ENTRETIEN - Philippe Hinschberger (Grenoble) : "Je me voyais terminer à Metz, mon club de cœur"

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EXCLU GOAL - L'ancien entraîneur du FC Metz, aujourd'hui 5e de Ligue 2 avec Grenoble, revient sur ses années messines avant les retrouvailles samedi.

C'est avec son punch habituel que Philippe Hinschberger a décroché son téléphone. Très satisfait du premier tiers de saison réalisé par son équipe, l'ancien entraîneur du FC Metz s'est longuement confié à Goal avant les retrouvailles samedi au Stade des Alpes (14h), sur une pelouse hybride. Un nouveau défi pour le GF38, et un match particulier pour le technicien, qui a fait toute sa carrière de joueur professionnel chez les Grenats avant d'en devenir l'entraîneur.

Comment jugez-vous votre travail à Grenoble jusqu'ici ?

Philippe Hinschberger : C'est très positif. Le club est dans un élan sympathique, avec deux montées d'affilée. Ma grosse crainte en arrivant ici, c'était que les gens se soient habitués à gagner beaucoup de matches, et qu'en Ligue 2 ce soit plus compliqué. Quand on voit Metz, Lens, Brest, Troyes, Sochaux, Auxerre, Nancy, et j'en passe et des meilleurs... Il y a beaucoup de grosses équipes. Mais on s'est mis au niveau très rapidement. Je ne vais pas vous dire qu'on est en avance sur notre tableau de marche parce qu'on en n'a pas fait. Mais être aux alentours de 30 points à l'approche de la trêve, c'est très intéressant.

Votre arrivée a fait beaucoup de bruit car le club devait gérer le départ d'Olivier Guégan. Cette médiatisation forte du conflit qui opposait votre prédecesseur au GF38 vous a-t-elle agacée ?

Pas du tout. J'ai été contacté très tard par Max Marty [manager général du GF38]. Le Président [Stéphane Rosnoblet] avait décidé de se séparer d'Olivier Guégan. Je ne suis pas là pour discuter ses choix. C'est malheureux pour Olivier qui a fait monter le club. Mais vous savez, dans un club il faut que toutes les planètes soient alignées et je pense qu'elles ne l'étaient plus tout simplement. 

Les joueurs avaient écrit une lettre appelant au maintien d'Olivier Guégan. Avez-vous craint que votre aventure ne démarre pas du bon pied ?

Au départ, beaucoup de gens m'ont dit : "mais dans quel merdier vas-tu te mettre ?". Mais quand je suis arrivé, aucun joueur n'a pensé que j'avais manigancé quelque chose. J'étais le premier surpris... Je suis arrivé sans arrière pensée, et dès la première seconde où j'ai croisé les joueurs, que je leur ai serré la main, je n'ai vu ni méfiance, ni animosité. Simplement un petit peu d'incompréhension par rapport à la situation. J'ai aussi une capacité à vite me faire adopter, entre guillemets. Je ne joue pas là-dessus, ça fait partie de moi. Et dès le lendemain, les joueurs se sont mis au diapason.

Une vidéo de votre bizutage avait circulé. On vous voyait jouer de la guitare et le premier contact semblait bon effectivement.

On était en stage, et ce sont les joueurs qui ont voulu qu'on chante, comme le font les nouvelles recrues. Je ne me suis pas dégonflé. D'autant que je l'avais déjà fait à Metz. Mais quitte à chanter, j'aime autant avoir une guitare. Du coup, le patron m'en a passé une. Ça s'est fait comme ça. J'ai un talent minime pour adapter les chansons à une situation. Je l'ai fait à mon mariage, au mariage d'un pote ou à l'anniversaire de mes parents. J'adore !

Aujourd'hui, vous avez sûrement envie de remercier les joueurs qui vous apportent la meilleure des réponses en enchaînant les résultats positifs.

Bien sûr, parce que la guitare, c'est sympa, mais derrière il y a le travail qu'on peut faire au quotidien. Il y a aussi le langage qu'on a pu avoir avec les joueurs, ce qu'on a mis en place avec mon staff, et mon adjoint Francis De Percin. Grenoble est une équipe batailleuse, agressive, qui figure dans les meilleures défenses de son championnat depuis trois ans. Par contre, dans l'utilisation du ballon, il a fallu mettre un peu de calme là-dedans. Aujourd'hui, je trouve qu'on est capable de développer un football plaisant, et c'est plutôt sympathique. En Ligue 2, on ne peut pas faire que courir et bien défendre. Ça ne suffit pas, et je crois que les joueurs ont été réceptifs à ça.


