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Transféré de Metz à Mayence cet été, Moussa Niakhaté (international Espoirs) brille au sein de la meilleure défense de Bundesliga.

EXCLU GOAL - Pour remplacer Abdou Diallo, parti à Dortmund cet été, Mayence (8e) a fait confiance à un autre international Espoirs Français. Moussa Niakhaté (22 ans). Recruté au FC Metz après une saison pleine en Ligue 1, le jeune défenseur est venu garnir les rangs de l'actuelle meilleure défense de Bundesliga. Le choix d'un avenir outre-Rhin, comme l'ont fait de nombreux joueurs français ces dernières années, à l'image de Mickaël Cuisance, Corentin Tolisso ou encore Benjamin Pavard. Tous partis de France pour découvrir l'Allemagne. Un pays dans lequel le footballeur français jouit d'une très belle image.

Moussa, vous êtes arrivé à Mayence cet été, comment ça se passe pour vous là-bas ?

Moussa Niakhaté : Le début de saison est plutôt satisfaisant. On est dans la première partie de tableau. Mon intégration a été bonne. Je suis tombé dans un bon club, avec un bon état d'esprit. Je suis vraiment content et je me sens très bien.

Qu'est-ce qui vous a séduit dans le projet de Mayence ?

Le sportif, avant tout. Si je partais de Metz, c'était pour continuer à jouer. J'ai aussi beaucoup aimé le discours du coach (Sandro Schwarz, ndlr), sa philosophie de jeu et les infrastructures du club. L'accent est vraiment mis sur le sportif et pour moi, c'est très important. C'est ça qui a fait pencher la balance.

À Metz, vous restiez sur une saison pleine. Comment s'est passé votre départ ?

Je pense que j'aurais pu encore passer un palier là-bas, mais il y avait la Ligue 2, on ne va pas se mentir. J'ai joué trois ans à ce niveau. La saison en Ligue 1 a été très compliquée, mais j'ai croqué tous les matchs à pleine dents. Je me suis posé des questions à un moment donné, mais Metz a eu une ouverture d'esprit incroyable. Aujourd'hui, beaucoup de clubs bloquent leurs joueurs. Metz, au contraire, a respecté mon désir de partir. Le club y a trouvé son compte. Je ne suis pas parti pour un euro. J'ai rapporté quelque chose au club qui a su comprendre pourquoi je voulais partir, et je les remercie encore.

Frédéric Antonetti souhaitait pourtant vous conserver. Quelle a été la teneur de vos échanges ?

On en a parlé à cœur ouvert quand l'accord entre les deux clubs a été trouvé. Je ne vais pas révéler tout ce qu'on s'est dit, mais on a parlé de beaucoup de choses. On ne s'est pas côtoyé longtemps, mais j'ai vu l'homme que c'est et j'ai vraiment apprécié les quelques semaines avec lui. Il a une grande carrière de coach et se sait attendu à Metz. Il voulait me garder, mais il a aussi pensé à ma carrière et jamais il ne m'a dit qu'il ne comprenait pas ma décision.


"Si je dois me tromper, je préfère le faire seul"


L'année dernière, Abdou Diallo nous avait dit tout le bien qu'il pense de Mayence, en avez-vous discuté avec lui avant de signer ?

J'en ai discuté avec lui seulement après avoir signé. Pas avant, parce que c'est une décision que je voulais prendre seul. C'est mon avenir. Il faut que je fasse ce que je pense être bon ou non. Si je dois réussir ou me tromper, je préfère le faire de moi-même. En plus, il était aussi dans son transfert (au Borussia Dortmund, ndlr). Il fallait respecter ça. Mais une fois que c'était fait, on a discuté pour savoir comment était la ville. On a surtout parlé de tout ce qui tourne autour du foot.

En quoi est-ce si important pour vous de prendre vos décisions seul, sans l'avis de personnes extérieures ?

C'est important de savoir prendre ses responsabilités, de ne pas se tromper sous l'influence de quelqu'un d'autre. Ça permet de ne pas avoir de regrets. Imaginons que tu ne sois pas sûr et que tu te laisses séduire par un truc... Je ne fonctionne pas comme ça. J'assume tout ce que je fais. Je ne regrette pas et je ne regretterai jamais. Je ne sais pas ce que l'avenir me réserve, mais je suis très bien où je suis.

PS Niakhaté
Depuis son arrivée à Mayence, l'international Espoirs français n'entend que du bien des jeunes joueurs tricolores.

Que vous a dit concrètement Abdou Diallo après votre signature ?

Que les stades étaient incroyables, qu'il y avait du spectacle et que ça vivait foot. Je le savais déjà, mais c'est venu confirmer ce que je pensais. Il m'a aussi parlé du club. Il m'a expliqué les règles de vie. Il m'a dit que les gens étaient très droits là-bas. Tout ce qu'on s'est dit, ça ressemblait plus à des conseils d'amis. Il m'a donné quelques astuces. On a parlé de notre vie. Mais on n'est pas allé plus loin sur Mayence. 

Diriez-vous qu'aujourd'hui vous êtes son remplaçant à Mayence ?

Non, parce que chacun a sa carrière. Chacun a son foot. Les points communs entre lui et moi, c'est qu'on est Français, qu'on a le même âge et qu'on joue au même poste. Ça ne fait pas de moi son remplaçant pour autant. Pour la simple raison que je considère un remplaçant comme un joueur qui a exactement les mêmes qualités. Ce qui n'est pas le cas entre nous. Il a des qualités que je n'ai pas, et inversement. Je suis juste un joueur qui est venu à Mayence, et lui un joueur qui est parti de Mayence.


