[ENTRETIEN] - Younès Belhanda : "Hatem Ben Arfa a créé quelque chose"

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Recrue phare de la saison niçoise, Younès Belhanda espère la terminer en apothéose. Le meneur de jeu attend le match face au PSG pour rêver encore.

"On se retrouve tout à l'heure, aujourd'hui c'est à la carte et je vais rester en salle", nous lance Younès Belhanda, croisé de bon matin au centre d'entraînement de l'OGC Nice. Au coeur d'une belle journée ensoleillée, l'international marocain préfère s'économiser à quelques heures d'un match décisif pour la fin de saison. Alors qu'il s'apprête à défier le Paris Saint-Germain à l'Allianz Riviera, le Niçois s'est confié en toute décontraction sur les clés de la saison du GYM, son poste si particulier de numéro 10 et son avenir, qu'il prolongerait volontiers sur la Côte d'Azur. 

Vous êtes depuis peu papa d’un petit Issa. Ici on dit "Issa Nissa", vous êtes donc devenu totalement niçois !

Younès Belhanda : (rires) oui un peu. Bon ce n’est pas pour ça qu’on l’a appelé comme ça mais ça fait plaisir qu’il soit né en France.

Vous êtes arrivé à Nice en même temps que Mario Balotelli. Avez-vous souffert de l’image du joueur venu pour se relancer ?

Je suis venu ici pour jouer au football et prendre du plaisir. Je n’avais rien à relancer du tout. On a vécu une super saison et elle n’est pas finie. C’est pareil pour Mario je ne pense pas qu’il soit venu ici pour se relancer, il n’a pas grand chose à prouver mais il avait besoin de temps de jeu et c’est comme ça qu’il faut le prendre.

Nice est un club qui a désormais les arguments pour recruter des joueurs comme vous ?

Oui bien sûr. Déjà par le jeu, les joueurs vont vouloir venir ici parce qu’ils savent que ça joue au football. On sait que c’est un club qui a de l’ambition et on l’a démontré cette année.

C’est cette identité de jeu qui vous a convaincu tout particulièrement de venir ?

Oui parce que j’avais vu leur jeu la saison dernière et ça jouait bien au ballon. C’est ce qu’on aime quand on est joueur de football, de toucher beaucoup le ballon, de ne pas avoir une équipe où ça dégage tout le temps. Donc c’était vraiment un plaisir de venir ici.

Nice était regardé même à l’étranger ?

Moi je suivais toujours la Ligue 1, je suis issu d’ici donc je la suivais beaucoup. Après c’est vrai que quand Hatem Ben Arfa est arrivé ici, ça a créé quelque chose. Il a marché sur l’eau mais quand tu voyais l’équipe, tu te disais que ce n’était pas seulement Ben Arfa. Il y avait des joueurs derrière qui tenaient la baraque et qui savaient jouer au football.

PS Belhanda

Il n’y a pas longtemps vous auriez été champion avec 74 points. Vous tombez la mauvaise saison, en fait…

Non pas la mauvaise saison parce qu’on savait qu’avec Paris et Monaco ça serait du lourd. Mais on a fait une grande saison même si elle n’est pas terminée, ce sont des statistiques de fou et on espère toujours quelque chose. Pas le titre mais doubler Paris, ça va être dur parce que se qualifier directement pour la Ligue des champions, c’est autre chose.

Quel est le secret de votre entraîneur pour  créer un groupe comme le votre ?

Il n’y a pas de secret, il y a le travail. C’est un entraîneur qui aime le jeu. Avant les matches il nous dit qu’on va gagner par le jeu. Il ne se focalise pas sur la gagne, il se dit qu’il faut jouer, c’est tout. Et c’est ce qu’on démontre match après match.

"Il faut jouer", qu’est-ce que ça veut dire 

Il faut faire du jeu. Pas du jeu direct, pas balancer. Il faut toucher le ballon, créer, faire des décalages, des une-deux. C’est ce qu’il aime et qu’on aime quand on est sur un terrain.

Que vous apporte Lucien Favre sur un plan plus personnel ?

Il m’a beaucoup parlé et me parle encore beaucoup. Il a une très grande confiance en moi et j’essaye de lui rendre sur le terrain en étant décisif et en apportant un plus à l’équipe. Il parle avec tout le monde, il ne pense pas qu’aux 11 qui jouent. Il y a des joueurs qui ne sont pas concernés ou qui jouent avec la CFA le week end, il leur fait faire des choses techniques, il est là et il est chaleureux. Franchement, c’est un des meilleurs coaches que j’ai eu.


"Je suis formé n°6. René Girard m'a placé 10 et j'ai eu des sensations que je n'avais jamais eues en jeunes"

C’est aussi un technicien très exigeant qui souligne plus ce qui n’a pas marché que ce que vous avez réussi…

Ce qui a été réussi, il n’a pas à revenir dessus. Ce qu’on a raté, c’est ça qu’il faut travailler. Il nous dit toujours de prendre 5 ou 10 minutes à la fin de chaque entraînement pour faire un peu de technique. Il n’y a pas longtemps, il m’a demandé de travailler mon pied gauche donc je dois le faire. Il y a des choses que lui voit et sur lesquelles nous on ne se focalise pas.

