France-Norvège : Ada Hegerberg, pas prophète en son pays

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La première joueuse Ballon d’Or de l’histoire divise en Norvège. Sa décision de se mettre en retrait de la sélection en 2017 continue de faire parler.

"Tu n’as rien trouvé de mieux à faire juste avant le début de la Coupe du monde ? Elles se sont qualifiées pour notre pays, c’est une des choses les plus cruciales que peut vivre un joueur de football, et elles ont déjà reçu assez de pression négative. Ce n’est pas le moment, la sélection mérite mieux." La sortie est violente et elle est signée Martin Odegaard. Le jeune joueur du Real Madrid, prêté cette saison à Herenveen, s’est adressé sans détour à Ada Hegerberg sa compatriote. Cette dernière a maintenu sa décision de ne pas être sélectionnée en équipe de Norvège, après un Euro 2017 raté mais aussi des revendications qu’elle assume.

Il faut remonter à l’été 2017 pour comprendre d’où vient la scission entre l’attaquante de l’OL, alors étoile montante du football féminin mondial, et son pays. La sélection norvégienne possède l’étiquette de favorite aux Pays-Bas en compagnie des Allemandes et des Bleues mais la machine s’enraye et l’équipe scandinave sort la tête basse. Si tout le groupe est concerné par cet échec, les médias nationaux concentrent leurs critiques sur Ada Hegerberg, jugée trop 'arrogante' et pas assez tournée vers le collectif lors de cette compétition. Une blessure nette et jamais refermée depuis.

"J'ai le sentiment que la fédération n'a jamais considéré sérieusement le foot féminin"

Remontée contre sa Fédération (NFF) pour le manque de moyens mis en place en faveur de l’égalité hommes-femmes, notamment pour les salaires et les primes, l’attaquante de l’OL claque la porte et ne reviendra plus sur sa décision. "J'ai le sentiment que la fédération n'a jamais considéré sérieusement le foot féminin depuis que j'ai été appelé en U15, indiquait-elle dans un entretien au magazine Josimar. Le foot féminin n'est pas intéressant, commercialement parlant." Des propos rudes qui ne risquent pas de rouvrir le dialogue entre le Ballon d’Or et ses dirigeants.

La division est profonde autour de son cas et ses anciennes coéquipières ont peu goûté à certaines déclarations. Ada Hegerberg estimait ainsi être une "plus mauvaise joueuse" après des entraînements en sélection par rapport à son club, l’OL. Des excuses ont été exigées mais l’attaquante de 23 ans n’a pas voulu revenir dessus. Le sélectionneur en poste, Martin Sjögren, tient un discours plus modéré en rappelant que l’intérêt collectif prime sur les aspirations individuelles. "Pour être dans l’équipe nationale, il faut être fier et avoir une motivation, comme les 23 joueuses qui seront présentes et ont décidé de contribuer à construire quelque chose plutôt que de partir."  Cependant, le technicien suédois n'a pas toujours été tendre avec elle. L'an dernier, il n'avait pas coché son nom parmi les trois meilleures joueuses pour le prix FIFA de 2018.

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Pourtant, Ada Hegerberg veut croire en un possible retour si les conditions sont réunies. En décembre dernier, sur Canal +, elle expliquait qu’elle pourrait revenir sur son choix dans les prochains mois. "J’ai bien donné mes raisons à la fédération et c’était important pour continuer ma carrière au plus niveau. Je suis fière de mon pays, j’aime mon pays. C’est quand même une grande décision, ça a créé beaucoup de buzz mais les détails restent entre nous (avec la NFF) et on verra si ça changera à l’avenir."

Norway Ada Hegerberg 2017

Côté français, on tenait surtout à mettre cette problématique de côté. Corinne Diacre, en conférence de presse, a rappelé que seul le terrain comptait en dépit de cette absence très remarquée. "La France va jouer contre la Norvège, pas contre Ada. Cette équipe s’est qualifiée sans elle. Elle a fait son choix, elle a ses raisons qui lui appartiennent." Une position partagée par Amandine Henry, qui ne voyait pas d'un mauvais oeil l'absence de sa coéquipière à l'OL. "Ne pas avoir Ada contre nous c’est une bonne chose, la Norvège s’est construite et possède de très bonnes joueuses. C’est bien pour nous mais faut se méfier des autres." Une manière de dédramatiser aussi autour de cette joueuse qui n'a pas fini de faire parler d'elle en Norvège, malgré son talent.

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