ENTRETIEN - Thiago Silva : "Seuls ceux qui ont déjà marqué en Coupe du Monde savent ce que ça fait"

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Le défenseur de l'équipe du Brésil est revenu sur son parcours, ce qui l'a forgé en tant que joueur pour Goal, en exclusivité.

Avec son tout nouveau maillot jaune flashy de la Seleçao tout juste sorti de chez Nike, Thiago Silva a répondu à des questions plutôt personnelles. Comment le défenseur du PSG a forgé son caractère, à quoi s'est-il raccroché pendant les moments difficiles, que représente la Seleçao pour lui ? Il s'est livré pour Goal.

Quel est votre plus beau souvenir de foot quand vous étiez petit dans les rues de Rio ?

Thiago Silva : Le premier souvenir qui me vient à l'esprit c'est la Coupe du Monde 94. On avait un duo d'attaque de feu avec Bebeto et Romario. La finale était un moment fort, quand Roberto Baggio a raté le penalty. C'est un souvenir qui fait partie de mon enfance, avec le commentateur qui criait "tetra, tetra". 

Quand vous étiez plus jeune, quel est l'événement qui vous a conforté dans l'idée de que vous étiez fait pour être footballeur professionnel ?

Je me souviens d'avoir joué dans la rue, avec mes amis, parfois pieds nus. Je rentrais à la maison avec des pieds endoloris mais je voulais recommencer le lendemain. La passion nous a permis de continuer de jouer au football. Jouer au milieu de la saleté, dans la poussière, était notre plaisir quotidien. 

Quel a été votre état d'esprit lorsque vous avez été refusé par plusieurs clubs brésiliens ? 

C'était difficile. Beaucoup de clubs m'ont rejeté. Quand j'étais jeune, j'ai pensé à abandonner, parce que beaucoup de personnes vous poussent à penser comme ça. Une fois, après un énième refus de club, j'avais décidé de ne plus jamais jouer au football. Ma mère et mon frère m'ont parlé, m'ont conseillé de ne pas baisser les bras, de continuer à me battre parce que si je ne réussissais pas dans ces clubs, je réussirais dans d'autres. Et que je ne devais laisser personne me dire que je n'étais pas capable d'être un bon joueur. Le jour d'après j'étais reparti dans la quête de mon rêve. 

Qu'est ce que ça vous a fait de quitter votre Brésil natal pour l'Europe ? 

J'ai connu des sentiments mitigés : de la satisfaction et de la peur. Un peu effrayé à l'idée d'arriver dans un nouveau pays. Ma première expérience à l'étranger c'était au Portugal et même si je parlais la même langue, j'avais un peu peur de me retrouver seul, je ne connaissais personne. Mais c'est aussi bon de savoir que j'ai réussi à faire le job. Tout le monde sait que les meilleurs joueurs sont en Europe et n'importe quel joueur rêve de jouer pour un grand club d'Europe. Je suis reconnaissant de tout ce qui m'est arrivé pendant ma carrière. 

Vous avez connu des moments difficiles dans votre carrière, comme l'épisode de la Tuberculose ou cet échec aux essais de Flamengo, à quoi vous êtes-vous raccroché dans ces moments-là ? 

La chose la plus importante c'est la foi. Sans Dieu personne ne serait capable de sortir de son lit à la recherche de meilleurs jours. Tout passe par lui mais si vous ne croyez pas, alors rien ne fonctionne. Ma foi m'a beaucoup aidé pendant ma maladie. Le médecin a dit que je devais me faire opérer d'un de mes poumons et que je ne pourrais plus jamais jouer au football. Mais nous avions tous la foi : moi, mon manager, mon entraineur à cette époque Ivo Wortmann, qui, selon ma mère était mon ange gardien. Alors je suis reparti au Portugal et un autre médecin a dit que je pouvais rejouer finalement. J'ai eu une période difficile entre les médicaments et la convalescence, mais je savais que tout s'arrangerait. 

