ENTRETIEN EXCLUSIF - Mikael Hanouna (directeur sportif de Niort) : "Que ce soit clair, le patron à Niort c'est Karim Fradin"

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Sous le feu des critiques, le directeur sportif des Chamois Niortais (Ligue 2) a décidé de sortir du silence pour s'expliquer et donner sa version.

Malgré une première partie de saison réussie, les Chamois Niortais (8e de Ligue 2) attisent les critiques. En première ligne, le directeur sportif, Mikael Hanouna, qui a souhaité réagir aux graves accusations dont il fait l'objet dans un large entretien pour Goal. Lundi soir, nous l'avons rencontré dans un café parisien. Il s'est expliqué sur les nombreux sujets qui font l'actualité du club, parlant ainsi de la relation qu'il entretient avec le Président du directoire Karim Fradin, et l'ancien coach Patrice Lair, licencié dimanche.

Patrice Lair vous a critiqué ouvertement dans la presse locale. Cela faisait suite à plusieurs critiques sur les installations du club notamment. Qu'avez-vous pensé de tout ça ?

Mikael Hanouna : Patrice Lair, je l'ai rencontré sept fois avant de l'engager. Il est venu visiter les installations. Il savait très bien où il mettait les pieds, et ça devenait un peu lourd. Au départ, c'était bien parce que ça mettait la pression sur les pouvoirs publics, mais au bout d'un moment c'était trop.

Vous lui avez dit ?

Je vais vous dire ma position sur Patrice... Je me suis engagé personnellement auprès du club. J'ai donné ma caution personnelle à Patrice Lair. Je me suis engagé auprès de Karim Fradrin, auprès du directeur administratif Geoffrey Maillou, en disant que le recrutement de Patrice Lair était ma responsabilité. J'ai tout fait pour le mettre dans les meilleures conditions. J'ai embauché toutes les personnes qu'il souhaitait, comme l'analyste vidéo Christophe Ott ou le réathlétisateur Jérémie Molton. J'ai fait en sorte qu'on ait des mises au vert... J'ai tout essayé. Tout ! Aujourd'hui, je peux dire que le travail de Patrice Lair était intéressant. Il a fait du bon boulot. Mais quand je le vois dire dans certaines interviews que c'est lui qui a ramené l'équipe à ce niveau, je ne cautionne pas. Il a sa part de responsabilité, mais il y a aussi les joueurs, la direction et toutes les petites mains du club qui ont œuvré pour permettre à l'équipe de gagner. On ne peut pas dire que Patrice Lair a gagné les matches. Patrice Lair a contribué à gagner les matches. Il n'a pas gagné tout seul.

Le fait qu'il vous prenne pour cible dans son départ, vous le percevez comme un coup de coûteau dans le dos ?

C'est une trahison. Franchement, ça me fait mal au cœur. Je me demande sincèrement comment il fait pour dormir la nuit, et s'il arrive à se regarder dans une glace après les mensonges qu'il a dit sur moi. Sans compter les préjudices que ça a eu pour le club. Après, qu'on ne se méprenne pas. J'aurais été très heureux de garder Patrice Lair jusqu'à la fin de la saison. On n'a jamais œuvré pour le faire partir. On a tout fait, au contraire, pour qu'il reste. De A à Z. C'est Patrice qui a abandonné le club. Il a trahi le club. Il a trahi la confiance du Président (Karim Fradin), la confiance du directeur sportif, celle de tous les éléments du club, et la confiance des joueurs.

Avez-vous l'impression d'être un bouc émissaire ?

Bien sûr. La posture que Patrice Lair a adopté le lundi en revenant était une posture juridique, instrumentalisée par lui et par d'autres à des fins non avouables. Aujourd'hui, quand on tape sur Mikael Hanouna, on vise Karim Fradin qui m'a fait venir pour un projet clair. On tape sur le choix du Président. Mais ce que les gens n'ont pas compris, c'est que la propriété privée en France est un droit constitutionnellement reconnu. C'est un droit ! Aujourd'hui, n'en déplaise à certains, le club appartient à Karim Fradin et un groupe d'associés, dont Jean-Louis Mornet, qui est le Président de l'Association. Il est majoritaire dans le club, et il est là pour rester. Donc si des gens ont pensé qu'en instrumentalisant le départ de Patrice Lair ou en instrumentalisant les médias pour me salire ou me faire porter le chapeau, ils allaient réussir à atteindre Karim Fradin, ils se trompent. Car aujourd'hui, l'état major du club et tous les employés feront front.


"Je le répète, je n'ai acté aucun licenciement"


Le duo que vous formez avec Karim Fradin est vivement critiqué. Qui êtes-vous pour lui et comment expliquez-vous qu'on puisse parler de copinage ?

