ENTRETIEN - Ottman Dadoune (Quevilly-Rouen) : "Ma force, c'est le mental"

Ottman Dadoune QRM
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Dans l'ombre de son partenaire et meilleur buteur de N1 Andrew Jung (14), l'attaquant Ottman Dadoune cartonne lui aussi avec Quevilly-Rouen.

Il n'est pas le plus médiatisé. Et pourtant, Ottman Dadoune (26 ans) est un attaquant qui marque et fait marquer Quevilly-Rouen, leader du National avant de recevoir le Red Star ce vendredi (18h30). Dans l'ombre de son compère et meilleur buteur du championnat Andrew Jung (14), l'ancien attaquant de Chambly a déjà trouvé le chemin des filets à sept reprises. Il a marqué lors de trois de ses quatre derniers matches, donnant raison au club normand de l'avoir recruté l'été dernier.

Si QRM est la meilleure attaque de N1 (27 buts), c'est en partie grâce à Ottman Dadoune. Un joueur au cursus peu commun puisqu'il n'a pas fait de centre de formation. Il a d'abord travaillé dans la maintenance des ascenseurs, puis il a intégré l'entreprise de maçonnerie-charpente de son oncle avec lequel il bossait encore il y a trois ans. Ses parents n'étaient pas forcément favorables à ce qu'il devienne footballeur au départ. Aujourd'hui, il les rend fiers et espère continuer sur cette voie à l'avenir.

Dans quel état d'esprit abordez-vous le choc face au Red Star, qui n'est qu'à deux points de vous au classement ?

Ottman Dadoune : On reste sur cinq victoires consécutives. Ce sera un match de haut de tableau, peut-être pas déterminant pour la suite, mais qui doit nous permettre de confirmer notre bonne dynamique. Ce serait bien de finir l'année sur une victoire pour aborder la trêve en tête du classement.

Parlez-vous de Ligue 2 dans le vestiaire ?

On ne parle pas de montée entre nous même si on est des compétiteurs et j'espère que c'est dans les têtes de tout le monde. Le mot d'ordre, c'est de rester dans le bon wagon et d'enchaîner les bons résultats. On fera les comptes à la fin. Aujourd'hui, c'est beaucoup trop tôt pour dire qu'on veut ou qu'on va monter.

« Avec Andrew Jung ça a matché et maintenant on forme un super binôme »

Comment s'explique la réussite de votre duo avec Andrew Jung ?

Humainement, ça a matché. Je me suis toujours bien entendu avec mes partenaires d'attaque, et là avec Andrew ça s'est fait tout seul. On a un profil similaire, on s'est trouvés des points communs sur et en dehors du terrain. Il a fallu quelques matches pour trouver les automatismes et maintenant on forme un super binôme. Il est capable de me faire marquer, moi de le faire marquer. Il me libère des espaces, moi aussi. On est un duo très complémentaire et il faut continuer.

Votre équipe n'est-elle pas trop dépendante de ce duo ?

Je ne pense pas. Il est clair que j'ai besoin de lui, qu'il a besoin de moi et que l'équipe a besoin de nous. Mais on a d'autres ressources. Nos ailiers sont capables de faire des différences, ils l'ont déjà montré. Nos défenseurs ont déjà marqué aussi. On n'a pas laissé beaucoup de buts depuis le début de la saison, mais si on marque c'est parce que l'équipe fait un gros travail et nous alimente en ballons. Si je suis amené à ne pas jouer, Andrew s'en sortira. Et si c'est Andrew qui ne joue pas, ce sera différent mais on s'en sortira aussi. On ne peut pas partir sur une saison et se dire qu'on va jouer 35 matches avec Ottman et Andrew. Parfois, il y a des imprévus et il faut s'adapter.

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PS Dadoune

Quelle est la part de responsabilité de l'entraîneur Bruno Irles dans la réussite de QRM aujourd'hui ?

Il a tout le mérite de cette réussite. Ma réponse peut sembler facile, mais c'est vrai. Il a changé 95% de l'équipe à son arrivée, il a bien ciblé ses recrues et savait où il voulait aller. Quand il m'a appelé, j'ai eu la sensation qu'il me connaissait déjà et je pense que c'était pareil pour les autres recrues. L'intégration s'est faite facilement, il nous a expliqué sa vision du foot et même si on a démarré la saison par une défaite, la mayonnaise a pris rapidement. Il apporte sa sérénité, son envie de toujours mieux faire, de se surpasser, et c'est un plaisir de travailler avec un coach comme lui au quotidien.

« La saison dernière, j'avais l'impression d'être télécommandé. Ce n'était pas mon football »

Avec Alain Pochat à Villefranche, vous ne jouiez pas dans le même registre. Qu'est-ce qui change à QRM ?

C'est totalement l'opposé. À Villefranche, la saison dernière, je déjouais. J'avais l'impression d'être télécommandé. Je jouais presque n°10, parfois je me demandais si je n'endossais pas le rôle d'un n°6. C'était compliqué pour moi, ce n'était pas mon football. La confiance n'était pas là, je ne prenais pas de plaisir, et aujourd'hui le coach m'apporte cette confiance dont j'avais besoin pour mieux m'exprimer. J'adhère à son plan de jeu, il me laisse plus libre et ça se ressent dans les chiffres puisque j'ai déjà marqué à sept reprises. C'est déjà plus qu'avec Villefranche où je n'avais mis que quatre buts, ou avec Chambly où j'avais marqué six fois mais j'étais souvent remplaçant. Cette saison, on me voit dans le jeu, je prends plaisir aussi à aider l'équipe à défendre. J'aime me battre pour mes coéquipiers, et encore plus quand j'arrive à être décisif.

Vous avez l'impression d'avoir passé un cap ?

Bien sûr. Mon entourage me voit progresser, et moi aussi. J'ai passé un cap dans le contenu de mes matches, je suis plus décisif, j'apporte un plus à l'équipe.

Quelle est votre principale force ?

Ma force, c'est le mental. Je n'ai pas le cursus habituel d'un footballeur. Je n'ai pas fait de centre de formation et je sais que je dois redoubler d'efforts pour montrer de quoi je suis capable et monter là-haut. Il y a eu des moments durs, des moments où je me suis demandé qui allait venir me chercher, mais je n'ai jamais lâché. J'ai fait de grosses journées en enchaînant le travail avec mon oncle et le football. Je me suis servi du mental de mon oncle sur les chantiers, de l'éducation de mes parents aussi, et aujourd'hui je me dis que ça a payé. Si certains baissent plus vite les bras, ce n'est pas mon cas. J'ai faim d'apprendre, de progresser. J'ai faim de foot tout simplement.

Propos recueillis par Benjamin Quarez

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