Bleus - Fekir, de la tempête aux projecteurs

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Après la tornade médiatique, le lyonnais va ouvrir son chapitre international. Il a tout à gagner, parce que son registre est unique dans le paysage des Bleus.

Le football ressemble peut-être aux époques qu’il traverse. Il a cette drôle de particularité de se mettre des épines dans le pied quand ses enjeux dépassent le simple cadre du jeu, et que son essence se fond dans de nouvelles réalités. En soi, le concept de binationalité est un terrain glissant, forcément, parce qu’il entremêle les notions d’intérêts et de dévouement. Parce qu’il se réduirait, pour certains, à une dualité purement manichéenne, une sorte de dilemme. La passion ou la raison. Éternelles options.

Choisir, pourtant, ce n’est pas subir. Si Nabil Fekir est plongé dans cette logique cornélienne depuis quelques semaines, son entourage (au sens large du terme) a certainement compliqué les choses. La maladresse de son revirement et de sa communication attestent de la confusion qui l’a envahi. Oui, l’attaquant lyonnais a eu la naïveté de vouloir convaincre tout le monde (ou de ne décevoir personne) mais l’histoire devrait s’arrêter là. Là où beaucoup ont l’embarras du choix, lui a eu le choix de l’embarras.

Didier Deschamps l’a bien compris. Dans sa conférence de presse, le sélectionneur de l’équipe de France a rapidement esquivé toutes les spéculations idéologiques pour se concentrer sur la réalité du terrain, comme d’habitude, en vrai pragmatique qu’il est. Dans sa carrière, Nabil Fekir est encore au stade des prémices, mais ce qu’il a montré sur six mois de Ligue 1 a suffi pour taper dans l’œil de DD, dans une période où le technicien tient à conserver son équilibre tout en s’octroyant le luxe de quelques essais.

Le jugement du jeu

La convocation de Nabil Fekir pour ce premier rassemblement de l’année est d’abord une question de profil. L’attaquant de Lyon est un manieur de ballon très singulier. Il dégage, dans son impression visuelle, une élégance caractéristique des gauchers. Ses mouvements sont fluides, sa conduite de balle est limpide, et sa palette technique ne le fige pas dans un rôle précis. C’est cette inconnue dans le potentiel (et dans la position préférentielle) qui suscite la curiosité, il a l’attrait de ceux dont on ne connait pas les limites et l’attention de ceux qui font tout très vite.

Et puis il y a les chiffres, aussi. Son bilan statistique reflète les facettes multiples d’un attaquant moderne alliant une remarquable efficacité aux brèches qu’il crée par son seul toucher. Fekir est un passeur, un finisseur, et surtout un détonateur, le prototype du joueur de rupture aux changements de rythme salvateurs pour bonifier une période de domination et casser la dernière ligne par un dribble, une prise de balle dévastatrice, une accélération ou une combinaison.

En vingt-six matches de Ligue 1, ses stats sont franchement parlantes : onze buts et sept passes décisives auxquels il faut ajouter six penalties provoqués depuis le début de saison - un record en Europe dans les cinq championnats majeurs. Cette aptitude à se montrer décisif aussi fréquemment et aussi tôt a dû faire pencher la balance pour Didier Deschamps, au même titre que la dimension athlétique du Lyonnais, un autre point sur lequel le sélectionneur des Bleus s’est toujours montré très pointilleux. Fekir a un morphotype assez trapu, sa vélocité pour résister aux charges dans les contacts (il est le onzième joueur de Ligue 1 à remporter le plus de duels) est déterminante pour se frayer des percées dans les défenses.

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Alors la formule est classique, bien-sûr, redondante, même, mais on l’énoncera quand même. Toutes ces promesses appellent désormais à la confirmation pour un joueur encore perfectible dont l’explosion n’occulte pas quelques interrogations. Quel est son poste de prédilection ? Comment s’exprimera-t-il dans un contexte international ? S’adaptera-t-il dans une animation offensive qui ne calque pas ses repères lyonnais, sans la présence garantie d’Alexandre Lacazette, le complice technique et protecteur de sa réussite ? Ce seront les énigmes du soir, mercredi, dans l’atmosphère de Saint-Denis, pour ce France-Brésil aux allures de clin d’œil du destin pour l’intéressé. Ce France-Brésil si familier où un Franco-Algérien un peu plus illustre et un peu plus idolâtré que les autres avait écrit une page si glorieuse du passé.

C’est encore la preuve que l’histoire est quand même têtue, qu’elle aime se nourrir des signes et des symboles les plus ténus, mais même s’il y a peut-être un peu de candeur là-dedans, on ose croire que la dissection des premiers pas de Nabil Fekir en Bleu ne sera axée que sur son jeu, simplement. Parce que c’est le jeu que l’on se plait à aimer, que la sensibilité première de ce jeune joueur se situe là, et que la portée de ce jugement-là, s’il devait y en avoir un, serait assez lourde comme ça.

 

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