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Paul Pogba

De jeune espoir à leader en puissance : Paul Pogba, l’ascension en Bleu

12:26 UTC+2 23/05/2016
France national team training Pogba haircut
Une ambition débordante et un Euro qui tombe à pic pour prouver l'étendue de son talent : zoom sur Paul Pogba, le "nouveau Bleu" le plus attendu d'Europe.

Le regard vers le haut, les ambitions féroces et le mental d’acier : depuis sa plus petite enfance, Paul Pogba s’est forgé les armes pour devenir, un jour, une légende. Dans deux jours, le jeune milieu de terrain portera les couleurs de la France dans un Euro 2016 très attendu. Plus que jamais, la France compte sur lui.

SOMMAIRE
- Depuis l’enfance, l’obsession d’être le meilleur
- Un premier titre de champion du monde
- Une intégration parfaite avec les Bleus
- Une âme de leader en puissance
- Un joueur taillé pour Youtube
- Un Euro dans sa route vers le Ballon d’Or ?

Depuis l’enfance, l’obsession d’être le meilleur

Né en banlieue Seine-et-Marnaise de parents guinéens, c’est à l’US Roissy-en-Brie que le jeune Paul a touché ses premiers ballons et provoqué les premiers émois des amoureux de football.

Papis Magassa, l’un de ses tout premiers coaches à Roissy-en-Brie, se rappelle bien de l’enfant prodige : "Je le connais depuis tout petit, puis je l’ai entraîné avec les U9, U10 et U12 : durant ces trois ans, il y avait déjà une grosse évolution. Il est devenu plus athlétique, plus technique, c’était flagrant qu’il creusait l’écart avec tous les autres. En termes de maturité et de détermination à son âge il n’y avait pas d’équivalent. Paul a toujours voulu être le meilleur, être un cran au-dessus".

Une formation à Roissy, un passage à Torcy, et à 14 ans, Pogba rejoint Le Havre AC et puis moins d’un an plus tard, il fait ses premiers débuts en équipe de France des moins de 16 ans.

"Il a beaucoup changé. C’était un gamin, turbulent, têtu… Mais il a mûri en étant au contact de joueurs plus âgés que lui, dans le monde professionnel. Dans la fratrie, on lui parlait tout le temps, ça a fini par rentrer. Aujourd’hui, bien sûr que je suis fier de lui…", nous a raconté son frère, Florentin Pogba, défenseur de l’AS Saint-Etienne. Pogba apprend, écoute, et progresse, à la vitesse lumière.

Un premier titre de champion du monde

Le jeune capitaine de l’équipe se fait déjà remarquer et s’envole dès ses 16 ans de l’autre côté de la Manche, où le centre de formation de Manchester United lui ouvre grand ses portes. Deux ans chez les Red Devils, peu de confiance accordée par Sir Alex Ferguson, mais jamais, jamais Paul Pogba n’a quitté l’équipe de France, où il n’a cessé de progresser.

Des moins de 16 ans aux moins de 20 ans, le jeune milieu de terrain passe dans 5 catégories différentes et termine dans l’équipe de Pierre Mankowski, sélectionneur des U20, qui en fera son capitaine pour le Mondial 2013. Résultat, ensemble, les deux hommes sont sacrés au sommet du football, Pogba termine champion du monde et surtout, meilleur joueur de ce mondial.

"Quand il parlait, ce qui l’intéressait c’était sa réussite. Il se voyait haut, et avec les autres, ça ne posait pas de problèmes parce qu’il était sympa et copain avec tout le monde, donc son ambition, il l’assumait", se remémore d’ailleurs pour Goal le sélectionneur des Espoirs.

Un an avant cet été en apothéose, Paul Pogba avait décidé de plaquer les Red Devils (au grand désarroi de Ferguson, furieux) pour s’envoler vers un nouveau pays, un nouveau championnat et un nouveau poids lourd du football européen qui lui tendait les bras : la Juventus.

37 rencontres, 5 buts, la première saison de Pogba au plus haut niveau est correcte. L’année 2013 sera celle de la consécration du jeune talent : 9 buts, une adaptation parfaite entre Vidal et Pirlo, un avant-goût de technique peaufinée et surtout, une première sélection en équipe de France A sans passer par la case des Espoirs. Pogba n’a alors que 20 ans, seulement six ans ont passé depuis ses premiers matches au Havre, et l’ascension est fulgurante.

