ENTRETIEN - Landry Bonnefoi (Dudelange) : "Jouer à San Siro va me rappeler mes années à la Juve"

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Arrivé à Dudelange cet été, le gardien Landry Bonnefoi va retrouver l'Italie ce jeudi en Ligue Europa, plus de 10 ans après son départ de la Juventus.

EXCLUSIF - Resté cinq ans à la Juventus au début des années 2000, le gardien Landry Bonnefoi (35 ans) va retrouver San Siro avec le club luxembourgeois de Dudelange ce jeudi en Ligue Europa (18h55). Avant ce grand rendez-vous européen, l'ancien Strasbourgeois s'est confié à Goal. Il explique les raisons de son départ du Racing et revient sur ses années turinoises qui lui ont permis de côtoyer de grands joueurs, et notamment Gianluigi Buffon.

Vous avez disputé les deux derniers matches de Ligue Europa contre l'Olympiakos, va-t-on vous voir sur le terrain à Milan ?

Landry Bonnefoi : Il y a de grandes chances que je sois titulaire. Le coach me fait confiance. Au départ, il estimait que je n'étais pas forcément prêt. Du coup, il a attendu le bon moment pour m'aligner. Et aujourd'hui, tout va bien.

La situation est à double tranchant, puisque vous découvrez la Coupe d'Europe, mais la Fédération luxembourgeoise ne vous autorise pas à jouer en championnat. Comment vivez-vous cela ?

C'est un peu compliqué parce que j'aimerais jouer en championnat. Mais je savais qu'en signant à Dudelange, ça allait être compliqué, même si les dirigeants m'avaient dit qu'ils allaient faire le nécessaire pour que je sois qualifié. La Fédération luxembourgeoise en a décidément autrement. Je ne peux pas figurer sur les feuilles de match en championnat et en Coupe du Luxembourg. Du coup, je garde mon énergie pour la Coupe d'Europe, en espérant que ma situation soit réglée pour que je puisse jouer d'ici février.

Strasbourg souhaitait vous prolonger. Pourquoi ne pas avoir continué l'aventure là-bas ?  

J'étais très bien à Strasbourg, mais on ne me proposait qu'un poste de n°3. J'ai accepté ce rôle pendant une année, et je ne me voyais pas repartir comme troisième gardien. J'avais envie de jouer, de retrouver les terrains, et d'être plus important dans un groupe. On a discuté, j'ai fait ce choix. Mais ça n'a rien à voir avec Strasbourg.

Pourquoi ne pas avoir signé en France ? Laval s'était positionné notamment.

Il y a eu Laval et d'autres clubs. Mais j'ai toujours été le deuxième voire le troisième choix. Là, en jouant l'Europa League, je peux montrer ce que je vaux. Et même si j'ai pris des buts, j'ai quand même fait des bons matches dans l'ensemble. Je peux montrer que je ne méritais pas seulement d'être un second choix.

En voulez-vous à certaines personnes ?

Je n'en veux à personne, mais si j'ai pu changer un peu la vision qu'on peut avoir de moi, c'est très bien.


"Un nul à Milan serait déjà un bel exploit"


Comment arrivez-vous, sans jouer en championnat, à être important à Dudelange ? Avez-vous eu des difficultés à faire votre place ?

Pas vraiment. Je me suis vite intégré. Mes coéquipiers m'ont très bien accueilli. Les oppositions à l'entraînement ont aussi eu des conséquences positives parce qu'ils ne me connaissaient pas, et moi non plus. On a beaucoup discuté, de ma carrière et de la leur. Tout ça m'a permis de bien m'adapter et de m'intégrer facilement.

Vous allez jouer à San Siro, sûrement en tant que titulaire. C'est un petit peu un rêve de gosse qui se réalise, non ?

Je connais San Siro. Je me suis entraîné là-bas, j'ai été tout près du terrain quand j'étais troisième gardien à la Juve. Bien sûr que c'est un rêve qui arrive sur le tard. Si on m'avait dit il y a deux ans que j'allais jouer l'Europa League, je ne l'aurais jamais cru. Ça me fait énormément plaisir. On va profiter de ces moments pour garder de bons souvenirs.

PS Bonnefoi

À Dudelange, votre équipe joue dans des stades avec parfois 200 à 300 spectateurs. Là, pour le coup, ça va être une toute autre atmosphère. Comment l'équipe va-t-elle gérer cette presion ?