Les numéros 10 comme vous sont de moins en moins nombreux, pourquoi ?

Les systèmes de jeu, peut-être, avec les entraîneurs qui ne mettent pas de 10 mais préfèrent jouer à trois avec des relayeurs qui cadenassent et protègent la défense. Il y en a qui préfèrent avec un 10 et moi c’est ma vision des choses.

C’est un poste spécial qu’on ne peut qu’occuper grâce à des dispositions naturelles ?

Naturelles je ne sais pas parce que moi à la base je ne suis pas formé numéro 10 mais numéro 6. Quand je suis arrivé en professionnel j’ai commencé à jouer plus haut. René Girard m’a placé en 10 et là j’ai eu des sensations que je n’avais jamais eues en jeune. Comme si c’était naturel alors que je n’avais jamais joué à ce poste. J’arrive à trouver les espaces, à me trouver entre deux facilement. Après je dois encore travailler, l’entraîneur me demande de me retourner encore plus vite. Mais j’aime bien être au centre du jeu. Même si tu n’es pas toujours la dernière passe, tu es celle d’avant, tu es toujours dans le jeu et c’est ça qui est bien.

C’est vrai qu’on a un peu de mal à vous imaginer en numéro 6 maintenant…

Les gens n’ont pas cette vision de moi alors que c’est mon poste de formation. Et j’étais vraiment un casseur en plus en jeunes ! C’est pour ça que des fois il y a des petits pétages de plomb, des coups, c’est le côté 6 qui ressort (rires).

Les qualités d’un numéro 10 ne sont pas forcément naturelles selon vous, mais alors comment se travaillent-elles ?

On doit le bosser avec la vidéo parce que des fois sur le terrain tu ne vois pas. Donc avec la vidéo tu vois le placement et comment tu te retournes. Des fois tu veux te retourner mais tu penses qu’il y a quelqu’un et à la vidéo tu le vois, donc tu peux prendre l’information. Il y a des trucs comme ça que tu dois sentir. C’est au feeling.

Pour occuper le poste il faut quand même des qualités techniques au dessus de la moyenne. Les avez-vous développées ou étaient-elles en vous depuis l’enfance ?

Je pense que j’avais ces qualités mais il y a toujours du travail. Après les qualités techniques tu les as naturellement. Dans mon enfance, j’étais toujours dehors avec un ballon, je sortais et j’essayais de trouver des copains pour jouer. Quand je n’en trouvais pas je jouais tout seul ou avec mon père qui me faisait beaucoup de gammes techniques quand j’étais petit.

En Ligue 1, qui est le joueur de votre profil qui vous plait le plus ?

Bernardo Silva. Pour moi il a tout. Il va vite, il est puissant et techniquement, lui, il est vraiment au dessus de la moyenne. Il est gaucher, le ballon est toujours collé à lui, il a toujours le coup de rein qu’il faut et il ne fatigue jamais. On n’a pas le même style mais pour moi c’est le numéro 10 parfait.

Il y a une vraie complicité technique entre les joueurs niçois, avec qui vous régalez-vous le plus ?

Je joue au milieu donc Micka Seri, Vincent Koziello, Rémy. Il y avait Wylan Cyprien.. En attaque aussi il y a Mario, Micka qui est revenu, Alass quand il était là avant sa blessure. Mais même derrière, Lemarchand, Malang quand il jouait au début. Dante !  T’as des passes laser au milieu, quand il te trouve il te casse les lignes c’est un truc de fou. Tous les joueurs sentent le football dans cette équipe.

Mario Balotelli a cristallisé toutes les attentions cette saison à Nice…

C’est normal. C’est une star mondiale et il est reconnu de partout. Quand t’as Mario Balotelli qui vient à l’OGC Nice, c’est la grande affiche ! Il peut te débloquer une situation à n’importe quel moment. On l’a vu tout au long de la saison quand on était bloqué à 1-1 ou 0-0, il arrive à mettre ce but. Il avait mis un doublé à Lille, par exemple.

A l’entraînement, c’est lui Monsieur lucarnes ?

Hier il en a mis une pas mal de l’extérieur du pied. Il a nettoyé la lucarne de Cardinale (rires), il n’était pas content.

C’est lui qui a la plus grosse frappe ? On dit que Wylan Cyprien le concurrence…

La frappe de Wylan est belle alors que Mario a une frappe dévastatrice. Mouez Hassen en avait fait l’expérience quand il était encore là,  il a une frappe… C’est un truc de fou. La plus grosse frappe, c’est lui. Celle de Wylan est forte mais elle est surtout belle, elle flotte et elle est imparable. Les deux ont une grosse frappe mais celle de Mario est plus puissante.

Pour terminer un petit mot sur votre avenir, y a-t-il une chance de vous voir rester ?

Il y a toujours des chances. Après comme j’ai déjà dit à certains médias, ce n’est pas de mon ressort. C’est de celui du club. Si c’était du mien je resterai parce que je me sens bien, on a fait une super année, on est qualifié pour les tours préliminaires de la Ligue des champions, il y a encore des choses à gratter… Mais ce n’est pas le cas.

Propos reccueillis par Julien Quelen, à Nice. 

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