ENTRETIEN - Kalidou Sidibé : "Je ne veux pas seulement me démarquer parce que je suis grand"

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Dans un entretien accordé à Goal, Kalidou Sidibé, 20 ans, s'est confié sur les particularités de son profil qui en font un joueur à part.

Au portail du centre de formation du Téfécé, trois jeunes hommes se pointent pour nous accueillir. Il n'est pas bien difficile de savoir tout de suite lequel est Kalidou Sidibé. Il faut dire que, du haut de ses 2m01, le géant milieu de terrain - le plus grand joueur de champ d'Europe - fait trois têtes de plus que les autres. Et il sera justement question de sa taille durant un entretien touchant où le jeune homme explique qu'elle ne fait pas tout de lui. "Il n'y a pas beaucoup de joueurs comme moi, nous dira-t-il en parlant de son gabarit. Mais je veux justement prouver aux gens que c'est possible en cassant les préjugés". À 20 ans, pour sa première saison chez les professionnels, Kalidou Sidibé s'est déjà prouvé beaucoup. 

Comment vivez-vous vos premiers mois au niveau professionnel ?

Kalidou Sidibé : C’est un rêve depuis tout petit. Maintenant que j’y suis je vois comment c’est réellement. Je me rends surtout compte du niveau des joueurs, ce que j’avais du mal à vraiment me représenter de l’extérieur. Il n’y a que quand tu le vis que tu comprends vraiment à quel point ça va vite. Ça n’a rien à voir avec le foot des jeunes.

Vous semblez vous être vite adapté à ces nouvelles exigences, non ?

Oui même si au début j’ai trouvé ça un peu dur. Tout va plus vite et il faut être beaucoup plus précis dans les placements, la tactique. Mais je savais que je pouvais, que je devais même aller en haut. C’était mon objectif et j’étais conscient que mes qualités pourraient m’y amener.

L’adaptation n’a-t-elle pas été encore pus compliquée en raison de la saison de Toulouse qui se bat encore pour le maintien ?

Je ne le prends pas comme ça. Il faut s’habituer parce que maintenant que je suis avec l’équipe première, je suis exactement comme tous les autres joueurs. Je ne suis pas à part parce que je viens de commencer, ça ne me donne le droit à aucun privilège ni à aucune excuse. Je dois juste être à la hauteur. Et puis ce sont des moments qui forgent, encore plus pour un jeune qui n’a rien connu. Ça amène une force, un vécu. Je ne le souhaite pas mais si dans le futur je suis amené à vivre de nouveau une situation compliquée j’aurais l’expérience pour bien la gérer.

On vous a vu aller saluer directement Alain Casanova après votre premier but, êtes vous proche de votre coach ? Quel rôle tient-il dans votre progression ?

Déjà je lui dois tout parce que c’est lui qui m’a lancé donc sans lui je ne serai pas là. Après, Il me fait progresser chaque jour. Des fois il me lance des coups de gueule mais c’est normal! Souvent il me dit de jouer en une touche dos au jeu parce que j’ai tendance à toujours vouloir me retourner et il y a des pertes de balle à éviter. Il me demande aussi de voir plus vite tout ce qui se passe.

Vendredi en conférence de presse, il disait de vous que vous étiez une « éponge » qui écoute, absorbe et reproduit très rapidement les choses. La définition vous convient-elle ?

En tout cas j’essaye d’exécuter au plus vite les conseils qu’on me donne. Mais c’est depuis tout petit que j’écoute tout ce qu’on me dit. Je crois que c’est grâce à mes parents parce que quand ils parlaient il y avait intérêt à écouter (rires).

Votre spécificité en dehors de votre capacité d’écoute saute tout de suite aux yeux : vous faites plus de 2 mètres et vous êtes le plus grand joueur de champ d’Europe. Qu’est-ce que cela représente pour vous ?

Les gens sont surpris parce qu’ils disent ‘il fait 2 mètres et il joue au foot, il devrait faire du basket’. Mais ça me donne encore plus de force parce qu’il n’y a pas beaucoup de joueurs comme moi. J’ai envie de montrer aux gens que ça existe et que le foot de haut niveau n’est pas réservé à une taille en particulier.

On sent que cette phrase sur le basket vous agace.

Je ne le prends pas spécialement comme une critique mais parfois les jugements sont faussés à cause des préjugés. Par exemple on dit que les grands sont moins techniques, mais je sais que la technique n’est pas mon point faible. Il y en a d’autres, qui sont certainement causés par la taille mais pas celui-là. Peut-être que dans certains cas je ne suis pas jugé comme je devrais parce que ma taille fausse les appréciations. Mais ce n’est pas grave, chaque match que je joue est une occasion pour moi de renverser les préjugés, c’est comme ça que je le prends. Je ne veux pas me démarquer seulement parce que je suis grand, je veux le faire en jouant au foot comme les autres.

Cette taille a pourtant failli être un réel handicap pour votre évolution, comment avez-vous dépassé cela ?

Oui j’ai eu des maladies de croissance donc ça m’a retardé dans ma progression. Il y a eu de longues périodes où je ne pouvais pas m’entraîner, j’étais souvent blessé. Ça m’a gêné pendant longtemps dans ma préformation au PSG et même après au Paris FC. Mais j’ai cultivé d’autres aspect comme le mental parce que malgré tout, je suis parvenu à jouer au haut niveau.

Diriez-vous aujourd’hui que votre taille peut encore être un frein à votre progression ?

Non. Ça ne me freine plus même si j’atteindrai la maturité physique et surtout musculaire un peu plus tard que les autres. Il faut encore que je travaille la motricité, la coordination. Je fais des exercices avec les échelles de rythme, des exercices de vivacité… Je bosse plus que les autres là dessus en dehors, en salle avant les entraînements mais je vais compenser par un plus grand rayon, par la puissance ou d’autres caractéristiques comme la capacité à protéger mon ballon et à garder l’adversaire à distance dans les duels physiques. Je suis plus grand et moins rapide que les autres et 99% du temps ça restera vrai. C’est pour ça que je dois jouer en une touche. Je dois voir plus vite, jouer plus vite et gagner du temps ailleurs.

Vous avez encore plusieurs axes de progression dont vous parlez d’ailleurs très librement. Cela donne même la sensation que vous êtes plus loquace sur vos défauts que sur vos qualités.

C’est ma mentalité parce qu’il faut toujours voir devant. J’ai été éduqué comme ça, on m’a toujours dit de faire plus que les autres et de ne jamais me contenter de ce que j’ai.

Quelle est la prochaine étape, dans ce cas ?

Mon rêve était d’être footballeur professionnel. Maintenant je ne suis plus guidé par un rêve, pour tout dire je n’ai même pas d’équipe préférée donc je ne vais pas sortir un plan de carrière où je finis dans un des meilleurs clubs du monde. Je sais juste qu’il y a forcément quelque chose après et que je travaille pour l’atteindre.

L’équipe de France et la Coupe du monde U20, peut-être ? Pourquoi ne faites-vous pas parie du groupe de Bernard Diomède ?

Je ne sais pas, ce sont les choix du coach. Il a sûrement déjà son équipe, celle qui s’est qualifiée pour aller jouer le Mondial. Je ne prends pas mon absence comme une injustice. C’est comme partout dans le foot en club ou en sélection, ça ne peut rien apporter à un joueur de contester les choix d’un coach. Du coup il y a juste à travailler, à faire plus jusqu’au moment où j’aurais assez élevé le niveau pour qu’il n’ait plus d’autre choix que de me regarder et peut-être même de m’appeler.

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