ENTRETIEN - Sakina Karchaoui : "Sur le terrain, on ne parle pas d'atout charme, il faut être une guerrière"

Sakina Karchaoui France
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L'arrière gauche de l'équipe de France se confie à Goal avant les deux prochains matches des Bleues, contre le Japon (04/04) et le Danemark (08/04).

Elle est l'arrière gauche et l'atout charme de l'équipe de France féminine. C'est du moins l'étiquette qui lui a été collée ces dernières années. Une image que Sakina Karchaoui (23 ans) prend positivement tout en sachant qu'elle se doit avant tout de répondre présente sur le terrain. Mardi à Clairefontaine, Goal a rencontré la défenseure de Montpellier, qui pourrait bien disputer sa première Coupe du monde avec les A en France l'été prochain (du 7 juin au 7 juillet).

La Coupe du monde approche de semaine en semaine, dans quel état d'esprit êtes-vous à trois mois du début du tournoi ?

Sakina Karchaoui : J'y pense sans y penser. Il y a encore des choses qui peuvent arriver et je dois d'abord penser à bien finir le championnat avec Montpellier, sans blessure. C'est important. Après, on verra la liste et on se projettera sur la Coupe du monde.

Se dire qu'on est en passe de disputer sa première Coupe du monde, ça représente quoi ?

J'ai eu un petit aperçu avec les plus jeunes, mais ça n'avait pas le même impact. On en parlait beaucoup moins. En France, ça va être quelque chose de grand. On le sait toutes. Mais ça ne doit pas nous mettre la pression. Au contraire, ça doit être une bonne pression. Il va falloir être performantes et aller au bout, on l'espère.

Sentez-vous que l'engouement autour de l'équipe monte au fil des semaines ?

Oui, je le ressens quand même. Plus les semaines avancent, plus les médias s'intéressent à nous. C'est une Coupe du monde en France. Ce sera à coup sûr la seule que je jouerai dans mon pays. La prochaine Coupe du monde en France, qu'on se le dise, ce sera sûrement dans 40 ans. J'espère que j'aurai arrêté d'ici là (rires). On va vivre quelque chose de grand. Mais il faut rester tranquille, sans pression, et avancer étape par étape.

Le fait que votre première Coupe du monde puisse se jouer en France rajoute sûrement un peu de magie.

Clairement. C'est chez nous, à la maison. Nos proches pourront venir presque à tous les matches. La France s'intéresse aussi au football féminin. Le public va suivre cette compétition et on voudra être performantes pour eux, en faisant en sorte qu'ils prennent du plaisir.

Que vous disent vos proches justement à l'approche de cette Coupe du monde ?

D'eux-mêmes ils me disent que je ne suis pas encore à la Coupe du monde, qu'on ne sait pas de quoi est fait demain. Dans le football, ça peut aller vite. Du coup, on essaye de ne pas trop en parler et je pense que c'est la meilleure solution.


"J'ai toujours été exigeante avec moi-même, et je le suis encore plus aujourd'hui"


Comme vous, ils ont fait des sacrifices pour que vous en arriviez-là. Retrace-t-on son parcours dans ces moments-là, en se rappelant les épreuves qu'on a pu traverser ?

Il a fallu faire des concessions, c'est sûr. À 12 ans, je suis partie de chez moi. J'ai fait deux années en famille d'accueil à Montpellier. C'étaient deux années très compliquées, seule, loin de ma famille, et pour une jeune fille de 12 ans ce n'est pas banal. Dans ces cas-là, même si la famille n'est pas loin, on essaye de s'autoconstruire. J'ai essayé de le faire en avançant avec Montpellier et les équipes de France jeunes, jusqu'à arriver en A. C'était parfois long, difficile. C'était compliqué pour tout le monde, mais ce sont de bonnes concessions. Et aujourd'hui, comme je leur ai dit, c'est la fin d'une première étape, mais surtout le commencement d'une autre.

En 2017, vous avez été élue meilleure espoir de D1. Comment jugez-vous votre évolution depuis ?