On a connu ça au Bétis, même si c'était plus des spectateurs que des supporters. On a aussi connu ça à l'Olympiakos où il y avait de vrais supporters qui poussaient énormément. On joue au foot pour ce genre d'ambiances. C'est magnifique de jouer dans des stades comme ça. Moi, ça me transcende. Il va falloir faire abstraction de tout qui se passe autour, jouer notre jeu, et on verra ce qui se passera à la fin.

Les ambiances luxembourgeoises, ça doit vous faire drôle. Surtout pour vous qui avez connu La Meinau.

C'est vrai que ça fait bizarre. Mais c'est comme ça. À Strasbourg, le stade est pratiquement complet à chaque match. Ça fait beaucoup de bruit, il y a de l'ambiance. Et quand on se retrouve dans un stade à moitié vide, c'est dur au début. Mais au final, on s'y fait.

Avec zéro point en quatre journées, Dudelange est déjà éliminé. De votre côté, vous avez encaissé sept buts en deux sorties. Quel est l'objectif sur un match comme celui de jeudi ?

La Ligue Europa est un bonus pour nous. On est tombé dans un groupe très costaud, mais on va essayer de ne pas finir avec zéro point. On sait qu'il nous reste le Milan et le Bétis à jouer. Deux équipes qui vont vouloir se qualifier. Ça va être très compliqué. Et si on fait match nul à Milan, ce sera déjà très bien.

Ce serait déjà un exploit.

Bien sûr. Dudelange ne représente pas grand chose dans le football mondial. Au Luxembourg, le football n'est pas professionnel. Ce serait un bel exploit.


"Buffon m'a beaucoup aidé"


On oublie souvent que vous êtes passé par la Juventus au début des années 2000. C'est presque là-bas que vous avez débuté dans le milieu professionnel. Que retenez-vous de cette aventure ?

Comme vous l'avez dit, j'ai presque débuté dans le milieu professionnel à la Juve. À Cannes, j'étais avec les jeunes, et quand je suis parti je n'avais que 18 ans. C'est vraiment à la Juve que j'ai fait mes premiers pas avec les pros. On apprend énormément quand on s'entraîne à côté de très grands joueurs. Pour moi qui était encore un très jeune gardien, c'était comme si je jouais de très gros matches tous les jours. C'était très enrichissant.

Des joueurs vous ont-ils inspiré plus que d'autres ? On pense forcément à Gianluigi Buffon.

Buffon m'a beaucoup aidé. Je regardais ce qu'il faisait et j'essayais de faire les mêmes choses, même si on n'a pas tout à fait les mêmes qualités et le même talent. Un joueur comme Lilian Thuram m'a aussi beaucoup aidé. Il était là, il me poussait. On se soutenait avec les joueurs français, on essayait d'avancer. Même avec les Italiens, on s'entendait très bien. Par exemple, avec Del Piero, j'ai eu de très bons contacts. Ça s'est toujours très bien passé.

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PS Bonnefoi

Vous êtes resté à la Juventus plusieurs années. Ce n'était pas qu'une amourette de passage.

Je suis très content d'avoir joué à la Juve et d'avoir connu ça. J'ai quand même été là-bas pendant cinq ans. Au bout d'un moment, j'ai voulu partir parce que je voulais jouer et que c'était bloqué pour moi, mais ça reste de belles années.

Et pourtant, vous n'avez donc jamais eu la chance de jouer à San Siro.

C'est ça, et je suis très heureux d'aller jouer à Milan. Ça va me rappeler un peu mes années à la Juve. Ça va être un bon moment.

Doit-on y voir un brin de nostalgie ?

Peut-être. On verra (rires).

À quelques semaines près, vous alliez retrouver Gigi Buffon en Ligue 1. Le voir au PSG aujourd'hui vous surprend-t-il ?

Pas du tout. On sait que le PSG a les moyens pour traiter correctement tous les grands joueurs. Ils cherchaient un gardien comme Buffon pour aider Areola à passer un palier. Buffon a accepté le challenge, et je pense que les deux vont faire du bon boulot ensemble.

De votre côté, vous n'avez signé qu'un an avec une année en option à Dudelange, comment voyez-vous la suite ?

Rien n'est fixé encore. On verra comment ça se passe cette saison déjà. J'essaye de donner le meilleur de moi-même pour rester ici ou rebondir autre part si on ne me garde pas. Je me sens encore capable de jouer et je ne veux pas m'arrêter tout de suite.

Propos recueillis par Benjamin Quarez

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