Après les départs de Ronaldo et Zidane, comment le Real Madrid gère sa nouvelle ère

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Le Real Madrid de Lopetegui doit faire face à une indispensable période de transition. Les ombres de Zidane et Ronaldo planent encore...

À Madrid, on dit que les étés sont toujours un peu plus chauds qu'ailleurs. Ces derniers temps, pour le Real, la frontière entre la rumeur et la réalité était assez nette, mais tout a changé, en juin, quand Zinédine Zidane est parti par la très grande porte, quelques jours après l'euphorie d'un nouveau sacre européen. Qu'elle ait un lien de cause à effet ou pas, cette première secousse en a engendré une seconde : le transfert de Cristiano Ronaldo à la Juventus. Comme pour certifier la nécessité de clore un chapitre. Définitivement.

Entre temps, Julen Lopetegui a pris les commandes du club après avoir délaissé la sélection espagnole pour la grande aventure du Mondial, en Russie. Mais l'ancien sélectionneur de la Roja est face à un chantier important. Après deux mois de compétition, Goal dresse un premier bilan. 


SUR LE TERRAIN - Quelques nuages à l'horizon après un bon démarrage


Que les amoureux de la Maison Blanche se rassurent après avoir dégusté du caviar, l'heure n'est pas encore au pain noir. Co-leader de Liga aux côtés du FC Barcelone, le Real, comme son rival d'ailleurs, est à créditer d'un début de saison que l'on peut qualifier de satisfaisant. La déception d'un revers en Supercoupe d'Europe contre l'Atlético (4-2) a rapidement laissé place à une belle série de six matches sans défaite. Les Merengue ont même entamé leur campagne par trois victoires rassurantes dans le contenu, avec un enseignement : le départ de Ronaldo a rebattu les cartes.

La voracité du Portugais était un atout, évidemment, mais elle appelait aussi un devoir de sacrifice. Avant même de se recentrer au fil des années, Cristiano Ronaldo s'est toujours approprié le capital buts de l'équipe dans des proportions énormes. Maintenant que le roi est parti, ses lieutenants peuvent - et doivent - prendre le siège. Karim Benzema l'a bien compris. Loué pour son altruisme et l'intelligence de ses déplacements, le Français a traversé les années avec un rôle de facilitateur de jeu qui sied à ses qualités. Il a marqué, aussi. Mais cette mission de finisseur est aujourd'hui une priorité.

PS Benzema

Comparatif des statistiques de Karim Benzema entre les saisons 2017-18 et 2018-19.

En début de saison, les deux doublés consécutifs de Benzema ont donné le ton. Ses statistiques plus globales traduisent aussi son objectif du moment. Avec un ratio supérieur à la saison passée, le numéro 9 du Real Madrid se montre également plus précis dans ses tentatives. Ses frappes et son jeu de tête sont plus cliniques que jamais. Et il est assez intéressant de constater que sa caution créative est, elle, inférieure à l'année dernière. Il avait été l'auteur de 63 occasions créées en 47 apparitions (par une dernière passe amenant une situation de but), là où il se limite à 9 occasions créées en 8 matches pour ce cru 2018-2019.

Mais il faut noter que ce "Benzema nouveau" a légèrement marqué le pas, et que l'idée d'un relai ne doit pas se concentrer sur sa seule personne. Gareth Bale, auteur d'une prestation de grande classe en finale de Ligue des champions contre Liverpool (3-1), est un autre protagoniste attendu. Sa puissance, sa vitesse, la qualité de ses frappes flottantes et l'aire du terrain qu'il fréquente lui confèrent un profil technique et athlétique qui se rapproche davantage de celui de Ronaldo. Pour le moment, le début de saison du Gallois est bon, sans plus. Auteur de 4 buts en 8 matches, Bale n'impressionne pas autant que l'an passé (1 but toutes les 163 minutes contre 1 but toutes les 112 minutes la saison dernière), bien que le plus important reste à venir. 

