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Avant Moldavie-France, Igor Dobrovolski : "La sélection moldave a tout pour grandir"

13:00 UTC+1 21/03/2019
Igor Dobrovolski
Goal s'est entretenu avec l'ancien coach de la Moldavie et ex-Marseillais, Igor Dobrovolski. Il nous parle de sa sélection et de bien d'autres sujets.

Vendredi prochain, il aurait pu être sur le banc de la sélection moldave et croiser ainsi le fer avec son ancien coéquipier à l'OM, Didier Deschamps. Igor Dobrovolski s'est occupé de cette équipe nationale à trois reprises, signant des résultats plutôt séduisants avec notamment un 37e rang atteint au classement FIFA (en 2007). Mais le destin a fait que l'honneur de défier les Bleus va revenir à Alexandru Spiridon, l'autre grande figure du football moldave. "Dobro", lui, s'occupant depuis l'année dernière de la modeste équipe de Dinamo-Auto (D1 moldave).

Mais le hasard fait aussi bien les choses et le champion olympique 1988 a donc eu le temps de se confier longuement à Goal juste après avoir dirigé une séance d'entraînement. Celui qui fut l'une des dernières stars du football soviétique nous a fait savoir qu'il n'a jamais cherché la lumière et que tout au long de sa carrière et même après, il a veillé à garder un détachement vis-à-vis des différentes expériences qu'il a vécues, qu'elles aient été bonnes ou mauvaises. Et c'est pour cette raison qu'il n'est pas du tout aigri par rapport à son passage manqué dans la grande équipe de l'OM (1992-93).

Dans l'entretien qu'il nous a accordé, il s'est donc plus volontiers épanché sur le football de son pays, la progression de sa sélection ou même la réussite des Bleus et de son coach, que sur ses propres accomplissements. À 51 ans, ce moldo-ukrainien, qui a aussi défendu les couleurs de la Russie (18 sélections), préfère rester en retrait pour mettre en valeur les autres. Et au bout du compte, cela ne diffère finalement pas trop du travail qu'il effectuait jadis sur le rectangle vert.


"Face à la France, on n'a aucune obligation de résultats"


Tout d'abord, ressentez-vous de l'excitation et de l'impatience avant le match de vendredi ? Auprès de la population moldave, des supporters ?

Igor Dobrovolski : Non, je pense que tout est calme ici. Honnêtement, il n'y a pas une très grande ferveur. La préparation se déroule sereinement.

La réception des champions du monde, ça ne crée pas plus d'agitation et d'enthousiasme que ça ?

Non, justement, c'est parce que ce sont les champions du monde qui viennent qu'on est calmes et sereins. Il n'y a aucune pression. S'il y avait une sélection d'un niveau moins élevé, alors les gens seraient un peu plus stressés ou impatients. Parce qu'il y aurait l'obligation de faire un bon résultat. Là, tout le monde s'attend simplement à voir un match de gala. On est tranquilles, et on attend simplement de voir des stars du football.

Vous avez été sélectionneur de la Moldavie à plusieurs reprises, que pensez-vous de l'équipe actuelle ?

Oui, j'ai été sélectionneur durant trois mandats et sur une durée cumulée de six ans. Mais j'avais d'autres joueurs. Aujourd'hui, les personnes avec qui nous avons obtenu des résultats ne se trouvent pratiquement plus dans cette sélection. Il reste probablement dix joueurs au maximum, parmi ceux que j'ai dirigés.

Aujourd'hui, qui sont les meilleurs joueurs de cette équipe, les vedettes ? Les joueurs dont les Français devront se méfier ?

Il y avait Alexandru Gatcan, mais il a mis récemment fin à sa carrière internationale. J'aurais pu citer aussi Alexandru Epureanu, le capitaine et celui qui a disputé le plus de matches avec notre sélection (91) - mais il est blessé. Donc, il ne sera pas là. Il y aura une jeune équipe et il est difficile de choisir quelqu'un en particulier. Tous ont plus ou moins le même niveau.


"Aujourd'hui, ce qui caractérise le joueur moldave c'est sa combativité"


Qu'est-ce qui caractérise le joueur moldave plus que tout ?

Dans le passé, c'était la technique, une excellente vision de jeu. Aujourd'hui, il se distingue un peu plus par sa combativité, son engagement. Il m'est un peu compliqué de comparer, car j’étais en poste à une époque différente. Il y avait une toute autre équipe que celle d'aujourd'hui. Tout était différent.

Que manque-t-il à la sélection moldave pour grandir et participer éventuellement à sa première grande compétition internationale ? Comme l'ont fait par exemple l'Ukraine, la Russie ou même la Lettonie.

Le temps. Tout le reste, comme les conditions de travail, on l'a. On a juste besoin d'un peu de temps et tout ira bien.

Voyez-vous une surprise survenir lors de match ? La Moldavie peut-elle sur 90 minutes surprendre l'équipe de France ?

