Bayern - Heynckes : "Le Real Madrid a beaucoup plus d'expérience que le PSG !"

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EXCLU GOAL - Jupp Heynckes, l'entraîneur du Bayern, s'est longuement confié sur sa méthode, son incroyable longévité et l'actualité du football.

Après une période délicate à l'automne, le Bayern a vu Jupp Heynckes voler à son secours pour redresser la barre. Et le technicien, qui connait tous les recoins de la maison bavaroise, n'a pas failli dans sa mission pour l'instant. Leader de Bundesliga et qualifié en huitième de Ligue des champions, son Bayern a enfin retrouvé une position à la hauteur de son standing. Dans un long entretien accordé à Goal, le technicien a dévoilé les secrets de sa méthode.

Jupp Heynckes, on parle beaucoup des jeunes entraîneurs en ce moment. En 1979, à l'âge de 34 ans, vous êtes devenu le plus jeune entraîneur de la Bundesliga au Borussia Mönchengladbach. Quel souvenir en gardez-vous ?

Jupp Heynckes : J'ai été un joueur actif jusqu'en 1978 et j'ai travaillé pendant un an en tant qu'entraîneur adjoint pour Udo Lattek. Ensuite, mon manager Helmut Grashoff m'a demandé si je souhaitais tenter d’occuper le poste d’entraîneur numéro 1. Et insouciant comme je l’ai toujours été, j'ai dit : 'bien sûr que je vais tenter.' Avec le recul, je sais que j'avais encore beaucoup à apprendre.

Quoi exactement ?

Déjà, en tant que joueur, j'étais non seulement passionné mais aussi très ambitieux. J'ai été conditionné par notre ancien entraîneur Hennes Weisweiler - et il pouvait très bien perdre. C'est exactement ce que vous devez apprendre dans le football : vous devez respecter les défaites, mais vous ne devez jamais les accepter. Vous devez toujours être prêts à tirer des conclusions des défaites, à les analyser et ensuite à améliorer les choses. Mais il y a aussi d'autres choses plus générales que vous devez apprendre au début, comme le management de l'équipe et les relations avec les gens. J’avais déjà l’habitude d’avoir un statut important en tant que membre actif de l'équipe et j’étais un leader. Je peux d’ailleurs vous donner un exemple tout simple.

Avec plaisir...

Quand je suis devenu entraîneur numéro 1, il y avait encore quelques joueurs qui avaient joué avec moi et qui m’appelaient encore 'Du'. Et puis, quand je suis devenu entraîneur numéro 1, du jour au lendemain, ces joueurs m’ont appelé 'Sie'. Alors j'ai dit: "Vous êtes tous fous. Vous dites 'Du' - et c'est tout." Mais là vous pouvez déjà voir tout le respect que mes anciens coéquipiers m'ont montré. C'est très important quand on est entraîneur. Vous devez garder vos distances d'un côté et établir une proximité de l'autre. Je pense que j'ai toujours réussi ce mix.

Comment avez-vous fait par rapport à votre jeune âge ?

Nous avons atteint la septième place du classement et la finale de la Coupe UEFA la première année, alors nous avons reçu plein d'éloges. Néanmoins, la critique après les matches était aussi fréquente qu'elle ne l'est aujourd'hui. Mais je ne me suis jamais laissé avoir. Déjà en tant que joueur, ma psychologie était ma première force en plus du football. Cela m’a beaucoup aidé dans mon job d'entraîneur. J'ai toujours eu des idées claires sur la façon dont je voulais travailler, mais j'étais toujours prêt à apprendre des autres. Même aujourd'hui, je peux voir des petits détails qui peuvent être intégrés dans mon travail.

Est-ce que le travail des jeunes entraîneurs est plus dur aujourd’hui ?

Tout d'abord, les jeunes entraîneurs sont mieux préparés aujourd'hui. À l'époque, je n'ai travaillé qu'avec un excellent entraîneur pendant un an, auprès duquel j'ai pu apprendre. Aujourd'hui, il arrive souvent que les jeunes entraîneurs aient travaillé auparavant dans des équipes de jeunes ou chez les moins de 23 ans et qu’ils y aient acquis de l'expérience. Il est très important pour un jeune entraîneur d'apprendre à se présenter correctement, à parler à l'équipe et à travailler sur le terrain d'entraînement.

Est-ce que cela vous a aidé, vous, à être encore plus professionnel ?

Absolument. Si vous avez été professionnel à un très haut niveau, il y a toujours des situations qui se sont produites des centaines de milliers de fois et auxquelles vous pouvez réagir en conséquence. Bien sûr, c'est un gros avantage. Néanmoins, ce n’est pas facile pour les jeunes entraîneurs aujourd'hui, je le dis honnêtement. Pas seulement par rapport aux médias, mais aussi aux par rapport exigences élevées des clubs respectifs. Les jeunes entraîneurs doivent également être autorisés à faire des erreurs. Nous l'avons tous fait avant.

Jupp Heynckes exclusive

Qui vous a influencé en dehors de Hennes Weisweiler?

