ENTRETIEN - Vadim Vasilyev : "Devenir une référence dans le développement des stars de demain"

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Stéphane Senaux - AS Monaco
Le vice-président de l'AS Monaco détaille le modèle économique et sportif qui fait aujourd'hui la réussite de son club en France mais aussi en Europe.

Après une saison difficile achevée en apothéose avec la seconde place et une nouvelle qualification directe en Ligue des champions, Vadim Vasilyev n'est pas encore en vacances. Le vice-président de l'AS Monaco nous reçoit d'ailleurs dans son bureau du stade Louis II d'où il pilote déjà la suite des événements : un mercato qui promet encore d'être agité dans les deux sens pour l'AS Monaco. Vice-champion de France après son titre de la saison passée, le club de la Principauté a construit un modèle sportif et économique dont la viabilité n'est plus à prouver. Grâce notamment au travail de son vice-président, fier du chemin parcouru et ambitieux pour les chantiers de l'avenir. 

Quel est le mot pour qualifier la saison de l’AS Monaco ?

Vadim Vasilyev : Énorme. Oui, énorme. Le nombre de points : 80,  le nombre de buts : 85, le nombre de victoires : 24. Cinquième année consécutive sur le podium, ce n’était plus arrivé depuis 25 ans.

En 38 journées, l’équipe n’est jamais descendue en dessous de la 4ème place. Vous attendiez-vous à être aussi régulier après les nombreux départs de l’été dernier ?

C’était la mission. Nous avons une équipe compétitive mais on savait que ce serait difficile. Après une saison exceptionnelle et tous les départs, faire prendre la mayonnaise, faire que l’équipe tourne, ce n’était pas simple. Finalement nous avons atteint l’objectif et c’est une grande satisfaction.

C’est la troisième fois depuis votre remontée en Ligue 1 que vous atteignez la barre des 80 points ou plus. Avec le PSG, Monaco est la seule équipe à avoir atteint ce total sur la période. Qu’est-ce que cela signifie pour vous ?

Et bien nous sommes le premier club derrière ce monstre, je dirai (rires), parce qu’on ne peut pas comparer les deux projets. Paris a un budget de 600 millions d’euros et des ressources presque illimitées. Après, si on regarde par rapport à nos concurrents directs, les deux Olympiques Lyon et Marseille, là je pense qu’il n’y a pas photo, on a fait mieux. Grâce à la passion et à la stratégie de Dmitry Rybolovlev le club est redevenu un acteur fort de la scène française et européenne avec une régularité sur le podium depuis cinq saisons. 

Malgré la reconstruction de l’équipe sur toutes les lignes, vous atteignez l’objectif du début de saison. Le nouveau modèle économique et sportif que vous avez initié un an après votre arrivée tourne-t-il à plein régime aujourd’hui ?

Il y a toujours des choses à améliorer. Nous sommes ambitieux et nous voulons toujours faire mieux. Mais je pense que les résultats de ces cinq dernières années plus deux records mondiaux sur le marché des transferts montrent à tout le monde que notre modèle marche bien.


"Un entraîneur qui a l’intelligence, le courage et la motivation de travailler avec une équipe toujours remaniée, qui reste ambitieux et derrière les décisions de son club, c’est rare."


L’AS Monaco pourra-t-il, à terme, conserver ses meilleurs joueurs et se positionner pour concurrencer le PSG sur la durée ? Ou bien le projet n’y aura pas vocation ?

Nous sommes ambitieux mais réalistes. Être réaliste, ce n’est pas de vouloir concurrencer le PSG sur le long terme. Cela peut arriver comme la saison dernière mais sur le long terme je dirais que c’est impossible. Le président Dmitry Rybolovlev a eu l’intelligence de changer le projet en s’appuyant sur les jeunes, les futurs talents et faire du club une référence dans le développement de stars de demain.

Fabinho et Thomas Lemar, pour ne citer qu’eux, ont donc un bon de sortie cet été ?

Je ne vais pas dire que l’un ou l’autre partira mais que certainement nous aurons des départs. Là, vous parlez de deux très grands joueurs et Thomas Lemar le prouvera à la Coupe du monde. Je regrette que Fabinho n’ait pas aussi été appelé. Ce n’est pas le moment de parler d’un départ de l’un ou de l’autre bien que nous aurons des départs, cela fait partie de notre projet.

Cette saison la lutte pour la 2e place avec les deux Olympiques fut acharnée jusqu’au bout. Diriez-vous que Monaco est en avance par rapport aux projets de ses deux concurrents ?

