ENTRETIEN - Avant Dijon-Lille, Florent Balmont : "Oui, c'est sûrement ma dernière année..."

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EXCLU GOAL - Remis sur pied, Florent Balmont, qui retrouve Lille avec Dijon ce samedi, vit pleinement les derniers instants de sa riche carrière.

Le destin a voulu qu'il se blesse en pleine bourre, quand les beaux jours arrivaient, au printemps, juste après avoir prolongé son aventure en Bourgogne. Florent Balmont n'a rien lâché, comme toujours, pour reprendre le cours de sa belle et longue carrière. À trente-huit ans passés, il sait, pourtant, que ce nouveau départ est le dernier. Avant ses retrouvailles avec Lille, où il est grimpé tout en haut, le milieu du DFCO a accepté de se raconter pour Goal. Ses mots, francs et sans fioritures, ressemblent au joueur qu'il est. 


SON RETOUR DE BLESSURE, LE SOUTIEN DU DFCO 

« Sans ce soutien, j'aurais pensé à arrêter »


Florent Balmont, vous avez été victime d'une rupture du tendon d'Achille en mars dernier. Comment allez-vous ? 

Ça va. Tout va bien, j'ai repris l'entraînement début septembre, il y a un mois et demi. J'ai repris l'entraînement collectif donc je ne rate plus une séance et ça se passe bien. J'ai de bonnes sensations. Je ne vais pas vous cacher que je suis content d'être à ce niveau-là sur le plan des sensations. Et j'ai aussi peu de douleurs donc c'est vraiment positif.

Vous avez parlé à plusieurs reprises du soutien que vous aviez reçu, notamment du club. On imagine que c'est un élément clé dans une période aussi difficile. 

Ah oui, oui... C'est sûr que c'est important surtout quand on arrive en fin de carrière. Le président m'a beaucoup soutenu, le staff aussi et les joueurs bien-sûr, les potes. Et il y a aussi tout ce que j'ai en dehors du foot, les amis, la famille - bon ça c'est à part - mais par rapport à tous ceux qui sont un peu dans le football, tous les soutiens que j'ai eu m'ont beaucoup touché.

De nombreux joueurs évoquent la solitude qu'ils peuvent ressentir quand ils sont éloignés des terrains. On a l'impression que l'on n'en parle pas assez, peut-être. La franchise de Laurent Koscielny sur ce sujet a été très marquante, même si son cas est particulier. 

Laurent, je le connais un petit peu, on s'est croisés, on était en centre de rééducation ensemble. On en avait parlé. Quand on se blesse comme ça, chacun avance. C'est normal aussi que le club avance, que tout le monde avance et que quand on est blessé on soit un peu isolé. Ces moments-là ne sont pas faciles mais c'est important d'avoir ce soutien familial, je pense qu'il l'a eu aussi et c'était important pour lui. Et je pense qu'il revient vite aussi. Mais c'est sûr que quand on est un peu à part et qu'on ne peut pas faire ce qu'on aime, il faut avoir ce soutien derrière.

Vous auriez arrêté si vous n'aviez pas eu ce soutien moral ? 

Oui. J'aurais peut-être mis plus longtemps à revenir, j'aurais plus douté et je me serais posé la question d'arrêter.

Florent Balmont Yoel Armougoum Dijon Caen Ligue 1 24022018

Vous avez rejoint le DFCO il y a deux ans. Quel regard portez-vous sur l'évolution du club ? 

Elle est très bonne. Quand je suis arrivé c'était un petit challenge. Le club ne savait pas trop se positionner en arrivant de Ligue 2, et au final le club progresse énormément. Le président y est pour beaucoup aussi. Il apporte énormément de choses, de la stabilité notamment et d'autres choses à côté. C'est ce qui fait que le club progresse mais petit à petit, progressivement, sans s'enflammer. Et ça c'est essentiel.

Dans la période actuelle, votre expérience et votre caractère ne prennent-ils pas encore plus de place pour rassurer ce groupe ? 

On est dans une période un peu plus difficile mais dans ces moments-là il ne faut pas paniquer. Il faut travailler comme on le fait toujours. Là on a aussi intensifié les séances depuis 2 semaines, il a fallu s'adapter au fait que 10 joueurs soient partis en sélection. Mais avec tous ceux qui sont restés je trouve qu'on a bien travaillé. Cela a amené un peu de confiance mais maintenant il faut vite reprendre des points pour essayer de rebondir un peu. Je pense qu'on a un groupe assez costaud pour le faire.


LES RETROUVAILLES AVEC LE LOSC

« Je suis content que ça aille mieux »


Vous retrouvez Lille, votre ancien club, ce samedi. Avez-vous suivi de près toutes les péripéties du club nordiste et avez-vous été inquiet ? 

J'étais inquiet, oui. J'avais aussi dit que j'avais beaucoup de potes qui, au début de la saison dernière, étaient un peu mis au placard. J'avais été surpris, très mécontent de cela... Mais c'est sûr que sportivement j'étais très inquiet parce que le club n'est pas passé loin d'une situation très, très compliquée. Donc je suis content que ça aille mieux (il réfléchit, ndlr). Pour les supporters aussi. Ça, c'est important. Quand j'étais à Lille j'ai eu beaucoup de soutien donc je suis très content pour eux.

Lille, c'est aussi et surtout cette saison 2010-2011 où vous faites le doublé championnat-Coupe de France. Un sommet dans votre carrière.