Ernst Happel par exemple. C’était un coach lumineux qui était déjà très moderne lorsqu’il était entraîneur au HSV : avec une defense à quatre, le piège du hors-jeu, le pressing, une défense haute, des animations offensives modernes. J'ai regardé ça, j'ai analysé ça, et j’en ai fait ma méthode. Plus tard, ça a été Arrigo Sacchi et Johan Cruyff. En tant que coach, vous devez toujours apprendre de nouveaux détails que vous pouvez intégrer dans votre travail.

Comment avez-vous suivi les entraîneurs après votre départ en 2013 ?

Je dois admettre que j'ai arrêté ce job d'entraîneur en 2013. Après cela, je n'ai regardé du football qu’en tant que fan. Bien sûr, je me disais de temps en temps 'cette équipe est habile' ou 'je n'aurais pas fait ce changement maintenant.' Si vous avez été entraîneur pendant si longtemps, vous développez un sentiment pour certaines situations. Vous pouvez voir comment les joueurs bougent, si quelqu'un est fatigué ou s'il est toujours bien. Parfois vous pensez : 'l'entraîneur fait du bon travail, il compose bien l'équipe, il la structure bien, il a un plan très clair.' Surtout pour les équipes qui ne sont pas si bien équipées, vous pouvez voir la patte de l'entraîneur plus clairement. Donc ça a pu m’arriver d’enregistrer des choses, mais en gros c’est comme si j’étais revenu en arrière, je m’étais laissé user par le football ou que je m’étais dit : 'Non, tu ferais mieux de t'allonger une heure et de dormir un peu.' (Rires)

Uli Hoeness a dit récemment que vous êtes quelqu'un qui combine le management sportif moderne et les qualités humaines. Même dans le vestiaire, vous auriez tout sous contrôle. Quelle est votre recette pour le succès ?

Quand on demande à Uli Hoeness, il trouve toujours quelque chose. Très souvent, c'est beaucoup de positif. Mais vous pouvez parfois aussi y voir de la critique. Avec sa déclaration, il a certainement voulu parler de la façon dont je dirige une équipe, comment je structure une équipe, ce que j'ai pour un plan de match, et comment je travaille avec l'équipe sur le terrain d'entraînement dans tous les domaines nécessaires aujourd'hui dans le monde du football. Mais il pensait surtout au management de mon équipe, je pense.

Comment définiriez-vous vos principes ?

Il existe différents types d’entraîneurs et cela dépend toujours du caractère, de la façon de faire avec les gens. Il est très important de respecter chaque joueur et chaque employé. Pour moi, les gens ont toujours la même valeur, peu importe la couleur de peau, la religion ou le statut. En outre, vous devez être ouvert et authentique, être honnête avec les joueurs et construire une relation de confiance. Je pense que ma grande force est que je fais confiance aux joueurs et que les joueurs à leur tour me font confiance aussi. Vous trouvez donc un terrain d'entente sur lequel vous pouvez réussir. Et puis vous avez une autorité naturelle, pas seulement à cause de votre position.

Nous avons déjà parlé de vos débuts en tant qu'entraîneur en 1979. Au cours des 39 années suivantes, le métier s'est énormément développé. Par exemple, les statistiques détaillées jouent un rôle important aujourd'hui. Comment voyez-vous cette evolution ?

Vous ne pouvez pas surcharger les joueurs avec des données, vous devez trouver un juste milieu. Fondamentalement, je trouve les outils modernes bons et opportuns, car ils vous donnent beaucoup d'indices. C’est quelque chose qui est présent aujourd’hui et je ne me sens pas trop vieux pour ça. En face de cela, il y a mon expérience, à travers laquelle je peux aussi évaluer qui a beaucoup couru, par exemple. La plupart du temps, mon observation coïncide avec les données que je reçois de nos instructeurs de conditionnement physique ou de nos scientifiques du sport.

Et par rapport aux analyses en vidéo ?

C’est très important pour l'analyse du jeu et la préparation de l'adversaire aujourd'hui que nous compilions une grosse vidéo avec nos analystes, ça montre les forces et les faiblesses de l'équipe adverse. Et puis le suivi des matches avec des séquences vidéo et ma critique, positive ou negative, est tout aussi important. Ces aides sont essentielles. Elles sont géniales et rendent le job plus facile qu'avant. Il est crucial, cependant, que vous expérimentiez de telles choses non seulement visuellement, mais aussi activement sur le terrain d'entraînement, où vous l'appliquez ensuite.

Votre travail sur le terrain depuis votre retour au FC Bayern a rendu de nombreux joueurs meilleurs. Pour Kingsley Coman, vous avez par exemple dit très banalement qu'il devait lever la tête plus souvent avant de centrer.

Tout est basé sur des situations que j'ai connues moi-même, y compris avec mon mentor, devenu ami plus tard, Hennes Weisweiler. Hennes était un entraîneur fanatique. Fanatique dans le sens où il aimait détailler le travail. Il a pratiqué avec nous le tir, le jeu de tête, le jeu de passes et plein d’autres choses. Et je fais ça avec les très bons joueurs du Bayern Munich. Vous devez toujours être en confiance avec le ballon. C’est pour cela que vous devez répéter certains processus encore et encore. C'est comme un joueur de tennis qui fait 500 services par semaine avant un grand tournoi. Dans le football, vous devez intérioriser beaucoup : le jeu de position, le jeu de passes, les schémas d'attaque, les centres, le timing devant le but. Je peux vous raconter une petite histoire.