Aujourd’hui, du haut de ses 23 ans et de son mètre 91, Paul Pogba porte l’écurie italienne sur ses épaules. Il est le joueur clé du dispositif de Massimiliano Allegri. En Italie, le jeune Paul a amené un vent d’air frais, une classe venue de l’autre côté des Alpes qui lui vaut la comparaison avec Patrick Vieira, moins technique à son âge, mais lui aussi débarqué très jeune en Italie, dans l’AC Milan de Capello. 

Le physique travaillé en Angleterre, la tactique intégrée en Italie, le mental forgé en France : Pogba est devenu, à seulement 23 ans, un joueur parmi les plus complets du continent.

Une intégration parfaite avec les Bleus

Quand Didier Deschamps a sélectionné pour la première fois Pogba pour les éliminatoires de la Coupe du monde 2014, ce dernier avait déjà l’étoffe d’un prodige. Pogba transpire l’intelligence de jeu, tant il est doté d’une facilité déconcertante à se projeter vers l’avant et transpercer les lignes adverses, souvent même en une touche de balle, certainement inspiré par son coéquipier Andrea Pirlo.

Son surnom en Italie, "Pogboom", illustre d’ailleurs cette polyvalence. Sa condition physique lui permet d’occuper son rôle premier de récupérateur, voler le cuir aux adversaires, tandis que son aisance technique lui permet souvent de trouver le chemin des filets. Et ça, Deschamps l’a bien compris.

Dès sa première rencontre contre la Géorgie, Pogba est le joueur qui touche le plus de ballons… Un match, deux cartons jaunes, une suspension et une autre titularisation plus tard, Pogba inscrit son premier but en bleu et arrache une place de titulaire qu’il ne cèdera plus jamais. Avec la nouvelle star des Bianconeri, DD a trouvé l’homme qui manquait à son onze : cet homme à tout faire, rapide, féroce, qui occupe toutes les zones du terrain et dispose d’une sublime qualité de frappe. Un point fort que très peu de milieux de terrain au profil de Pogba peuvent prétendre avoir. Des qualités qu’il a toujours entretenues depuis le plus jeune âge.

"Petit, il jouait attaquant, il marquait cinquante buts par saison, si ce n’est plus. C’est normal qu’aujourd’hui il se projette vers l’avant, quand tu as goûté au plaisir de marquer, tu ne peux plus t’en défaire… Alors oui, c’est un milieu de terrain, mais un milieu qui veut mettre des buts pour marquer les esprits", nous confie Papiss, son premier coach.

En équipe de France, cette polyvalence s’illustre sur tout le terrain. Il combine aussi à merveille avec d’autres joueurs aux profils complémentaires, comme Matuidi, Schneiderlin ou Cabaye. Mais "la Pioche" est aussi devenu peu à peu la plaque tournante de cette équipe de France, un relai très rapide entre la défense et l’attaque.

* statistiques depuis août 2014 et jusqu'au dernier match amical des Bleus en mars 2016.

D’ailleurs, les trois joueurs avec qui il échange le plus de ballons sont un défenseur (Varane), un latéral (Sagna) et un milieu offensif (Valbuena), preuve de sa capacité à jouer sur tous les fronts. Depuis l’été 2014, ce sont ces trois joueurs qui ont reçu le plus de ballons du milieu de terrain, et qui lui en ont délivré le plus.

Un rôle de métronome qui lui va à merveille depuis qu’il a endossé le prestigieux n°10 de la Vieille Dame, un honneur et un poids qu’il a fini par digérer pour mieux progresser, bien que son registre ne soit pas celui d’un meneur de jeu.

En seulement trois ans en équipe de France, Pogba a pris une véritable envergure chez les Bleus. Depuis la Coupe du monde 2014, il est d’ailleurs le tricolore qui se projette le plus vers l’avant : personne ne réalise plus de passes que lui dans la moitié de terrain adverse. En parallèle, il est celui qui gagne le plus de duels et celui qui subit le plus de fautes… Autant dire que Pogba est aujourd’hui l’atout technique de la formation française.