Ah c'est sûr qu'un doublé comme ça... On ne l'imagine pas. En plus, en début de saison on n'était pas programmé pour le faire. Mais quand on a un groupe aussi extraordinaire... Il y a d'ailleurs beaucoup de joueurs qui ont percé et fait des gros clubs derrière. On a vécu des bons moments. Ce sont des choses qu'on ne peut pas effacer.

Lille champion


SON PARCOURS, SON REGARD SUR LE FOOT

« J'ai dû jouer avec 6 ou 7 des 23 champions du monde »


Continuons à remonter votre parcours. Vous êtes formé à Lyon, à la grande époque lyonnaise. Puis vous faites un passage à Nice avant de rejoindre Lille. Avec le recul, est-ce que vous vous dites que vous auriez pu tenter le coup à Lyon ? 

Le problème, c'est qu'à l'époque où j'y étais, c'était presque impossible. J'étais le petit jeune, je n'avais pas le vécu et l'expérience que j'ai acquis après. Donc c'était trop compliqué à ce moment-là à Lyon parce qu'il y avait trop de monde au milieu. Il n'y avait que des joueurs très forts. Il faut se souvenir que le club n'était pas loin de faire quelque chose d'énorme en Ligue des champions à cette époque. Il fallait être conscient de la situation. Rester dans un gros club mais être sur le banc, ce n'était pas mon optique. Je voulais percer ailleurs pour essayer de m'épanouir et faire une carrière.

L'OL de l'époque avait-il une marge aussi large que celle du PSG d'aujourd'hui ? 

Je ne sais pas mais c'était quand même du très, très haut niveau. Et je pense qu'on n'était pas très loin de faire vraiment un gros parcours en Ligue des champions parce qu'on avait fait quarts de finale, tout proche de la demi... C'était une grosse équipe.

Quel est le joueur le plus fort avec lequel vous avez joué ? 

Eden Hazard. C'était vraiment le joueur au-dessus. Et puis il avait une vision de jeu... il savait quand il fallait être individuel ou collectif, il avait les deux côtés. Il sentait bien les coups. Il nous a fait énormément de bien dans le doublé, c'est clair.

Votre expérience vous permet d'avoir une vision plus large sur l'évolution du football français, de la Ligue 1. Qu'est-ce qui a le plus changé par rapport à vos débuts ? Le jeu ou ce qu'il y a autour ? 

Ce qu'il y a autour a beaucoup changé, c'est vrai. Les réseaux sociaux n'étaient pas là, on ne va pas se le cacher. Mais il faut aussi s'adapter à ça. Et au niveau du jeu, il y avait déjà beaucoup d'intensité au début de ma carrière... Mais il y en a peut-être encore plus maintenant. Ou disons plus de vitesse. On recherche maintenant énormément d'attaquants très, très, très rapides qui fassent la transition pour contrer, souvent. Les équipes aiment bien avoir ce style de joueur pour partir vite en contre-attaque. À mon époque on recherchait moins souvent ce style d'attaquants devant, peut-être en faisant par moments plus de jeu. 

On a l'impression qu'on est passé de l'ère de la possession à celle du jeu de transition.

C'est ça.

Florent Balmont

Cet été la France est grimpé sur le toit du monde. Comment vit-on une épopée comme celle-là quand on est joueur professionnel et français ? Est-ce qu'on se laisse emporter avec la même légèreté que les 60 millions de supporters ou est-ce qu'on se dit quand même : "tiens, les Bleus, je n'en étais pas si loin à un certain moment...". 

Je pense qu'on ne le vis pas pareil que les autres gens ça c'est clair. Mais on accroche, on y prend goût. Et après comme j'ai eu la chance de faire une carrière assez longue, j'ai dû jouer avec six ou sept joueurs qui étaient dans les vingt-trois. Donc on apprécie, on a envie que ça gagne. Ça joue aussi beaucoup. Et puis on est français donc quand on gagne une Coupe du monde c'est magnifique... Bon, je ne l'ai pas vécu non plus comme en 1998 où j'étais jeune donc on a fait encore plus la fête dehors, tout ça (rires). Là, on est un peu plus posés...

De quoi êtes-vous le plus fier dans votre carrière ? 

La longévité. Pour moi c'est une marque de reconnaissance. Je suis fier de ça. Après, j'ai dans un petit coin de la tête d'arriver aux 500 (matches) en Ligue 1 (il en compte 482, ndlr), on verra si je peux y arriver... Et puis ce qui me rend fier aussi, c'est d'avoir laissé de bons souvenirs à chaque fois que je suis passé dans un club. C'est flatteur aussi. Quand je reviens dans les clubs où je suis passé on est toujours content de me recevoir, c'est gratifiant pour moi.


LE DERNIER CHAPITRE, LA SUITE

« Je veux essayer ce rôle d'entraîneur »


Vous parlez de la barre symbolique des 500 matches. Il y en a une autre : celle des 40 ans. Pourriez-vous envisager de les atteindre en pro comme Vitorino Hilton et Gianluigi Buffon ? 

Ah... Ma dernière année de contrat est au mois de juin donc bon... ça me fera 39 ans et demi. Pas très loin des 40 mais c'est sûrement ma dernière année...

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C'est la dernière donc, vous êtes sûr ?

Oui, je pense (sourire).

Avez-vous déjà une idée précise de l'Après ? Peut-on vous imaginer sur un banc ?

Oui. Je l'espère. J'ai cette réflexion depuis un an et demi, deux ans. J'ai vraiment envie d'essayer de passer de l'autre côté et d'essayer ce rôle d'entraîneur.

Propos recueillis par Jean-Charles Danrée, à Dijon.

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