ANALYSE – Après 9 ans au Real Madrid, Benzema est enfin un personnage principal

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Acolyte attitré de Cristiano Ronaldo, Karim Benzema veut enfin écrire sa propre histoire au lieu d'aider à rédiger celle des autres.

Stan Lee vient de mourir à 95 ans. Figure tutélaire et patriarche des super héros modernes, architecte des aventures de Spiderman et consorts, le scénariste et éditeur américain de comics n'aurait sans doute jamais pu imaginer l’éclosion de Karim Benzema et sa transformation de meilleur acolyte de Cristiano Ronaldo en protagoniste à part entière de sa propre histoire.

Depuis des années, les bruits ne cessent de courir sur l'attaquant français. Son implication dans la sextape de Valbuena, les méfaits présumés de son entourage, les propos de son ancien agent conviant la FFF à le laisser jouer pour une autre sélection... Mais la rumeur la plus folle concernant l'ancien lyonnais, c'est qu'il serait en fait un attaquant. Et un bon.

C'est un oiseau ? Non, c'est un avion ? Non plus ? C'est Superman ? Presque. C'est un attaquant plein d'assurance qui aimante les ballons et ne cesse de martyriser les défenseurs adverses grâce à une bonne science des déplacements et une confiance que l'on ne lui connaissait pas avant le départ de Cr7 à Turin et que l'on a longtemps attendu pendant la brève et désastreuse ère Lopetegui, où « Benzebut » n'a guère surnagé dans l'abîme sans fond que constituaient les prestations merengue.

Et ce n'est même pas sa forme finale

Quatre matches, quatre buts, un C.S.C. provoqué et une passe décisive, menant un Madrid agonisant il y a encore quelques semaines vers une série de quatre succès consécutifs, Benzema renaît. Peut-être même qu'il naît tout court. Dimanche encore sur la pelouse du Celta Vigo, Benzema a été l'artisan principal du succès du Real (4-2) en Galice, qui ramène le club, certes toujours sixième de Liga, à quatre points du leader barcelonais. 

Une transformation que le Real attendait depuis... une décennie. Mais qu'est ce qui a pu déclencher cette transformation éclair ? Benzema a-t-il été piqué par un grand attaquant ces dernières semaines ? On aurait plutôt tendance à pencher pour une mue graduelle, latente, attendant un environnement favorable pour se développer. Une nouvelle forme dans un nouveau fond.

Le style nonchalant et dilettante de l'ancien rhodanien lui a toujours valu des contempteurs, se repaissant de la moindre de ses contre-performances. Comme tout bon super-héros en devenir, Benzema a ses forces et ses faiblesses. Difficile à définir, à comprendre, apprécié de ses entraîneurs, mais pas des volubiles consultants, dont l'appétence pour la critique facile et définitive dans un sport en constante évolution n'a jamais été démentie grâce à un temps de parole conséquent et à un discours que Benzema convie désormais au changement avec un certain empressement.

Le contrat de défiance

9 et demi ? 10 ? Troisième pointe d'un trident ? On n'a jamais pu mettre Benzema dans une case. C'est sans doute ce qui agace le plus avec lui. Au fil des critiques, un concensus a été établi autour du buteur français, celui qui veut que l'ancien lyonnais est « surcôté » (selon Gary Lineker) ou « pas assez tueur » (selon Mourinho et sa métaphore du « chat qui part à la chasse »).

Mais son récent entrain, entrevu, à Vigo ou à Plzen, convoque les souvenirs avec le jeune Benzema qui crevait l'écran avec Lyon face aux Rangers en C1, Et ce Karim là, Bernard Lacombe s'en souvient, lui qui a longtemps couvé le natif de Bron.

De Robin à Batman

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« À l'époque, l'un des éducateurs des jeunes du club m'avait demandé de voir un attaquant de 15 ans. Il bougeait toujours en direction du but. Il faisait les mêmes mouvements qui fait aujourd'hui. C'était magique ». Se souvient le conseiller lyonnais dans des propos relayés par Marca. « Avec nous, il marquait 7 occasions sur 10. Quelque chose de similaire est en train de se produire aujourd'hui », analyse encore Lacombe.

Aussi prompte à descendre en flammes qu'à s'enflammer, la presse espagnole s'embrase pour le buteur tricolore, allant jusqu'à le traiter de « sauveur du Real » ou de garant de l'avenir du coach intérimaire Santiago Solari au sein du système duquel Benzema s'épanouit. Véritable « Daily Bugle » surveillant les moindres faits et gestes de Peter Parker, la presse ibérique, sentant le vent tourner, n'hésite pas à s'aplatir et à se retourner devant les dernières prestations de l'attaquant merengue, bien décidé à troquer l'habit bigarré et ludique de Robin pour la robe implacablement efficace de Batman. C'était pourtant loin d'être gagné pour un joueur arrivé au début de la deuxième ère Galactique avec les Ronaldo et les Kaka et qui semblait condamné à rester un personnage secondaire, uniquement nécessaire pour faire avancer l'intrigue et délivrer quelques passes décisives. 

Le pire qui peut arriver à un attaquant, c'est de rater le coche. De manquer les grandes occasions. Benzema, on le sait, n'a pas soulevé la Coupe du monde avec la France en Russie l'été dernier et ne le fera sans doute jamais. Discuté, disputé, haï, mais désormais apprécié, Benzema, pourvoyeur de ballons pour Cr7 ou Raul avant lui, est longtemps resté dans l'ombre. Aujourd'hui, à l'heure de la consécration de l'individu dans un sport collectif, où l’œil Orwellien de la VAR ne rate rien et surveille tout, où les footballeurs comptent autant pour les performances que le nombre de followers sur Instagram, où le Ballon d'Or phagocyte l'espace médiatique et où les stats draconiennes épient et châtient, Benzema réclame juste sa part de lumière.

 

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