"Notre 5e place n'est pas le fruit du hasard"


Le week-end dernier, vous avez prouvé que vous pouviez tenir tête à l'un des favoris du championnat (le RC Lens) après avoir perdu contre Lorient ou Brest notamment. Ça aussi, c'est une belle satisfaction.

On voulait faire quelque chose là-bas, et on a prouvé qu'on en était capable. Même si je pense que l'absence de Mesloub nous a aidé parce qu'il est très important dans leur animation offensive. À Lorient, on avait perdu 1-0 sur un but d'Alexis Claude-Maurice. Un joueur de talent. Mais je n'oublie pas qu'à la 30e, leur gardien [Illan Meslier] aurait dû se faire expulser. Contre Brest, chez nous, on prend deux buts foireux. Avec mon gardien dans le meilleur de sa forme, on n'aurait pas pris ces buts-là, d'autant plus que le premier est entaché de trois fautes d'affilée. On avait un peu les boules. Ceci étant, on a envie de bien figurer contre les ténors du championnat pour montrer que notre 5e place n'est pas le fruit du hasard.

Samedi, vous allez avoir l'occasion de confirmer en recevant le leader messin.

Oui, voilà. Il ne reste que quatre matches d'ici la fin de l'année. Si on a la bonne idée d'en gagner un ou deux, on va se retrouver en bonne position pour la deuxième partie du championnat. Tout le monde nous parle de montée ou des playoffs. On n'en est pas là, mais si on bascule avec 30 points ou plus, ça nous donnera une deuxième partie de saison excitante. Et comme mes joueurs sont des compétiteurs et que l'appétit vient en mangeant, aujourd'hui on n'a plus envie de leur parler de la 12e ou de la 15e place.

Ce sera un match particulier pour vous, même si vous avez déjà affronté le FC Metz cette saison.

[Il reprend] C'était en Coupe de la Ligue. On avait perdu sur deux penalties (2-1).

Que représente ce club dans lequel vous avez joué de nombreuses années avant d'en devenir le coach ?

Beaucoup de choses. Le FC Metz, c'est le club qui m'a permis de faire ma carrière professionnelle en tant que joueur. J'ai disputé quasiment 500 matches. J'ai été capitaine pendant cinq ans, j'ai gagné deux Coupes de France. Il y a un lien fort entre ce club et moi. Quand il y a trois ans, je me suis retrouvé à la tête de l'équipe en Ligue 2, je me suis pincé. Et franchement, je me voyais terminer mes trois, quatre ou cinq dernières années là-bas. Malheureusement, ce n'est pas ce qui s'est passé.

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PS Hinschberger

C'est aussi le club qui vous a permis d'entraîner pour la première fois en Ligue 1, à 57 ans.

C'est un joli clin d'œil. Je remercie le Président [Bernard Serin] de m'avoir fait confiance, d'autant que dans la foulée de la montée, on a maintenu le club en finissant 14e. Les grincheux qui pensaient qu'on était mal classés ont compris l'année dernière que c'était très difficile. Depuis 13 ans, le club n'avait pas fait deux saisons de suite en Ligue 1. J'étais content que ça soit arrivé sous mes ordres. Quand j'étais l'entraîneur, le club a aussi vendu pour près de 30 millions d'euros en deux ans. Sincèrement, excepté le début de saison dernière, où on a perdu 9 matches sur 10, un peu comme Guingamp cette année, je garde de très bons souvenirs de cette parenthèse de deux ans à la tête de mon club de cœur. J'espère quand même avoir le plaisir de les battre samedi, mais ce sera une autre paire de manches.

Des choses ont-elles changé depuis le match en Coupe de la Ligue ?

Chez qui ? Nous ?

Oui, au sein de l'équipe grenobloise.