Il suffit de comparer les résultats sur les cinq dernières années en Ligue 1 mais aussi sur la scène européenne. Nous avons été sacrés champions et nous avons fait une demi-finale de Ligue des champions. Personne n’a fait mieux ces 5 dernières années, pas même Paris. Donc pour moi, c’est clair ! Par contre, il est aussi clair que la concurrence s’intensifie. Lyon s’appuie sur son centre de formation mais aussi sur son nouveau stade qui lui apporte des recettes additionnelles. Marseille est également entré dans un nouveau cycle donc il y a eu une concurrence inédite cette saison. Tant mieux pour le football français !

Vous aviez échangé des mots avec Jean-Michel Aulas la saison passée. Cette saison les déclarations par presses interposées entre les présidents de l’OL et de l’OM ont alimenté la chronique. Est-ce que c'est aussi le signe que la rivalité sportive entre ces 3 équipes s’accentue ?

Oui et je pense que c’est bien d’avoir de la rivalité, c’est le sport. Tant que ça ne dépasse pas les limites et un certain cadre.

C’est vous qui êtes à l’origine de la troisième place directement qualificative en Ligue des champions… L’OL peut vous en remercier aujourd’hui…

C’est vrai que je me suis beaucoup investi auprès des instances européennes pour obtenir pour la France cette amélioration de la réforme. Je suis content que ça profite aux clubs français et à Lyon dans ce cas précis. Mais j’attends encore un coup de fil de Jean-Michel (rires).

Votre influence grandit également dans les instances européennes. Est-ce également une volonté de placer Monaco sur l’échiquier européen ?

Je pense que l’AS Monaco est respectée pour le projet que nous avons mis en place, pour nos résultats et notre travail à tous les niveaux. Je pense que c’est très important de s’investir dans le travail de l’UEFA parce que c’est là que sera défini le football de demain.

Le modèle de construction de l’AS Monaco est différent de celui des équipes de tête en France. Que faut-il améliorer et quels sont les plans d’avenir pour que l’AS Monaco passe un nouveau cap ?

On travaille sur plusieurs sujets. On a acheté le Cercle de Bruges en Belgique et le club va monter en première division. Cela va permettre à nos meilleurs jeunes de grandir dans un championnat fort et dans un club très bien structuré avant de les voir revenir pour, je l’espère, rejoindre l’équipe première de l’AS Monaco. Vraiment, ce projet-là est très important pour nous. Après nous allons bientôt débuter les travaux pour le nouveau centre de performances qui sera l’un des plus modernes en Europe. Ces deux projets comptent beaucoup pour faire grandir le club.

Leonardo Jardim est aussi un des garants les plus importants de cette réussite. Vous avez récemment déclarer vouloir en faire le « Ferguson » de Monaco. Pourquoi est-ce l’entraîneur idéal pour le club ?

À l’époque c’était compliqué et j’avais rencontré plusieurs candidats. Il avait des résultats derrière lui, c’est vrai, mais quand j’ai échangé avec lui j’ai bien senti l’homme et son intelligence. Je me suis dis ok, c’est lui le candidat. Je suis content que la vie m’ait donné raison parce que je suis derrière sa venue à Monaco. Il est idéal parce qu’il s’inscrit dans ce projet. Vraiment, là, c’est devenu son projet. Le notre, celui de notre président, le mien et celui de Leonardo Jardim. Ce n’est pas fait pour tous les entraîneurs, c’est vraiment difficile de voir arriver et partir autant de joueurs. Un entraîneur qui a l’intelligence, le courage et la motivation de travailler avec une équipe toujours remaniée, qui reste ambitieux et derrière les décisions de son club, c’est rare.

La question ne se pose donc pas, il sera l’entraîneur la saison prochaine ?

Oui.

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PS Vadim

Après avoir vendu Kylian Mbappé, les deux buts de Moussa Sylla face à Caen (qui ont redonné la deuxième place à Monaco) ont une valeur symbolique. La réussite du projet du club est-elle dépendante d’une formation et une académie de très haut niveau ?

Le centre de formation, c’est l’ADN de notre club. Il suffit de se rappeler que quand la France a remporté la Coupe du monde en 1998, quatre joueurs en étaient issus (Henry, Trézeguet, Thuram et Petit). On a une tradition qui fait que notre centre de formation est un des meilleurs d’Europe. Après le phénomène Kylian, c’est une grande satisfaction de voir Sylla, Serrano ou N’Doram avant eux sortir de notre centre et il y en a d’autres qui vont suivre.

Quels sont aujourd’hui les moyens que vous allouez à la formation ? Depuis son avènement, Monaco est scruté pour savoir qui sera le "prochain Mbappé"…

Vous serez surpris, on a des petits secrets, des jokers que nous allons sortir quand ce sera le moment.

Pouvons-nous avoir des noms ?

Non (rires).

Une part du projet est également basée sur la post-formation et le recrutement de jeunes joueurs à fort potentiel. Comment Monaco se rend attractif ?

