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Danemark vs France

ENTRETIEN - Avant Danemark-France, Thomas Kahlenberg : "Notre point fort ? Le collectif, l'état d'esprit et... Christian Eriksen"

08:25 UTC+2 26/06/2018
Thomas Kahlenberg
EXCLU GOAL - Avant le match important entre la France et le Danemark, Thomas Kahlenberg nous a livré son regard éclairé sur le football danois.

Cela fait un peu plus d'un an que Thomas Kahlenberg a raccroché les crampons. Ce classieux meneur de jeu a laissé une trace dans le championnat de France, pendant son passage à Auxerre, notamment. Il a aussi représenté la sélection danoise pendant ses plus belles années, en France, en Allemagne et au Danemark. Goal a retrouvé sa trace avant ce France-Danemark décisif pour la première place du groupe D dans cette Coupe du monde.


« Au Danemark, on sait qu'Eriksen est un joueur de classe mondiale »


Thomas Kahlenberg, où situez-vous le Danemark dans la hiérarchie mondiale ?

Il est clair que la France fait partie des favoris de cette Coupe du monde pour une victoire finale. Le Danemark peut viser les quarts. C'est une belle équipe, avec des joueurs qui travaillent bien ensemble, quelques bons profils. Nous avons une équipe intéressante, assez jeune, avec un sélectionneur arrivé récemment (Âge Hareide est arrivé en décembre 2015). Il y a eu une nouvelle manière de jouer, ça a été un peu compliqué au début mais la sélection a fait ce qu'il faut pour se qualifier (barrages après éliminatoires, ndlr). Le bilan est plutôt positif. Et il y a surtout Christian Eriksen qui s'exprime très bien dans cette équipe. Nous n'avons pas de stars mondiales comme la France, nous sommes plus dépendants de quelques joueurs. Et là, Eriksen a été très, très important. C'est lui qui fait la différence.

Vous évoquez Christian Eriksen qui a un rôle que vous connaissez bien. On a l'impression qu'il n'a pas une reconnaissance à la hauteur de ce qu'il fait.

Je ne sais pas comment ses performances sont perçues en France. Vous avez beaucoup de joueurs de classe mondiale en France donc c'est normal qu'on parle moins d'un joueur comme lui. Ici, Christian est très surveillé, épié dans les médias parce qu'il a fait une saison extraordinaire à Tottenham comme en équipe nationale. Au Danemark, on sait que c'est un joueur de classe mondiale, et je pense qu'il peut encore aller au niveau au-dessus. Mais c'est déjà très, très bien.

Aurait-il mérité d'être nommé pour le Ballon d'Or, par exemple ?

Oui. Je ne sais pas combien de joueurs sont nommés dans la liste (30, ndlr) mais lui a vraiment fait une super saison. Après, c'est aussi un mec très calme, qui ne parle pas beaucoup à la presse, qui est plus concentré sur l'aspect football. S'il continue comme ça, il sera forcément nommé pour le Ballon d'Or.


« Le Danemark est toujours un peu en reconstruction »


Quelles sont les forces et les faiblesses de cette équipe danoise ?

Le point fort de la sélection, c'est le collectif et un super état d'esprit. Bien-sûr, il y a Christian Eriksen qui peut vraiment faire la différence parce qu'il a un super pied mais la point faible c'est qu'on n'a pas non plus énormément d'individualités de ce type dans notre collectif. Au niveau des blessures, ça peut être un problème. On est dépendants de quelques joueurs. Et puis l'équipe est jeune, aussi. Moins expérimentée que par le passé. C'est une belle équipe mais qui est toujours un peu en construction.

Quel regard portez-vous sur Simon Kjaer ? C'est un autre joueur que l'on connait bien en France. 

Il était déjà très bon avant mais depuis l'arrivée du nouveau sélectionneur il a vraiment pris le leadership de l'équipe, il a été nommé capitaine. Il a fait beaucoup de bons matches. Il est vraiment très régulier. C'est un leader dans l'équipe. Il est très important.

De qui les Bleus doivent-ils se méfier ?

Andreas Christensen qui joue à Chelsea a un talent énorme. C'est un joueur super intelligent. Il y a aussi Thomas Delaney (recruté cet été par le Borussia Dortmund, ndlr) qui a vraiment beaucoup progressé depuis qu'il a été au Werder. C'est un milieu dans un style box-to-box, très performant dans la surface, qui correspond bien à notre façon de jouer. 