* statistiques depuis août 2014 et jusqu'au dernier match amical des Bleus en mars 2016.

Avec Didier Deschamps, le courant passe tout de suite. Entre le technicien, qui aime débaucher les pépites des jeunes sélections, et la jeune star, tout n’est que symbiose. Pogba comprend ce que DD veut de lui, et ce dernier a les épaules pour faire taire les attentes autour de son jeune poulain.

"Il ne laisse personne insensible. Il a placé la barre très haut, on attend de lui qu'il soit toujours décisif, spectaculaire. L'attente est à la hauteur de ses qualités. (…) Mais s’il ne fait pas de choses décisives, ce n’est pas pour autant qu’il n’est pas utile. Il peut faire des choses plus normales. Je n’attends pas qu’il marque deux ou trois buts", déclarait d’ailleurs le patron des Bleus en mars dernier, comme pour faire redescendre la pression qui pèse sur les épaules de son joueur.

Une âme de leader en puissance

Déjà capitaine avec les U13, puis en sélection avec les U19 et les U20, Pogba a appris à faire valoir son influence dans le jeu de la Juve avant de l’exercer en sélection. Dans le Piémont, il a dû faire face aux départs successifs de Vidal, Tevez et Pirlo, tout en héritant du célèbre n°10. Un nouveau statut à encaisser qui n’a rien pour faire peur à un jeune joueur habitué à jouer les premiers rôles.

Mais avant d’être un leader technique, Paul Pogba est surtout un homme de vestiaire, sur lequel ses coéquipiers peuvent compter. Sous la coupe de Patrice Evra, mentor en club comme en sélection, Pogba a aussi appris l’importance du leadership dans un groupe.

"Quand l’équipe perd, il peut aller taper sur l’épaule de son coéquipier, lui remonter le moral, le remotiver, il a toujours été comme ça. Il veut rendre les gens meilleur autour de lui", assure Papiss, expliquant que le milieu a toujours affirmé sa maturité sur le terrain.

C’est d’ailleurs lui qui séchait les larmes du grand Pirlo au terme de la finale perdue en Ligue des champions contre le Barça (1-3, en 2015), et c’est lui aussi qui consolait Griezmann après l’élimination des Bleus en quart de finale de la Coupe du Monde au Brésil (0-1).

"C’était un leader né, de par sa place au milieu de terrain, sa grosse présence, et du fait aussi qu’il avait beaucoup de respect envers ses partenaires. C’est quelqu’un qui a toujours dégagé quelque chose, techniquement et surtout mentalement, il emmène tous les autres avec lui", nous explique également Pierre Mankowski.

"Pour réussir tout ce qu'il réussit, il faut être très mature. J'ai la chance de le côtoyer depuis près d'un an et demi à travers les sélections et c'est quelqu'un qui a la joie de vivre. Il ne va pas être dans son monde, tout seul, en immersion. Au contraire, il rigole tout le temps, il a le sourire. Il a la banane. J'ai l'image de quelqu'un qui est passionné de foot. J'ai le sentiment qu'il connaît tout sur le foot. C'est un grand joueur qui ne se prend pas plus la tête que cela. Il est très ambitieux, a beaucoup de plaisir, s'amuse, s'éclate et j'espère qu'il va continuer comme ça", nous a d’ailleurs confié Benoit Costil, son coéquipier en sélection.

Un joueur taillé pour Youtube

Une des autres forces de Paul Pogba se loge bien loin des terrains. Aussi millimétrée que ses passes, aussi travaillée que ses petits ponts, son image est un atout considérable dans un pays où les écarts de conduite ont laissé des cicatrices du côté de Knysna.

Alors si Griezmann personnifie le gendre parfait pour toute une frange de supporters plus âgés, Pogba incarne à merveille une génération dopée aux réseaux sociaux, aux baskets fluorescentes et aux coiffures déjantées. Preuve de sa volonté de fédérer autour de lui et de sa "Pogbance" fraîchement née sur la toile, Pogba se réinvente chaque semaine devant les écrans.

