Équipe de France – Comment arriver en forme en Russie : les clés de la préparation physique des Bleus

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Les Bleus ont entamé la préparation pour la Coupe du monde en Russie. Certaines bases sont à respecter pour entrer de plain pied dans la compétition.

Avec un groupe de 22 joueurs – sans Raphaël Varane qui dispute samedi la finale de la Ligue des champions avec le Real Madrid – Didier Deschamps a lancé mercredi une période de trois semaines de préparation avant le premier match de Coupe du monde des Bleus face à l’Australie (16 juin). "C’est assez rare mais nous allons entamer la préparation avec la quasi totalité du groupe. J’ai choisi de travailler tout de suite sur le qualitatif", expliquait le sélectionneur au moment d’évoquer sa liste et la raison pour laquelle les habituels réservistes ne sont cette fois que des suppléants hors du groupe présent à Clairefontaine. "Ce sera plus simple pour le staff d’établir l’état de forme de chacun, explique Julien Lugier, préparateur physique spécialisé dans le football. Car le premier objectif sera bien de définir une base de travail pour mettre tout le monde à niveau. "Le groupe va rapidement se diviser en deux parties selon les temps de jeu effectifs de la saison, analyse notre spécialiste. Ceux qui ont beaucoup joué vont entamer directement avec le ballon et les autres vont axer sur du travail plus athlétique. L’objectif est d’harmoniser le niveau de tout le monde".

Du travail avant, de la gestion pendant

Après les premiers jours où seront effectués toute une batterie de tests médicaux et les tests physiques de base comme la VMA des joueurs, une première grosse semaine de travail de fond débutera avant le premier match de préparation lundi prochain face à l’Irlande au Stade de France. "En début de semaine, les joueurs seront sur de longues courses, de l’aérobie et de la puissance aérobie. Plus on se rapproche du match, plus on affine vers du travail spécifique à base d’efforts courts et intensifs qui ressemblent à ceux fournis pendant les matches", explique Julien Lugier, habitué à travailler avec des internationaux. Dans les prochains jours, les hommes de Didier Deschamps entameront donc une phase de travail intensive pour monter progressivement en puissance et donner leur pleine mesure pendant les rencontres. "Dans une semaine classique avec un match le samedi, la séance athlétique se fait le mardi, détaille notre préparateur physique. À 4 jours d’intervalle, le joueur arrive en surcompensation, c’est à dire l’état où il se sent en meilleure forme qu’avant la séance du mardi parce que son corps est prêt à livrer de longs efforts intensifs".

Antoine Griezmann France training 29082016

Avec des matches relativement rapprochés en avant et pendant la compétition, la préparation physique sera davantage anticipée en fonction du prochain rendez-vous, pas bien loin au delà. "La préparation d’une compétition sur un temps défini aussi court ne peut pas se faire comme celle d’une saison, précise Julien Lugier. On ne peut pas se dire qu’on se prépare pour arriver au pic de forme pour les quarts de finale parce que ce serait un énorme risque pour l’état de forme en poules. Pendant le tournoi, le travail sera adapté en fonction de la gestion des temps de jeu pour garder l’harmonie au fur et à mesure que la compétition avance". Plus les échéances se resserreront, plus le travail physique se décomposera entre le renforcement musculaire, les temps de récupération et les soins. À Clairefontaine, où les temps de travail sont souvent courts, les Bleus disposeront de beaucoup d’installations mises en place pour la récupération. Car une fois le travail de fond effectué, les machines s’entretiennent et la principale difficulté résidera dans la prévention musculaire afin d’éviter toute blessure du genre, quasiment rédhibitoire pour les joueurs sur un temps de compétition réduit.

 


Interview avec Julien Lugier : « La préparation physique privée se développe beaucoup chez les joueurs »


Préparateur physique en club, Julien Lugier s’occupe en parallèle de joueurs dans le cadre privé. Une tendance à la hausse chez les joueurs pros.

Pouvez-vous nous parler un peu de votre parcours ?