Comment l'équipe de France est-elle perçue au Danemark ?

La France n'a peut-être pas un collectif aussi fort que des équipes comme l'Espagne ou l'Allemagne mais il y a peu de nations qui ont autant de joueurs de cette classe-là. Quand on se projette sur le rôle que pourrait avoir chaque équipe dans cette Coupe du monde, la France est au-niveau de ces équipes-là. On aurait pu placer l'Allemagne juste au-dessus à un moment mais la différence est tellement minime... (il réfléchit, ndlr). Non, la France est à placer au même niveau que le Brésil, l'Espagne ou l'Allemagne pour moi.

De quel joueur français parle-t-on le plus ?

Antoine Griezmann est très aimé ici. Il est apprécié pour ses performances et son style de jeu. Il a aidé à sortir l'Atlético en Europa League contre le FC Copenhague et il avait été encore une fois extraordinaire. On ne parle pas que de lui, mais je pense que c'est de lui qu'on parle le plus ici.


« Auxerre, c'était une belle époque »


La France et le Danemark se croisent souvent dans les grandes compétitions internationales. Est-ce que c'est qu'on fait encore référence à l'histoire, au Danemark, pour aborder ce match ?

Pas vraiment. Je ne pense pas qu'on se serve trop de cela. C'est une autre équipe donc le passé ne change rien. Il y a énormément de respect, ça c'est sûr. Mais ces références sont aussi une manière de parler du match. Je ne pense pas que ça change l'approche.

Vous connaissez très bien notre pays. Vous avez joué à Evian et fait un passage remarqué à Auxerre. L'AJA est-elle le club qui vous a le plus marqué ?

A part Brøndby, qui est mon club formateur et celui où j'ai fini ma carrière, la France et Auxerre en particulier ont beaucoup compté. J'ai de très, très bons souvenirs de cette période.

La relégation du club vous a-t-elle touché ?

Oui, bien-sûr. Je suis triste. Je ne souhaite que le meilleur pour Auxerre. C'est très compliqué de remonter quand on descend. Pour une région comme celle d'Auxerre, ce n'est pas évident de remonter. Après, il y a eu beaucoup de changements, dans la direction notamment, etc. J'espérais après la descente que le club remonte plus vite mais j'espère que cette fois-ci ils sont sur la bonne voie. J'ai de bons souvenirs d'Auxerre, c'était une très belle époque. J'ai un peu gardé contact avec quelques joueurs avec qui j'ai joués. Pas trop, mais un petit peu.

Vous avez également évolué brièvement à Evian...

Evian, c'était juste un prêt. J'avais besoin de temps de jeu pendant mon passage à Wolfsburg, j'avais eu cette occasion-là. Mais par rapport à Auxerre, ce n'était pas la même chose.

A quoi ressemble votre nouvelle vie depuis la fin de votre carrière ?

Je suis dans un petit club dans le quartier. J'entraîne les jeunes une fois par semaine, ce n'est pas grand-chose, mais j'ai commencé à passer mes diplômes. C'est assez nouveau pour moi. D'une façon générale, j'essaie désormais de profiter de la vie aussi. J'ai plus de liberté. Je peux passer du temps en famille et voyager un peu. J'ai plus de temps. J'ai passé mes diplômes au premier grade au mois de décembre. Pour le moment c'est encore trop tôt pour dire si je vais entraîner ou pas sur le long terme mais au moins j'ai du temps. J'ai une première expérience pour découvrir ce métier avec ce club (Hellerup IK, ndlr), ce n'est pas grand-chose pour le moment parce que c'est une uniquement une séance par semaine. Mais c'est sympa. Je m'amuse avec ces jeunes.

Avez-vous cette vocation à entraîner au plus haut niveau à terme ?

Oui, pour l'instant je suis plus dans cette idée de garder cette liberté. C'est difficile de savoir comme je ne fais pas cela à temps plein. J'aurais peut-être préféré les avoir un peu plus pour pouvoir mieux connaître mes joueurs et faire des choses avec eux, mais pour l'instant c'est pas mal. Après, je ne sais pas ce qu'il va se passer pour la suite dans le foot. C'est possible que ce soit en dehors du foot aussi. Avec ma femme, nous avons trois enfants, ils sont petits, donc je suis content d'avoir du temps en ce moment pour profiter.

Propos recueillis par Jean-Charles Danrée