Petits gestes techniques mis en ligne, danse improvisée sur le site du club, ou coiffures mises en scène avant les grands rendez-vous : tout est fait pour maintenir en haleine les 3 millions de followers sur Instagram de ce joueur taillé sur mesure pour le bonheur de Youtube.

"Paul veut toujours être différent des autres, il ne veut pas ressembler à Monsieur tout le monde, il veut être unique. Son look, ses cheveux, c’est aussi un moyen de se faire remarquer. Ce n’est pas pour rien que les médias filment son arrivée en premier quand il vient à Clairefontaine. Avec ses cheveux, c’est pareil, à chaque fois que je lui coupe, on poste une photo sur mon Instagram, et une heure après il y a des dizaines d’articles à ce sujet…", nous explique son coiffeur personnel, Mika Caiolas, qui fait le parallèle avec une autre icône, David Beckham.

"Avec Paul, on doit se réinventer tous les 15 jours. Là, quand je suis allé à Turin, on savait déjà en avance ce qu’on allait faire pour fêter la fin de saison… Sa coupe fait partie de son personnage, si je ne viens pas, il ne se sent pas bien et il est prêt à venir me rejoindre en avion ! Pour l’Euro, on pense à un hommage à l’histoire des Bleus", a ajouté celui qui est devenu l’un des coiffeurs les plus suivis de la Toile.

Un Euro dans sa route vers le Ballon d’Or ?

Très attendu par une France en manque de titres et d’idoles, l’Euro dans l’Hexagone sera l’occasion pour les internationaux français de racheter l’image des Bleus, sur le plan collectif, mais aussi de prouver toute leur valeur dans une grande compétition, à l’échelle individuelle.

Pour Paul Pogba, qui a éclos à la Juventus avant de faire parler son talent avec le maillot tricolore, cette compétition sera plus que jamais la consécration d’un travail de longue haleine. La première, aussi, en tant que réel homme d’expérience et nouveau leader technique.

"Je pense que Paul a besoin de la pression, et en même temps rien ne le freine. La pression n’est vraiment pas un problème, il s’en nourrit, il aime ça. Plus on approche de la compétition, des gros matches, et plus il devient terrible car c’est la compétition qui l’intéresse", nous a confirmé Pierre Mankowski, qui a déjà vécu un Euro et une Coupe du Monde avec son jeune capitaine.

"Je veux devenir le plus fort, comme Pelé ou Maradona. Même bien plus. Je veux devenir une légende du football, gagner le Ballon d'Or. Mon rêve ? Que je sois devenu si fort que quelqu’un dise un jour 'Je veux devenir meilleur que Pogba' "

 Alors, et si après la Coupe du monde 2014 dans laquelle il a été élu meilleur jeune de la compétition, Pogba profitait des projecteurs de l’Euro 2016 pour se nourrir d’une pression positive et prouver, enfin, qu’il a l’étoffe des plus grands ?

Nous voyons tous que Paul se prépare très bien pour l’Euro avec ses bonnes performances à la Juventus. Il l’a fait lors de la finale de la Ligue des champions avec la Juventus la saison dernière et il est le joueur clé pour la France à l’Euro 2016. J’espère que Pogba pourra mener l’équipe comme l’a fait Zidane en 1998 et 2000", s’est enthousiasmé Christian Karembeu dans une interview à Goal.

En devenant l’homme fort des "nouveaux Bleus", celui qui ramènera un trophée sur ses terres, Pogba peut-il devenir le nouvel enfant chéri d’une France amoureuse de ses champions ? Une chose est sûre, le milieu ne cache pas sa plus grande ambition : conquérir un jour le Graal des plus grands joueurs au monde, le Ballon d’Or.

Cet Euro, chez lui, sera aussi et surtout l’occasion pour le jeune prodige d’éclore aux yeux du monde et de se frayer un chemin vers la récompense ultime. De prouver que rien n’est trop grand pour lui. Dans le plus bel écrin qu’est la France, le diamant Pogba devra enfin prouver qu’il fait, à 23 ans, partie des plus grands de ce monde. Et pour cela, il n’aura qu’un mois.

"Pogba, un jour le monde t'appartiendra", avait titré en août 2013 la Gazzetta dello Sport. 

Et s'il était temps ?