"La rigueur de travail, c'est dans l'ADN allemande"


On imagine que vous avez quand même des sources d'inspiration...

Je n'ai pas de source d'inspiration particulière. Mais je suis défenseur avant tout. Alors, même si on demande de plus en plus aux défenseurs de marquer des buts, d'être décisif, le plus important reste de bien défendre. Et pour moi, celui qui défend le mieux c'est Thiago Silva. En un contre un, défensivement, il est monstrueux.

Comment vous inspirez-vous de lui ? En regardant ses actions en replay par exemple ?

Je suis un amoureux du foot. Je regarde beaucoup de football à la télé. C'est grave ! Mais je ne vais pas faire "replay" pour voir comment il fait les choses. Les replays, je les fais sur mes propres matchs. Je fais pause et je me dis que "là j'aurais peut-être dû aller sur le porteur, là j'aurais peut-être dû reculer, j'aurais peut-être dû aller au duel." Je regarde les matchs comme un spectateur même si j'ai un œil plus attentif sur les joueurs de top niveau. Que ce soit Thiago Silva en France, les défenseurs de la Juve en Italie, Virgil Van Dijk à Liverpool ou Cesar Azpilicueta à Chelsea. Je regarde tous les joueurs, je m'inspire de tout, mais c'est sur moi que je me concentre.

PS Niakhaté
Moussa Niakhaté n'en démord pas. Le défenseur qui l'impressionne le plus est et restera le Parisien Thiago Silva.

Avez-vous l'impression que le regard des Allemands a changé sur les joueurs français ces deux ou trois dernières années ?

Clairement ! Pour en avoir parlé avec des gens là-bas, ils considèrent les Français comme des pépites. À chaque fois qu'un Français arrive, il y a très peu de chances que ce soit un flop. C'est ce qu'ils m'ont dit et je pense que la victoire en Coupe du monde a accentué ça. C'est la confirmation. Et si on regarde de près, il y a beaucoup de jeunes en équipe de France. Dembélé, Mbappé, Thauvin, Umtiti, Pogba... Pour la plupart, ils jouaient encore en Espoirs il n'y a pas si longtemps.

Que pouvez-vous dire sur la rigueur de travail allemande ?

C'est dans leur ADN. En France, ça s'apprend alors que pour eux c'est acquis. Ils sont nés avec ça et apprennent d'autres choses. En France, par exemple, ça peut arriver d'être en retard. Là-bas, ça n'existe pas. C'est une grande différence.

Pourtant en Allemagne, il est hors de question pour les piétons de traverser quand le feu est rouge...

C'est incroyable ça ! Parfois, je me dis : "Mais il n'y a pas de voiture, pourquoi ils ne traversent pas ?" Il m'est arrivé une fois de traverser parce qu'il n'y avait personne et tout le monde m'a regardé bizaremment. C'est fou ! On peut penser qu'ils sont dans l'extrême, mais ça se traduit par des résultats aussi. C'est un problème de moins à régler chez eux.

Ces petites découvertes vous font-elles évoluer à la fois en tant que footballeur, mais aussi en tant qu'homme ?

Tu apprends à chaque découverte. Et moi, j'apprends quotidiennement là-bas. J'ai toujours essayé d'être droit, d'arriver à l'heure, d'être rigoureux dans mon travail. Ça ne change pas aujourd'hui, mais j'apprends des autres et ça fait forcément grandir l'homme autant que le footballeur.


"C'est à moi de m'adapter au club, et non l'inverse"


Actuellement, vous êtes titulaire au sein de la meilleure défense de Bundesliga. Comment expliquez-vous cette solidité ?

J'explique ça par le travail de toute l'équipe. Ce ne sont pas des paroles en l'air. On défend à onze. Les premiers défenseurs sont les attaquants. C'est vraiment le résultat d'une structure d'équipe. On bosse tous aux entraînements, on est tous concernés et c'est ça qui fait qu'on est solide. Mais si on est seulement huitième avec la meilleure défense (4 buts encaissés en 7 matchs, ndlr), c'est qu'on a aussi une marge de progression...

Pensiez-vous vous acclimater si vite dans ce championnat ?

Disons que c'était l'objectif. J'ai changé de club l'année dernière et je me suis vite adapté à Metz. Je n'ai pas trop de mal à m'adapter même si c'est un autre pays et une autre culture. Je reste focus sur le football parce que c'est à moi de m'adapter au club que je rejoins, et non l'inverse.

Et la langue, ça donne quoi ?

Je n'ai pas fait Allemand à l'école, donc c'est très compliqué. Mais je m'exprime en Anglais, en espérant savoir bien parler Allemand d'ici un an.

L'apprentissage de la langue ne doit-il pas être un axe d'amélioration prioritaire pour se sentir parfaitement intégré en Bundesliga ?

Ça aide, mais je veux surtout progresser en tant que joueur, peaufiner mes qualités et m'améliorer sur mes défauts. C'est ça ma priorité. Et c'est seulement après que je vois les à côtés, avec la langue et ma vie de tous les jours, même si je veux m'adapter à ce pays pour me sentir bien ici.

Dans un championnat décrit comme "la Ligue des Talents". Une sorte de tremplin, un peu comme en Ligue 1 finalement...

C'est vrai qu'en Ligue 1 on est très bien. Il y a de plus en plus de jeunes. Même les joueurs nés en 1995 comme Rabiot ou Kimpembe paraissent vieux. En Allemagne, il y a aussi beaucoup de talents, Français ou non. Ça peut être un vrai tremplin, mais je ferai le bilan plus tard.

Propos recueillis par Benjamin Quarez, à Clairefontaine.

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