Avec une vision d'ensemble, c'est toute la force de frappe offensive du Real Madrid qui s'est un peu étiolée puisque Benzema et Bale, même avec des responsabilités différentes, étaient déjà là l'an passé. L'addition de talents est moins salée, c'est mathématique. Le retour de Mariano Diaz avec le numéro 7 ne fait qu'accentuer le contraste, malgré le joli but de l'ancien Lyonnais contre la Roma (3-0). Le très fin Toni Kroos avait bien résumé la pensée générale :"ce n'est pas simple de remplacer 50 buts par saison, ce que réalisait Cristiano au cours des dernières années. C'est une partie importante de notre équipe et il était crucial pour notre succès".

PS RealRatios de buts/match des joueurs offensifs du Real Madrid lors des saisons 2017-18 et 2018-19.

C'est aussi à ce moment-là que le plan de Julen Lopetegui entre en jeu. Or, sous la tutelle de l'Espagnol, le Real n'a pas vraiment changé son mode opératoire. Il reste une équipe caméléon, habile sur attaques placées et incisive à la récupération du ballon pour contrer. Une équipe qui fait l'objet d'une évolution sans révolution, avec une possession de balle un peu plus prononcée (plus de 65% en moyenne contre 60% la saison passée) et un privilège accordé au 4-3-3 avec Marco Asensio à gauche en l'absence d'Isco, quand Zidane alternait ce schéma avec le 4-4-2, en losange ou à plat. Bref, pour le moment, la touche Lopetegui n'est pas franchement visible. Tout juste est-elle perceptible.

L'entraîneur du Real Madrid a vécu son premier derby madrilène sur le banc, samedi dernier. Un match tendu, âpre et sans but, qui a eu le mérite de ne pas accentuer le doute dans les têtes après la gifle reçue à Séville en milieu de semaine (3-0). Quelque part, ce passage est révélateur pour lui. Son Real doit montrer sa capacité de réaction dans une période un peu plus contrastée, avec deux victoires sur les cinq derniers matches. Lopetegui ne doit pas oublier, non plus, que ce groupe sait aussi se préserver pour les moments qui comptent, dans les grandes batailles du printemps. C'est ce qu'il a toujours fait, tout du moins avec Cristiano Ronaldo...


EN DEHORS DU TERRAIN - Des cadres essentiels pour assurer la continuité


La Maison Blanche reste une institution bien gardée. En débarquant à la Ciudad Real Madrid, le centre d'entraînement majestueux du club, à Valdebebas, Julen Lopetegui a retrouvé certaines têtes qui connaissent sa méthode, à commencer par Sergio Ramos, capitaine impétueux et respecté. Le champion du monde espagnol a traversé les époques et connu une belle brochette d'entraîneurs, de Fabio Capello à Zinédine Zidane, en passant par José Mourinho, Carlo Ancelotti ou Rafael Benitez, entre autres. En résumé, Ramos connait la musique, le décor et les coulisses. Il était là avant le passage de Cristiano Ronaldo et reste donc là, comme un meuble, après le départ du meilleur buteur de l'histoire du Real.

Ramos Lopetegui

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Qui était donc mieux placé que Sergio Ramos pour oser minimiser le départ de CR7 ? Avec sa verve habituelle, sans froisser l'idole, le capitaine a injecté un message clair à tous les étages du club. "La perte d’un tel joueur, c’est négatif, mais ce n’est pas à cause de ça que Madrid va arrêter de gagner. Des joueurs importants sont passés dans ce club et Madrid est toujours resté au-dessus de tout. Il a décidé de tenter une nouvelle aventure et j’espère que tout ira bien pour lui."

Un message que Marcelo, à l'ancienneté comparable, a bien reçu. Le Brésilien, actuellement à l'infirmerie, est un autre dinosaure de ce vestiaire, comme Karim Benzema, ou les milieux Luka Modric et Toni Kroos. En concluant sa petite tirade sur le vide laissé par Ronaldo, l'Allemand avait atténué son propos : "Nous serons difficiles à battre encore cette année". Et puis le Croate, enfin, est bien placé pour chiper le prestigieux Ballon d'Or à Ronaldo au terme d'une année riche, qui l'a vu atteindre la finale de la Coupe du monde après sa victoire en Ligue des champions. Pour lui, le lobby de la Maison Blanche a déjà commencé. Le Real Madrid reste le Real Madrid. Les hommes passent, mais ce club ne changera jamais sa raison d'être.

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