Le Barça a-t-il fait définitivement une croix sur son ADN ?

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Malgré un bilan comptable étonnant, le Barça d'Ernesto Valverde ne séduit pas les observateurs. Cette façon de jouer va-t-elle durer ? Analyse.

Il y a beaucoup d'endroits fascinants dans le monde du football, mais rares sont les théâtres où l'histoire du jeu s'écrit. Le Camp Nou de Barcelone en est un. C'est peut-être ce qui le rend un peu plus spécial que les autres. Barcelone est un club révolutionné par un maître de la tactique (Johan Cruyff), porté par son fidèle disciple (Pep Guardiola) et mis en lumière par des manieurs de ballon fantastiques. Ce club-là, c'est un peu tout cela. Mais cette image n'est plus aussi nette depuis quelques temps. Le Barça devient-il un club banal ?

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Une mutation qui ne date pas d'hier...

Même du bout des lèvres, énoncer cette question revient à briser un tabou en Catalogne, mais les puristes aiment bien mettre les pieds dans le plat. Et les amoureux du club le sont tous un peu. Tous les feux sont au vert sur le plan comptable, pourtant. Qualifié pour les huitièmes de finale de la Ligue des champions, le Barça mène la danse en Liga. Distancer le Real Madrid par les temps qui courent est tout de même une prouesse, surtout pour une équipe en reconstruction. Les chiffres sont bons aussi. Le Barça présente la meilleure attaque d'un pays où les machines à marquer foisonnent. Ce n'est pas rien. C'est surtout mieux que le Real Madrid qui marche sur le toit de l'Europe depuis deux ans, on le répète.

Le problème, c'est que la lecture des performances de Barcelone à travers le prisme des chiffres ne correspond pas à l'idée que l'on se fait de ce club. En ce moment, le Barça est loin de son identité. C'est un fait. L'impression laissée, le jeu déployé laissent les socios sur leur faim. "On peut jouer un football offensif de différentes manières. Bien sûr, il est évident que le Barça n'est pas séduisant comme celui de Guardiola mais ce serait un suicide d'essayer de jouer de la sorte avec ces joueurs !", souligne Ignasi Oliva, correspondant du Barça pour Goal. "Paulinho peut-il jouer comme Xavi ? Andre Gomes peut-il faire ce que fait Busquets ? Le point principal est que des joueurs comme Xavi sont partis et que le club n'a pas pu trouver de remplaçant similaire. C'était d'ailleurs pour cela que le Barça avait un intérêt fou pour Verratti...".

Ernesto Valverde Barcelona

La mutation du Barça ne date pourtant pas d'hier. Le règne de la MSN avait déjà redistribué les forces. Cette équipe avait condensé ses armes en attaque et délaissé le milieu, la salle des commandes où tout s'organise. Ignasi Oliva, toujours. "La saison dernière, le Barça était une équipe directe, loin de la philosophie basée sur le contrôle du jeu et la passe. Le club joue toujours offensivement mais sans contrôler le jeu comme il le faisait par le passé. La MSN n'a pas aidé sur cet aspect. Pour jouer de cette façon, vous avez besoin d'un grand sacrifice de tous les joueurs quand vous n'avez pas le ballon et à la moitié de la saison dernière, la MSN a décidé d'arrêter de faire ce pressing".

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Tôt ou tard, Barcelone retrouvera ses fondamentaux

Durant ces années où le talent individuel supplantait l'expression collective, Barcelone continuait à fasciner, pourtant. Parce que l'inventivité d'un seul trio isolé était un autre appel au rêve. Dans ses beaux jours, cette MSN se suffisait à elle-même pour trouver des solutions et broyer les défenses. C'était une autre vitrine pour le club. Messi, Suarez, Neymar. Trois noms brandis comme un slogan pour cacher les défauts.

L'été agité du Barça a encore bouleversé le décor. Après le passage de Luis Enrique, Ernesto Valverde est confronté à un immense chantier. Le départ de Neymar (quoiqu'on en dise), ceux d'autres joueurs clés avant lui (Xavi, Dani Alves, Puyol...) et la blessure d'Ousmane Dembélé n'ont rien arrangé. Luis Suarez, dont le rôle est plus flou, vit certainement sa saison la plus délicate en Catalogne. Pragmatique avec ses forces du moment, Valverde a alerné les systèmes pour brouiller les pistes (4-3-3, 4-2-3-1, 4-4-2), mais ce choix ne favorise pas les automatismes. "Le jeu offensif du Barça aujourd’hui, c’est Messi et point", a même soufflé Raynald Denoueix dans les colonnes de L'Equipe. "Suarez est vraiment moins bien, il y a peu de combinaisons, peu de tout… C’est devenu une équipe moyenne plus Messi". Les mots sont forts. D'autant que même le génie argentin a eu sa période de disette

On dit souvent qu'un grand club ne meurt jamais. Pour le Barça, c'est "més" que cela. Ce club ne pourrait pas vivre sans son identité. Son image est un idéal qui a été autant froissé sur le terrain qu'en dehors, d'ailleurs. Mais il retrouvera ses fondamentaux à l'avenir. Avec Valverde ? Peut-être. Ou un autre. "N'oubliez pas que Valverde est un génie tactique, mais qu'il n'a pas été capable de travailler avec Cruyff pendant plus de deux ans durant sa carrière de joueur...", fait remarquer Ignasi Oliva, avant de conclure : "Je ne dirais pas que que le Barça a fait une croix sur sa philosophie. C'est plus une évolution car l'équipe n'a plus ces joueurs particuliers dont elle avait besoin pour jouer de cette façon...". Tout le monde attend le prochain chapitre.

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