Avec Karim Fradin, nous ne sommes pas amis au départ. Nous sommes des connaissances. Aujourd'hui, on a un Président qui préside. Il délègue des pouvoirs à des personnes en qui il a confiance. En l'occurence, son directeur sportif et son directeur administratif. Il est là pour faire des arbitrages, pour donner la direction générale du club. C'est lui qui décide des priorités de développement. Il est le garant de ce développement structurel. Et nous, nous sommes ses bras droits. On ne peut pas prendre un directeur sportif et ne pas le laisser diriger. Aujourd'hui, on va me juger sur les résultats, et je ne peux pas être jugé sur un travail que je ne ferai pas. Alors, oui, j'ai le pouvoir sportif. Mais attention ! Que ce soit clair, il y a un Président et c'est lui le patron. Je ne prends pas une décision sans son accord. C'est toujours lui qui valide. Karim est un bon Président et un bon gestionnaire. C'est quelqu'un qui a fait remonter le club de CFA en Ligue 2. Il a investi son argent personnel. Il a mis son âme. Il a mis son cœur et il délègue son pouvoir à des gens qu'il estime compétents. Si aujourd'hui j'ai la confiance du Président, ce n'est pas parce que je suis son ami, c'est parce que mon bilan est positif. S'il était négatif, il me couperait la tête. Et c'est normal, ça fait partie du jeu. Si je n'atteignais pas mes objectifs, il prendrait quelqu'un d'autre à ma place.

Il y a eu de nombreux départs au club depuis votre arrivée. C'est quelque chose que vous ne pouvez pas nier.

Et je le répète ! Je n'ai acté aucun licenciement. On m'a demandé mon avis plusieurs fois, c'est vrai. Je l'ai donné, c'est vrai aussi. Mais c'est bien le Président qui a tranché au final et qui a acté la fin de certaines collaborations. La responsabilité du départ du docteur de l'équipe pro, c'est une demande de Patrice Lair. Celle du kiné, qui est revenu depuis le départ de Patrice Lair, c'est pareil. J'aimerais bien qu'on m'explique de quel licenciement je suis à l'origine.

Tous ces départs étaient-ils vraiment nécessaires ?

C'est le sens de l'évolution. La mission qui m'a été fixée depuis le départ, c'est de pouvoir permettre au club de développer son propre outil. Pour ça, on compte évidemment sur l'aide des pouvoir publics, mais les investissements structurels c'est au club de les faire. Pour pouvoir réaliser ces investissements, il fallait réduire la masse salariale, tout en gardant une équipe compétitive sur le terrain. Aujourd'hui, on a atteint nos objectifs. Quand on est passé devant la DNCG au mois de novembre, on a reçu les félicitations parce ce que tout ce qu'on avait annoncé, on l'a fait.

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Mikael Hanouna Niort Ligue 2

Où en est-on dans les procédures en cours ?

Il y a encore un dossier. Un double dossier même. Celui de Denis Renaud et Stéphane Figureau (son adjoint à Niort, ndlr). Mais ça fait partie de la vie d'une entreprise. Est-ce qu'à chaque fois qu'un club se sépare d'un employé, cela doit remuer la terre et le ciel ? Je ne pense pas.

Votre CV interroge, et c'est vrai que sans vous faire injure il est plutôt atypique comparé à ceux des grands directeurs sportifs.

Mais je ne suis pas dans le plus grand club de foot non plus. Si on propose à Antero Henrique de venir à Niort, jamais il ne vient. Avec Karim Fradin, on a eu des discussions quand on était en Angleterre. Peut-être a-t-il apprécié mon œil, ma façon de parler de foot ou le projet que j'envisageais. J'ai toujours eu envie de travailler dans des clubs de foot, ça a toujours été mon truc. On en a souvent parlé, et entre le moment où on a commencé à discuter de ce poste et l'embauche, il s'est passé quatre mois. Si Karim n'avait pas eu envie de m'embaucher, il ne l'aurait pas fait. Mais s'il l'a fait, c'est qu'il pensait que j'avais quelque chose. Et les résultats lui donnent raison, comme les recrutements de joueurs comme Dylan Louiserre, Valentin Jacob, Dylan Fontani, Ibrahima Conté, Louis Ameka Autchanga, Brahim Konaté, Florian Lapis, Florent Maddaloni et Enzo Pauchet. C'est le travail d'une équipe, parce qu'il y a tout un groupe derrière, qui fait du très bon boulot.

Des vidéos circulent sur Internet, et les critiques sont nombreuses vous concernant. Qu'avez-vous à répondre aux accusations dont vous faîtes l'objet ?