Julien Lugier : J’ai débuté par une licence STAPS (Sciences et Technique des Activités Physiques et Sportives) avant de préparer un master en préparation physique et nutrition du sportif. Je suis rentré au centre de formation de Caen ou j’ai été préparateur physique adjoint chez les U17, les U19 puis la CFA avant de partir pour Cherbourg en National. Je continue en club avec Drancy qui monte en National mais j'ai basculé peu à peu vers la préparation physique privée et je travaille aujourd'hui en collaboration avec des joueurs comme Yacouba Sylla ou Mapou Yanga-Mbiwa.

Pourquoi avoir finalement opté pour la préparation physique privée ?

La préparation physique privée se développe beaucoup chez les footballeurs de haut niveau. Pour la plupart les préparateurs physiques font des choses communes et j’ai voulu m’en démarquer en ne faisant que du spécifique.

Quelle est votre méthode, du coup ?

Du travail physique uniquement avec ballon en fonction des postes des joueurs. Le travail est axé sur la coordination, les appuis, l’explosivité et la réactivité. Dans un match, un joueur a le ballon dans les pieds 3 minutes en moyenne. C’est sur ce temps là qu’il doit se démarquer donc toute la méthode est basée sur un seul objectif : être totalement lucide sur ce temps donné.

Comment cela se traduit-il en pratique ?

J’ai analysé les actions de jeu en fonction de postes et résumé des schémas qui se répètent. En isolant les actions, on répète les mouvements jusqu’à ce qu’ils soient parfaitement maîtrisés et que l’amalgame effort physique plus réalisation technique soit naturel.

Pouvez-vous nous donner un exemple concret d’un exercice en séance avec un défenseur central par exemple ?

Pour un défenseur central, je mets en place un circuit avec une échelle de rythme et un travail technique. J’ai remarqué qu’un défenseur central répétait la plupart du temps deux types d’actions : les dégagements ou interceptions de la tête, les enchaînements contrôle et relance en peu de touches. Donc sur 30 secondes, il y a un travail d’appuis ou de courses et des touches de balles en sortie, de la tête en visant une zone précise ou avec un enchaînement contrôle-passe en deux touches avec des incertitudes. À la fin du circuit, il doit contrôler pied droit et relancer pied gauche ou inversement. Et on répète les gammes avant d’augmenter les difficultés et de jouer sur une échelle de valeur.

Et cette méthode n’est pas utilisée dans les clubs professionnels ?

En fait, c’est un dérivé de la méthode Coerver qui est notamment utilisée par l’Ajax Amsterdam. En France, elle est décriée par la Fédération qui pense que le travail analytique ne sert à rien et souhaite privilégier la prépa physique intégrée au jeu.

En quoi est-ce que cette méthode est un apport pour un joueur professionnel ?

Cela apporte un complément parce que ce genre de travail ne se fait plus en club. Avec 20 joueurs, les staffs ne peuvent pas faire du travail autant individualisé et on considère que les gestes simples sont des acquis de formation et que les joueurs professionnels n’en ont plus besoin.

N’est-ce pas dangereux pour un joueur pro de s’ajouter du travail physique en plus de ses entraînements ?

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Ce que je constate, c’est que les retours des joueurs sont tous positifs. Ils ont la sensation d’être plus rapides, plus vifs et de pouvoir répéter les efforts. En France on a beaucoup axé sur le travail de récupération pour prévenir les blessures. Je me rends compte que le fait d’augmenter les charges de travail avait de meilleurs résultats.

Les staffs n’apprécient pas tous que les joueurs travaillent à côté. Est-ce que cela ne pose pas un problème de cohérence dans leur préparation ?

En France, c’est un peu tabou. Les préparateurs physiques s’imaginent qu’on va leur voler leur travail. Pourtant il y a des joueurs pour qui ça ne pose pas de problème. Neymar ou Mbappé par exemple ont toute une équipe autour d’eux. À l’étranger, le travail personnel est acté. Ce que j’aimerais, c’est travailler en harmonie avec les clubs et pourquoi pas sous leur contrôle et dans leurs installations. On pourrait avoir un suivi beaucoup plus précis et qui aille dans le sens de tout le monde. Mais ça n’a pas vraiment l’air à l’ordre du jour.

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