Je ne sais pas trop. On a des temps forts, des temps faibles, comme tout le monde. Mais peut-être gère-t-on un peu mieux les temps faibles maintenant. Notre défense s'est stabilisée, notamment au niveau de la charnière centrale. Spano et Vandenabeele sont très complémentaires. On a un très bon gardien, Brice Maubleu, qui est le meilleur gardien que j'ai eu à diriger. On n'a pas pris de buts depuis trois matches [en Ligue 2], et ça permet d'avancer après une période durant laquelle on a encaissé plus de buts. On n'a pas la marge de manœuvre du Paris Saint-Germain. On n'est pas capable de mettre 4, 5 ou 6 buts par match. Il faut qu'on fasse attention sur le plan défensif. Aujourd'hui, on gère un peu mieux nos matches. Je pense notamment à celui contre Ajaccio. Il faut s'inspirer de ça.


"Brice Maubleu, le meilleur gardien que j'ai eu à diriger"


Devant, Florian Sotoca fait fructifier ce travail défensif. Il a marqué 4 des 6 derniers buts de votre équipe en Ligue 2. Comment jugez-vous son premier tiers de saison ?

Quand on sait que ce n'est pas vraiment son poste, on se doit de lui tirer un grand coup de chapeau. C'est un garçon qui a de belles qualités. Il ne lui manque que la vitesse. Il joue les ballons aériens, il dévie de la tête. Il peut garder les ballons, va dans l'espace, coupe les trajectoires. Vous le mettez sur un côté, il défend, il attaque. Vous le mettez devant, pareil. Que dire de plus ? Mes joueurs ne se prennent pas pour d'autres, et Flo est à l'image de l'équipe. Il s'entraîne dur et se retrouve récompensé de tous ses efforts aujourd'hui. C'est une belle trajectoire, d'autant qu'il n'a signé son premier contrat professionnel qu'à 27 ans.

Il prouve ainsi que même s'il était hors-circuit à un moment donné, il avait un coup à jouer.

Exactement. Et ce n'est pas le seul dans ce cas. Lui comme d'autres prouvent surtout qu'ils ont fait le bon choix en allant en CFA, à Grenoble.

Florian Sotoca est d'ailleurs le joueur de Ligue 2 qui a remporté le plus de duels aériens cette saison (113).

Oui, je sais. Avant le match de Lens, c'était aussi celui qui avait le plus tiré au but. Il est grand, il est malin, il a un bon timing. C'est un mec du Midi, donc il aime bien se faire chatouiller. Pour nous, c'est un apport important, notamment sur les relances longues de notre gardien.

Vous en parliez un petit peu tout à l'heure... Ne pensez-vous pas qu'il y aura mieux qu'un maintien à aller chercher cette saison ?

Déjà, j'espère que les 3/4 du maintien seront acquis au mercato, et qu'après on pourra jouer la deuxième partie de saison l'esprit posé. Paradoxalement, je ressens un peu de nervosité chez mes joueurs lors des entames de match. Les garçons ont envie de faire mieux et c'est le discours que je leur tiens. On n'a aucune raison de jouer avec le frein à main. On fera les comptes à la fin, mais si on arrive avec 9 ou 10 victoires à la trêve, ce serait déjà énorme. J'en avais moins avec Metz.

Vous avez cité le mot magique : le mercato. Pensez-vous qu'il y aura du mouvement à Grenoble cet hiver ?

Des garçons peuvent avoir envie de partir, parce qu'ils manquent de temps de jeu et qu'on doit équilibrer l'effectif. Mais l'équipe est solide et solidaire. J'ai du monde un peu partout et les habituels remplaçants comme Delétraz et Dady Ngoy, par exemple, ont prouvé qu'ils étaient capables d'assurer.

Vous ne voulez donc pas tout chambouler pour ne pas risquer de casser la bonne dynamique certainement.

Il faut être très attentif à ça, oui. Il y a déjà eu un chamboulement important en début de saison. Ce n'est peut-être pas la peine d'en rajouter. Moi, j'aime travailler avec un effectif réduit. Du coup, je vous le dis sincèrement, s'il y a un ou deux départs, ça ne sera pas un problème. On va surtout écouter nos joueurs. Et on restera attentif devant parce que si Sotoka se blesse, on serait un peu embêté, d'autant que Boussaha et Belvito sont blessés. On doit se voir avec Max Marty et le staff pour en parler. 

Propos recueillis par Benjamin Quarez

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