Barça-Atlético Madrid : une rivalité moderne

Commentaires()
Getty Images
Retour sur la rivalité qui a germé entre les deux cadors depuis la résurgence des Colchoneros au premier plan en Liga.

Avant le choc déterminant en Liga entre les deux équipes ce dimanche, parlons de la rivalité récente entre le Barça et l'Atlético Madrid, une rivalité qui risque de prendre de l'ampleur avec la nouvelle dimension prise par Antoine Griezmann, attaquant emblématique des Rojiblancos, convoité par les Blaugrana.

La belle affiche : le choc Barça-Atlético Madrid

Les rivalités footballistiques sont beaucoup plus profondes qu'elles ne peuvent le paraître de prime abord pour le profane. La rivalité entre l'Argentine et l'Angleterre tire ses racines de la guerre des Malouines, là où d'autres antagonismes ont germé dans des contextes bien spécifiques à tarvers les décennies, qu'ils soient politiques, identitaires ou économiques. On pense notamment à la plus grande rivalité sportive au monde, le Clasico Real-Barça, soit l'Establishment mâtiné d'accents royalistes contre la velléité identitaire revendicative.

Ces données prises en compte, il est très difficile de voir naître et prospérer des rivalités purement sportives, surtout dans une ère où les impératifs économiques gagnent du terrain dans leur lutte éternelle contre l'aléa sportif dont ils parviennent de plus en plus à limiter l'influence. Pourtant, c'est au coeur d'une nation footballistique morcelée par le clanisme et le régionalisme qu'a éclôt une concurrence récente et a fortiori purement sportive, qui se tient dans l'ombre d'un autre duel madriléno-catalan plus notoire, tout en quêtant aussi sa part de lumière : la rivalité Atlético Madrid-Barcelone.

Le onze combiné de Barça-Atlético avec Umtiti, Busquets, Griezmann...

Une rivalité espagnole, mais aussi (surtout ?) européenne. C'est aussi une rivalité qui fait écho au clash de deux philosophies footballistiques qui ont traversé les âges entre des Catalans suivant leur dogme ludique comme une boussole à travers les époques et un Atlético pragmatique pour qui tous les moyens sont bons pour gagner. Et si le Barça n'est pas disposé à brader son mantra, l'Atlético, de son côté, est prêt à sacrifier n'importe quelle doctrine et à user de tout stratagème à sa disposition pour grappiller un succès. Difficile, donc, de faire plus caricatural comme opposition.

Antoine Griezmann Atletico Madrid

Ces dernières années, avec l'émergeance d'Antoine Griezmann comme nouvelle grande star offensive et l'intérêt marqué et encore d'actualité du Barça qui en a découlé, la rivalité a encore pris de la consistance. Surtout que le buteur français arrive lancé pour ce choc qu'il entend bien marquer de son empreinte avant, peut-être, de rallier la Catalogne l'été prochain. Auteur d'un quadruplé mercredi contre Leganes, l'international tricolore a franchi le mur des 100 buts avec l'Atletico Madrid. Un record qui a des allures de jalon à franchir afin de partir sans regrets au terme de l'exercice. Mais avant, il y a ce match à disputer.

Griezmann marque un quadruplé et franchit la barre des 100 buts avec l'Atletico

Le duel Atlético-Barça n'arbore pas les mêmes oripeaux prétentieux de l'affrontement entre le Real et le club catalan, célébration bisannuelle de la singularité de statuts de deux formations dotées d'une armature mythologiue unique et finalement assez semblable. Tout ou presque oppose les Colchoneros et les Azulgrana pour un face à face qui est d'abord et surtout un match de football et qui a d'ailleurs trouvé ses origines en germant sur un terrain peu fertile aux nouvelles entités mythologiques.

Le premier marqueur de cette rivalité s'est manifesté en Supercopa 2013, quand l'Atlético avait tenu son prestigieux adversaire en haleine pendant 180 minutes avant de s'incliner uniquement par le biais du but à l'extérieur de Neymar. Dès lors, l'équipe striée de rouge et de blanc n'était plus perçue comme une équipe de "coups" (sans référénce voilée au jeu très viril des Colchoneros...), capable d'embêter le Barça le jour de son centenaire au Camp Nou un soir de novembre 1998, mais comme un arbitre valable et capable du duel entre le Real et les Catalans au sommet de la Liga... et de l'Europe.

Atlético Madrid, Filipe Luis : "Je suis convaincu que Griezmann n'a pris aucune décision

L'article continue ci-dessous

Après ce fameux match de Supercoupe, le Barça de Tata Martino s'est frotté 4 fois à la rocailleuse arrière-garde madrilène, composée de Juanfran, Miranda, Diego Godín et  Filipe Luís. le coach argentin a dû finalement jeter l'éponge et être limogé après un énième échec face aux Rojiblancos. Le Barça de Martino n'avait réussi à marquer que 3 buts en 6 matches face à l'Atlético cette saison-là avec une élimination en demi-finale de C1 à la clé et un nul lors de la dernière journée de Liga qui avait coûté à Barcelone le titre au profit de son tout nouveau rival.

Depuis, l'Atlético s'est révélé un adversaire très problématique pour le Barça en C1. On se souvient par exemple de l'élimination des Blaugrana en quarts des finale en avril 2016 sur un doublé d’Antoine Griezmann. Et même si le Barça a affché une certaine prééminence dans les duels de Liga face aux Colchoneros, le rendez-vous chez les Matelassiers n'a jamais été une cure de repos pour le leader actuel de la Liga. On sait d'ailleurs qu'Ernesto Valverde n'a pas encore gagné face à Diego Simeone, dont l'arrivée en 2011 à la tête des Madrilènes a carrément remodelé le paysage du football espagnol, ajoutant au burin un nouvel acteur principal à un feuilleton déjà haletant, quoi qu'assez convenu faute de protagonistes viables.

Le football a toujours su créer sa propre mythologie, avec un panthéon qui lui est propre. Alors que le championnat espagnol est plus ouvert que jamais après le nul du Barça à Las Palmas, l'Atlético peut s'offrir une ultime transgression pour faire de nouveau dégringoler les dieux du stade catalan du mont olympe.

Fermer