HD Neymar Thiago Silva

Quel a été votre moment le plus difficile, celui qui vous a forgé ? 

On en a connu des moments difficiles mais je pense que le plus dur a été la fois où on est rentré à la maison un jour d'orage. Je devais avoir sept ou huit ans. On avait l'impression d'être toujours dehors parce que la pluie et la tempête avaient arraché notre toit. Tout ce qu'on avait durement gagné était perdu. Cette inondation avait tout pris. C'était pour moi une grande motivation pour donner le meilleur à ma famille. Ensuite, quand je suis devenu professionnel, l'épisode le plus difficile a été mon combat contre la Tuberculose. 

Finalement on vous surnomme "O Monstro" et vous avez été un pilier dans tous les clubs par lesquels vous êtes passés et la Seleçao. C'est ce qu'on appelle une revanche ? 

J'ai essayé de donner le meilleur de moi-même dans tous les clubs dans lesquels je suis passé, d'être le plus professionnel possible. Je pense que je mérite d'avoir de bonnes relations avec mes clubs et leurs dirigeants. J'essaie de garder contact avec chacun d'eux parce qu'il est difficile de trouver de vraies amitiés. Heureusement je parle encore à certains dirigeants comme celui de Milan, Adriano Galliani. Il n'est plus au Milan aujourd'hui mais on se parle encore. On se souhaite les anniversaires, les choses comme ça, j'apprécie beaucoup. 

Quel a été votre sentiment quand vous avez porté le maillot de l'équipe nationale pour la première fois ? 

C'est différent. Un moment unique. Tous les joueurs n'ont pas la possibilité de porter ce maillot. Beaucoup ont néanmoins le talent de jouer avec la Seleçao, ce qui rend la concurrence encore plus rude, alors on a le devoir de faire quelque chose d'extraordinaire en portant ce maillot. Il y a une histoire, une responsabilité par rapport à ces cinq étoiles. Il faut donner le maximum pour les 200 millions de Brésiliens derrière nous. Chaque jour on surpasse nos limites pour l'honorer. 

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Quel saveur cela a de marquer en Coupe du Monde, surtout pour un défenseur ? 

C'est un sentiment de plaisir intense et de fierté de pouvoir marquer un but pendant une Coupe du Monde. Seuls ceux qui l'ont déjà fait savent quelle sensation ça fait. C'est aussi particulier de marquer dans son propre pays, avec son peuple tout autour. Ce n'était pas le plus beau but (il a marqué face à la Colombie en quarts de finale de Coupe du Monde 2014, ndlr) mais cette sensation quand tu vois le ballon rentrer dans les filets... Je ne pensais qu'à une chose "C'est le Brésil, c'est le Brésil". Je suis toujours ému quand je le vois ce but, même aujourd'hui. C'est un moment unique dans n'importe quelle carrière de joueurs. 

Comment, personnellement, vous abordez cette Coupe du Monde ? 

Tous les jours tu apprends quelque chose de nouveau. Professionnellement, personnellement et même émotionnellement parce que l'aspect émotionnel est très important. On essaie à de nombreuses reprises de le changer mais on ne peut pas au final. Me concernant, je ne veux pas le changer, je préfère que tout arrive naturellement. Des choses arrivent, bonnes ou mauvaises, mais naturellement. On doit apprendre que tout le monde ne mérite pas nos larmes, qu'on doit faire ce qui nous semble juste, même si on se moque de nous. Je change rarement d'opinion sur ce en quoi je crois, mais on a appris énormément après ce qui s'est passé en 2014. J'espère que 2018 sera différent pour moi, pour toute l'équipe nationale. Notre but final est d'être champions du monde, mais le chemin est long et il faut jouer cette compétition de la meilleure manière qu'il soit pour finir par notre objectif : gagner le trophée. 

Propos recueillis par Sabrina Belalmi

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