcé de quitter le pré (8e minute) avec son maillot blanc ensanglanté. Le Bayern, que l’on surnommait à l’époque "le Mohammed Ali du Football", sort enfin de sa réserve après la demi-heure de jeu.

Beckenbauer prend le jeu à son compte et Müller finit par hériter d’un ballon exploitable pour égaliser alors qu’il semblait avoir fait faute sur Benito Rubio, son moustachu garde du corps. 1-1 score final. Les 125.000 spectateurs de Bernabeu se sentent lésés. L’un d’entre eux ira jusqu’à exprimer sa frustration sur le pré. "El Loco de Bernabeu", c’est sous ce surnom qu’il est passé à la postérité. Dès le coup de sifflet final, il enjambe les panneaux publicitaires pour aller frapper Müller et l’arbitre avant d’être ceinturé par Maier. Le Real est banni de toute compétition européenne pendant un an.

Cette rivalité a été ensuite soigneusement entretenue par des épisodes comme le 8-1 infligé par le Bayern au Real en amical en 1980, le trophée Bernabeu dont on n’a jamais vu la fin (1981) car le Bayern a préféré quitter la pelouse après l’expulsion de Klaus Augenthaler, ou encore le fameux coup de sang de Juanito… Le très combatif attaquant du Real mort en 1992 d’un accident de voiture et dont les Ultras chantent les louanges à chaque 7e minute d’un match à Bernabeu a personnifié en son temps les valeurs de pugnacité du club merengue avec plusieurs "Remontadas" orchestrées par ses soins et son enthousiasme communicatif (illustré par ses fameux sauts de cabri). Lors du 4-1 infligé par le Bayern au Real le 8 avril 1988, alors que le score était de 3-0, Juanito perd son sang froid sur une faute de Matthaus et lui piétine le dos avant de lui donner un coup de pied au visage tout en l’insultant copieusement. Il sera interdit de compétition européenne pendant 5 saisons…

Homérique, lyrique, épique. Le passé est riche, autant que le contentieux est lourd. Les duels récents entre les deux rivaux ont souvent tourné à l’avantage des Bavarois. À tel point que le Bayern s’est offert un surnom en Espagne, ciselé à travers ses exploits en terre ibérique : "La Bestia Negra", la bête noire. Un sobriquet qui doit autant aux succès allemands face aux Espagnols qu’au schisme idéologique qui avait atteint son paroxysme lors de la période galactique du Real (8 matches ayant opposé les deux équipes entre 2000 et 2002). "Un cirque, un théâtre de singes qui n’a rien à voir avec le football", avait tancé Uli Hoeness lors du transfert de David Beckham à Madrid.

Mais le complexe bavarois face au rêve merengue l’a fait grandir. Munich s’est nourri de son acrimonie envers le club royal, usant même parfois des mêmes ficelles de Merchandising que le rival honni. La résurgence des T-shirts "Bestia Negra reloaded" aux abords de l’Allianz Arena en atteste. Le Bayern adore affronter le Real et son public aussi raffole de cette opposition stylistique. Le constat était encore prégnant et peu flatteur envers les Merengue il y a encore quelques années. Puisqu'en dix déplacements en Bavière, le Real n’avait ramené qu’un seul match nul (2 victoires seulement en Allemagne en 27 périples pour le club madrilène, qui n’aimait pas cette destination). Mais ça, c'était avant la leçon de football de 2014....

On se souvient que le Real avait remporté sa demi-finale aller de peu cette année-là (1-0) face à un Bayern dominateur et furieux. Les dirigeants bavarois avaient alors affirmé qu'au retour "même les arbres allaient prendre feu", promettant l'enfer aux Castillans. Des Castillans que l'on disait à l'époque traumatisés par le coach du Bayern d'alors, un certain Pep Guardiola.

L’entraîneur qui avait fait le plus mal au Real lors des années précédentes. En effet, pendant son époque barcelonaise, Guardiola avait permis au Barça de remporter 9 fois la victoire pour 4 nuls (en 15 confrontations), avec le fameux 2-6 à Bernabeu en mai 2009. La légende raconte que le jeune technicien catalan avait regardé des heures et des heures de vidéo du Real avant d’identifier un espace coupable entre les deux défenseurs centraux. Il décide de déployer Messi en "faux 9". Ce soir-là, deux superstars étaient nées. Mais à l'occasion de cette fameuse demi-finale de 2014, l'une d'elle allait voir son mythe sacrément s'écorner.

Avant le match, le technicien de Santpedor avait analysé le défi qui attend son équipe avec sa minutie habituelle. Il avait dit, en conférence de presse d'avant-match, dans un Allemand parfait : "Madrid et Dortmund sont les deux meilleures équipes du monde en contre-attaque. Si nous ne parvenons pas à contrôler Gareth Bale et Cristiano Ronaldo, wir sind kapputt (nous sommes morts)." Il ne croyait pas si bien dire. La contre-attaque, l'arme fatale du Real d'Ancelotti. Sans oublier Sergio Ramos. 0-4, le score final. Le Real avait enfin saigné sa bête noire.

Mais le Real et le Bayern allaient de nouveau se retrouver. La saison dernière, ce classique continental allait voir se jouer une nouvelle itération de sa très longue saga. Un opus qui allait encore consolider son armature si particulière et renforcer la singularité de son statut. De nouveau, c'est le Real Madrid qui est sorti vainqueur de cette dantesque confrontation. Les paris sont ouverts pour l'épisode 2018 de ce duel. Bien malin qui pourra prédire l'issue de ce match aux allures de nouveau pilier de l'histoire du football européen. Un nouveau chapitre canonique à tous les sens du terme. Car à l'Allianz Arena mercredi soir, le match sentira forcément la poudre.