Parce que les jeunes regardent ce que nous faisons. Mis à part les résultats sportifs, ils regardent James Rodriguez, Martial, Mbappé, Ferreira-Carrasco, Bakayoko, Silva… Ils voient que tous partent de Monaco dans les plus grands clubs du monde. Ils pensent qu’en venant ici et en atteignant les objectifs ils pourront aussi partir dans les plus grands clubs. Et c’est ça, l’attractivité. Souvent les gens se trompent, ils disent que c’est pour le business mais non, c’est ça l’attractivité de notre projet : en laisser partir un pour que d’autres puissent suivre.

Pour autant vous refusez l’étiquette du "club tremplin" ?

Bien sûr que non ce n’est pas un club tremplin. Mais on est conscients qu’il y a de plus grands clubs qui font rêver les joueurs et on l’accepte.

Le championnat de France est plus habitué à voir partir ses jeunes talents à l’étranger. Aujourd’hui Monaco parvient à faire l’inverse et à attirer de jeunes joueurs étrangers en France comme Jordi Mboula ou Pietro Pellegri. Le club est-il devenu l’un des plus attractifs d’Europe pour les jeunes ?

Sûrement. Et vous citez les bons exemples parce que ces joueurs auraient pu aller où ils voulaient. Il n’y a pas besoin de bons scouts pour dire que ce sont de très bons jeunes. Il faut simplement être attractifs, présenter le bon projet pour qu’au moment de choisir, le nôtre soit prioritaire.

Peut-on même dire que Monaco est le club le plus attractif d’Europe pour ces jeunes ?

Oui, je pense qu’on peut le dire.

L’arrivée de Michael Emenalo a donné de nouvelles orientations au projet. Vous inspirez-vous de ce qu’a construit Chelsea depuis la mise en place de leur stratégie pour répondre aux exigences du FPF ?

Non on respecte ce qui a été fait à Chelsea mais on ne s’en inspire pas. Par contre, l’arrivée de Michael Emenalo est une grande satisfaction parce que c’est la preuve que Monaco est devenu attractif pour les top dirigeants européens. La première fois que je lui ai parlé, c’était il y a des années, j’avais lancé cette idée et ç’a été un « no go » ! Aujourd’hui c’est devenu réalité et j’en suis très fier. Il a démontré toutes ses qualités au plus haut niveau à Chelsea mais aussi avec l’académie. C’est en grande partie pour ça que je le voulais à Monaco.

Michael Emenalo avait pourtant construit un modèle avec un club satellite et de nombreux prêts de joueurs à Chelsea. En cela il y a tout de même une ressemblance avec ce que vous entreprenez, non ?

Oui et non parce que c’est vrai que Chelsea a un club satellite mais en toute honnêteté, je n’y vois pas une réussite. Ici, on veut réussir avec les prêts de joueurs là où Chelsea ne les a pas vraiment intégrés par la suite à leur équipe première. L’expérience de Michael Emenalo va beaucoup nous servir et je pense qu’on peut faire mieux que Chelsea. Pas au niveau des résultats sportifs mais de l’intégration des jeunes joueurs.

À l’image du transfert de Pietro Pellegri, verra-t-on Monaco investir d'aussi grosses sommes sur les talents les plus prometteurs de demain ?

On suivait Pietro avant l’arrivée de Michael mais c’est vrai que son arrivée m’a aidé pour prendre la décision parce que c’était quand même une somme très importante. C’était déjà une de nos cibles et cela m’a rassuré de voir qu’il avait la même opinion sur le joueur. C’est vrai que les prix du marché ont explosé ces dernières années. Je préfère quand même que ces cas-là restent des exceptions même si on le fera à chaque fois qu’on se sentira à l’aise et confiants. Je pense que nous investirons surtout sur des jeunes joueurs pour moins que ça.

Les différentes strates du projet nécessitent aussi des moyens à la hauteur des ambitions. Où en est la construction du nouveau centre de performances ? 

Les travaux pour le centre de performances débuteront bientôt pour un temps de construction autour de deux ans et demi avec un budget très important d’environ 55 millions d’euros, validé par le président Rybolovlev. C’est un investissement qui s’inscrit dans la durée parce que notre infrastructure est devenue obsolète.  On a des formateurs et des éducateurs de top niveau donc c’est le moment de faire le lien avec la structure.

Si vous deviez faire le portrait-robot du club dans 5 ans, à quoi ressemblerait-il ?

J’aimerai un club qui continue de briller sur les scènes nationale et européenne. J’aimerai voir nos projets avec le Cercle et notre centre de formation porter leurs fruits pour lancer les stars de demain et devenir un club référence pour les jeunes dans la durée. J’aimerai aussi qu’en plus du marché des transferts nous puissions développer d’autres ressources à l’international. Aujourd’hui nous avons une marque exceptionnelle avec Monaco. On s’investit beaucoup en Chine et j’espère que dans quelques années nous verrons les résultats.

Propos recueillis par Julien Quelen, à Monaco. 

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