Ce trophée est venu récompenser mon travail en club et en équipe de France. Depuis, j'essaye de ne pas changer. Je tente juste de rectifier certaines erreurs que je pouvais faire par le passé, de me nourrir des grandes compétitions que je peux jouer, comme la Ligue des champions et peut-être la Coupe du monde. En un sens, je grandis.

Êtes-vous plus exigeante avec vous-même ?

J'ai toujours été exigeante avec moi-même. Je le suis encore plus aujourd'hui, et je pense que c'est ce qui me permettra d'avancer.

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PS Sakina Karchaoui

Avez-vous senti un changement autour de votre image ? Essayez-vous par exemple de vous démarquer de cette image de "l'atout charme des Bleues" qu'on vous a collé ces dernières années ?

Je ne veux pas m'en séparer, mais j'essaye de faire la part des choses, dans le sens où c'est flatteur d'entendre ça. C'est gentil et je les remercie. Mais après, sur le terrain, je ne pense pas qu'on parle d'atout charme. Il faut être une guerrière, montrer du caractère pour ne pas se faire marcher dessus et si je peux cumuler les deux c'est tant mieux.

Vous êtes en concurrence directe avec Amel Majri en sélection. Que vous apporte-t-elle et de quelle manière arrivez-vous à vous tirer vers le haut ?

Avec Amel, on a beaucoup joué ensemble. Elle surtout au milieu, et moi derrière. La coache nous met en concurrence cette fois-ci, mais c'est une concurrence saine. Amel est une très bonne amie dans la vie. Dès qu'une de nous deux a un problème on est là l'une pour l'autre. Mais il ne faut pas oublier qu'on est ici pour jouer. Elle le sait autant que moi, chacune veut la place de titulaire, et on donnera tout pour être sur le terrain.


"On n'a pas fait toutes ces concessions pour s'arrêter en si bon chemin"


L'absence de Marie-Antoinette Katoto est l'une des surprises du rassemblement sachant qu'elle est la meilleure buteuse du championnat de France. Comment le groupe a-t-il réagi à son absence ?

Marie, c'est une buteuse. Comme vous l'avez dit, c'est celle qui a marqué le plus de buts dans le championnat de France cette saison. Mais la sélectionneure fait ses choix, ça doit rester entre elles et ça ne me regarde pas.

Avez-vous le sentiment que par ce choix la sélectionneure envoie un message ? À savoir qu'il faut rester concernées, sérieuses, impliquées, en faisant les efforts ensemble.

Je ne sais pas si elle envoie un message, mais ce qui est sûr c'est que si on n'est pas dans la liste une fois, deux fois ou trois fois, il ne faut pas lâcher. Il faut continuer à travailler. On n'a pas fait toutes ces concessions pour s'arrêter en si bon chemin. Il faut persévérer.

Corinne Diacre fait souvent des rappels à la rigueur. Elle n'hésite pas à le faire savoir quand elle estime que l'implication n'est pas optimale. Vous êtes-vous déjà sentie visée ?

Je pense qu'on s'est toutes déjà senties visées. On est toutes passées par là. Quand on fait un dribble en trop ou qu'on porte trop le ballon, la coache est là pour nous taper sur les doigts. C'est quelqu'un qui met beaucoup de rigueur, et pour moi elle a raison. C'est essentiel pour faire de bonnes performances et avoir des résultats. C'est son mode de travail et je pense qu'il nous correspond à toutes. Il faut accepter les critiques, être à l'écoute, être attentives et répondre à ses demandes.

Que reste-t-il à travailler afin d'être prêtes pour la grande compétition qui vous attend ?

On a déjà beaucoup progressé depuis l'arrivée de la coache. Il faut continuer dans cette logique, avec de la rigueur, de la persévérance, continuer à parfaire les automatismes. On travaille beaucoup et on espère avoir une belle récompense à la fin.

Propos recueillis par Benjamin Quarez, à Clairefontaine.

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