Vous savez, il y a le proverbe qui dit : "L'espoir meurt en dernier". Et ça se dit aussi en Français, si je ne me trompe pas. De l'espoir, il y en aura toujours chez les supporters. Mais bon, aujourd'hui, il y a trop de différence de classe entre ces deux sélections. Je ne vois vraiment pas une surprise survenir lors de ce match. Si j'étais encore sélectionneur, je ne m'attendrais pas à un coup sensationnel des miens. J'espérerais simplement que les gars montrent un bon football et prennent du plaisir.

Que pensez-vous de l'équipe de France ? Est-ce selon vous la meilleure sélection au monde ?

Vous savez, en Europe, il y a cinq, six grandes sélections : l'Espagne, l'Allemagne, la France, l'Angleterre, le Portugal... Ces équipes sont presque toutes d'un niveau égal : et celle qui est la plus chanceuse l'emporte lors des confrontations directes.


"La réussite de Deschamps parle pour lui"


Elle est entraînée par Didier Deschamps. Quelqu'un que vous avez bien connu en tant que joueur. Que vous inspire sa réussite ?

Je suis heureux qu'une personne et un joueur comme lui ait réussi. Un ancien milieu de terrain comme moi je l'étais. Celui qui, de par sa position, guidait et dirigeait l'équipe. À l'époque, à Marseille, le jeu dépendait beaucoup de lui déjà et je suis content de voir qu'il ait réussi dans cette deuxième vie. De plus, quand on voit ce qu'il a réussi au fil des ans, c'est tout sauf un hasard. L’équipe de France domine le football mondial depuis cinq, six ans. C'est donc un modèle pour bien d'autres sélections. Le succès n'était pas immédiat, mais il a su bâtir progressivement et aujourd'hui on voit ce que cette sélection est devenue. Pour moi, peu importe les changements qu'il a apportés dans la tactique, les joueurs utilisés ou alors son fond de jeu. Moi, ce que je constate c'est qu'il fait bien jouer son équipe.

À l'époque, pouviez-vous déjà imaginer qu'il deviendrait l'un des meilleurs entraîneurs du monde ? Y avait-il chez lui les prémices d'un grand entraineur ?

Oui, tout à fait, c'était apparent. Il était responsable, sérieux. Oui, c'était parfaitement prévisible.

Ce thème nous amène à parler de votre époque marseillaise. Quel souvenir gardez-vous de votre court séjour à Marseille ?

Je dirais que ce sont des souvenirs un peu mitigés. Il y en a eu des bons et des mauvais. Mais bon, c'est le lot de tous les joueurs de football. Des moments différents qu'on vit dans un vestiaire et au sein d'une équipe.

Quand vous vous remémorez votre passage à Marseille, avez-vous des regrets ? Avec le recul, pensez-vous que vous auriez pu faire mieux, vous accrocher et essayer de gagner votre place ? Ou vous dites-vous que c'est le destin et que cela ne dépendait pas que de vous ?

Non, je n'y pense pas et il est de toute façon c'est trop tard maintenant pour revenir en arrière. J'ai joué en équipe première quand je suis arrivé. Une fois, j'ai parlé avec Jean-Pierre Bernes, qui était directeur sportif à l'époque, je suis tombé malade et je le lui ai dit que je ne pouvais pas jouer un match (ndlr, contre Le Havre). Il m'a dit que je le ferai quand même, et que si je ne venais pas alors je ne jouerais plus. C'est ce qui s'est passé. En fait, je ne jouais déjà plus beaucoup à ce moment-là. Au tout début, ça se passait très bien en revanche. J'étais avec l'équipe première et j'avais des relations normales avec mes coéquipiers. Quand je suis arrivé, je connaissais assez bien la langue et j'ai donc noué de bonnes relations avec les autres gars. La seule chose qui se passait mal était ce conflit avec le directeur sportif. Mais ça va, j'y ai survécu.

Lors de la saison du titre européen de l'OM, vous avez joué un match de Ligue des champions seulement (contre le CSKA Moscou). Vous considérez-vous comme champion d'Europe ?

Je ne me considère même pas comme un champion tout court. Vous savez, je n'ai gardé quasiment aucune médaille parmi celles que j'ai remportées. Je distribue tout ce que je reçois, je le prends avec beaucoup d'humilité. Je ne donne pas d'interviews, je n'essaye pas me montrer dans la presse. Je n'aime me montrer nulle part d'ailleurs, j'aime être discret. D'ailleurs, cette interview est presque une exception.

Avez-vous gardé des amis à Marseille parmi le staff ou les joueurs ?

Non, plusieurs années se sont écoulées et ça fait longtemps que le lien s'est rompu. Il y a peut-être Rudi Voller, qui a joué plus tard en Allemagne et que j'ai pu croiser.

Quel est le meilleur souvenir de votre carrière ? La médaille d'or olympique à Séoul ?

Non, pas vraiment. On a gagné et c'était bien. Mais je ne m'en souviens pas plus que cela. Pour moi ce n'était qu'un tournoi parmi d'autres. Je suis assez détaché par rapport à ça, et par rapport à tout ce qui est passé durant mon parcours.

Dans ce cas, que pouvons-nous vous souhaiter pour le futur ?

Ce qui doit arriver arrivera.

Propos recueillis par Naïm Beneddra