Avec plaisir...

Simon Rolfes du Bayer 04 Leverkusen m'a dit un jour : 'Tu as été mon meilleur entraîneur parce que tu nous as corrigé, parce que tu as dit de façon juste si j’étais bon avec le ballon, si j’étais bien placé etc.' C'est le grand art d'un coach de reconnaître et de corriger les choses.

C’est particulièrement vrai pour la passe et le jeu de position. Pep Guardiola a été très méticuleux à ce sujet, Carlo Ancelotti a offert plus de liberté à ses joueurs offensifs. Votre approche se situe-t-elle entre les deux ?

Je pense que chaque joueur dans le jeu de position doit savoir ce qu'il doit faire et ne pas faire. De nos jours, vous pouvez voir par les mouvements d'un footballeur s'il a vraiment beaucoup de classe. Il s'agit de savoir où il se déplace selon l'attaque, s'il occupe les bons espaces, s'il s'offre des solutions ou s'il reste à l'écart. Le jeu de position n'est productif que si vous êtes toujours à la recherche de la profondeur, pas seulement par la réalisation d’une passe, mais aussi par des changements de rythme ou la volonté de faire une passe qui casse la ligne. Pour cela, vous avez bien sûr besoin de joueurs qui peuvent répondre à cela. Nous avons gagné trois titres en 2013 parce que nous avons trouvé le bon équilibre entre le positionnement et la capacité à exploser et trouver de la profondeur. Parfois, les choses simples sont les plus efficaces.

On vous voit souvent comme un entraîneur à miracles...

Il y a des raisons simples au fait que nous ayons réussi depuis que Peter Herrmann et moi sommes ici. Déjà, nous sommes employés par un très grand club. Nous avons de très bons joueurs, nous avons un staff technique complet, tout le personnel travaille parfaitement. Ce qui se passe en ce moment est un succès pour tous ceux qui sont impliqués dans ce processus. Je ne le revendique pas pour moi-même. J'ai beaucoup d'expérience, j'ai toujours vu la vie, en particulier la vie professionnelle, avec réalisme. Il y a des hauts et des bas, il y a des succès et des défaites. Quand je suis arrivé ici début octobre, j'étais convaincu que nous réussirions parce que je connaissais les joueurs, l'équipe et les entraîneurs ainsi que mon style de management. Mais nous n'avons pas encore fini.

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Quels objectifs vous fixez-vous ?

Nous souhaitons être champions d’Allemagne, nous ne le sommes pas encore. Nous voulons aussi être sacrés en Coupe d'Allemagne et en Ligue des champions... En Ligue des champions, ce sera certainement très difficile, car il y a des équipes de haut niveau, qui ont - grâce notamment à un énorme effet de levier - considérablement augmenté leur force de frappe sur le marché des transferts. C'est pourquoi il sera de plus en plus difficile pour la Bundesliga et pour le Bayern Munich de connaître le même succès international.

Votre ancien club, le Real Madrid, a remporté la Ligue des champions deux fois de suite, mais il est actuellement en difficulté. Comment évaluez-vous la situation ?

Il y a toujours des cycles dans le football. Récemment, le Real Madrid a connu un succès incroyable, et avant lui le FC Barcelone aussi pendant une certaine période. Le Bayern Munich en a aussi eu en 2013 et aussi les années précédentes. Donc, il y a toujours des instantanés. À l'heure actuelle, il est dit que la Premier League anglaise est la meilleure et en ce moment, ce pourrait être comme ça. Mais les équipes anglaises doivent maintenant le prouver dans la phase à élimination directe de la Ligue des Champions.

Et concernant le Real ?

Le fait que Madrid soit en ce moment à un niveau bas en championnat est, à mon avis, tout à fait normal, si vous avez remporté deux fois la Ligue des champions et que vous êtes devenu champion d'Espagne. En outre, le Real a vu partir trois très bons joueurs l’été dernier avec Alvaro Morata, Pepe et James Rodriguez, peut-être pour l'équilibre de la masse salariale. Ils n'ont pas beaucoup recruté et ont pensé qu’ils compenseraient cela avec les jeunes joueurs. Non, vous avez besoin d'un très bon mélange entre jeunes et anciens, entre joueurs expérimentés et affamés. Néanmoins, vous ne devez pas faire une croix sur le Real en C1, quoiqu’il arrive. Ils ont beaucoup plus d'expérience que le Paris Saint-Germain. Beaucoup plus ! Je crois aussi que le Real va de l'avant. C'est une bonne équipe internationale. Lorsque nous avons remporté la Ligue des champions pour la première fois en 1998 après 32 ans, nous avons terminé quatrièmes en championnat. Par conséquent, je le sais par expérience personnelle : Madrid ne devrait jamais être sous-estimé.

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