Sur Internet, on trouve de tout. On peut trouver des nazis qui font l'apologie du nazisme. On peut trouver des gens qui disent que les noirs sont une sous-race. On peut trouver des gens qui disent que les homosexuels sont des sous-hommes. Aujourd'hui, tout ce que je vois sur Youtube, ce sont des conneries. J'ai d'ailleurs confié mes intérêts personnels à un cabinet parisien qui est en train d'étudier tout ce qui a été dit à mon sujet. Et tout ce qui sera inexact, qui portera atteinte à mon honneur ou qui sera diffamant feront l'objet d'une attaque en diffamation. J'ai mon caractère, je peux être un peu éxubérant, mais tout ce qu'on peut voir est inexact.


"Qu'on m'apporte la preuve de tous ces mensonges"


On a parlé d'attouchements auprès d'hôtesses notamment. Ce sont des accusations graves qui ne peuvent pas vous laisser sans réaction.

Déjà, ce sont des mensonges. On ne peut pas m'attaquer sur mon bilan sportif, donc on cherche des choses qui sont inexactes. Des hôtesses du VIP ont été appelées par des gens sous couvert d'anonymat pour savoir si Mikael Hanouna avait fait ceci ou celà. Certaines ont répondu par des snaps. Et c'est très clair. Elles affirment que des personnes extérieures, des supporters, leur ont mis des mains aux fesses. Mais jamais un membre du staff des Chamois Niortais. Ce n'est jamais arrivé, ce sont des mensonges. Maintenant, celui qui écrira ce genre de choses devra apporter la preuve de ce qu'il avance. S'il n'apporte pas les preuves de ce qu'il dit, je me défendrai.

Et psychologiquement, comment vivez-vous cette période ?

Quand on est dans le football professionnel, on est soumis à la critique. J'accepte les jugements sur mon travail de directeur sportif. On peut dire que je suis mauvais, ce n'est pas très grave. En revanche, si on m'attaque de manière personnelle, c'est gênant parce que ça atteint des proches. D'autant que c'est complètement faux. Alors, au début, ça m'a fait rigoler. On m'a parlé d'une histoire de tacos. J'ai trouvé ça marrant, même si c'est faux. Mais là, on m'attaque sur des choses bien plus graves. Beaucoup de choses ont été dites et sont diffamantes. Par exemple, on a parlé de rétrocommissions. C'est un mensonge ! Et je l'affirme. Aujourd'hui, si quelqu'un a la preuve de ça, il faut qu'il l'apporte.

Des personnes, agents ou directeurs sportifs, vous ont-elles informées qu'elles ne voulaient plus travailler avec vous à cause de cette mauvaise publicité ?

Non. Vous savez, on est dans un business. Donc les gens veulent faire du business. Aujourd'hui, à Niort, on a une politique différente. On veut mettre en avant nos jeunes joueurs et on est prêts à investir du temps pour les faire évoluer. On n'est plus à la recherche de joueurs confirmés. Notre projet, c'est de développer des jeunes joueurs et de les vendre. Ils seront peut-être épaulés par trois ou quatre joueurs expérimentés, mais ça on en parlera avec le coach. Pascal Plancque vient de nous rejoindre. On va le laisser s'installer, évaluer son effectif, s'acclimater au club, et on prendra des décisions pour la saison prochaine. Aujourd'hui, on n'a pas l'intention de recruter. Et ce qui me gène le plus dans tout ça, c'est que ça nous empêche de nous concentrer sur le football. En attaquant le club, on empêche les joueurs d'aller au bout de ce qu'ils peuvent faire. Car j'y crois. Et j'étais d'ailleurs le seul à dire qu'avec cet effectif, on pouvait viser la montée. On est ambitieux, et on veut aller le plus haut possible avec ce club.

Est-ce le discours que vous avez tenu au nouvel entraîneur, Pascal Plancque ?

Je lui ai fait part de nos ambitions, bien sûr. Mais je n'étais pas seul. Il y avait aussi Karim Fradin et Geoffrey Maillou, qu'on ne dise pas encore que c'est Mikael Hanouna qui prend toutes les décisions. J'ai proposé le nom, on lui a parlé, il a visité les installations, mais c'est une décision qu'on a pris tous ensemble.

Finalement, aujourd'hui, la seule chose que vous réclamez c'est un retour au calme et à la sérénité.

Ce que je veux, c'est qu'on arrête d'embêter mes joueurs. Je veux protéger mon groupe et mon entraîneur. Je veux qu'on remette le football au centre des débâts et qu'on ne parle que de ça. Parce que dans un club de foot, ce qui compte, c'est bien le football. Patrice Lair nous a abandonné, c'est du passé. Maintenant, on repart sur une nouvelle aventure avec un groupe dont je suis très fier. Les joueurs, eux, connaissent la vérité. Ils savent exactement ce qui s'est passé. Ils savent qui les a recrutés, ce qu'on a fait pour eux. Ils peuvent m'aimer ou non, c'est un autre problème. Mais je suis fier du parcours qu'ils ont accompli jusqu'ici et ils le savent très bien.

Propos recueillis par Benjamin Quarez

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