L'héritage des Pays-Bas dans le football

Alors que la sélection batave s'apprête à défier la France en amical, il convient de se demander quelle place les "Oranje" occupent dans l'histoire du sport roi.
Pourquoi les Pays-Bas possèdent un statut si particulier dans le microcosme des fans de football, au point de faire briller des étoiles dans les yeux de milliers de supporters à leur simple évocation ? La Hollande a gagné le Championnat d'Europe en 1988 et a réussi à atteindre la finale de la Coupe du Monde en 1974, 1978 et 2010. La sélection batave n'est donc pas exactement ce qu'on peut appeler un "Serial winner". Loin du Stakhanovisme allemand et de ses nombreux succès. Mais c'est peut-être aussi ça le charme du football batave. Le culte de l'échec, le romantisme du "beautiful loser", cultivé avec soin grâce à de mémorables défaites, toujours enveloppées dans l'écrin soyeux du beau jeu et des convictions ludiques innovantes.

L'autre pays du football

Mais l'attrait des Pays-Bas ne tient pas qu'à leur statut de perdants magnifiques. Loin s'en faut. Les Pays-Bas, ce sont des équipes (l'Ajax, le PSV et Feyenoord ont signé des épopées continentales homériques à travers les années), mais aussi des joueurs et des entraîneurs. Si aujourd'hui, le nom de Johan Cruyff résonne avec le décès du Hollandais volant ce jeudi, les Pays-Bas ont connu d'autres grands entraîneurs, du révolutionnaire Michels (qui a enseigné le football total à Cruyff) au pragmatique Van Gaal.

Certains joueurs ont aussi marqué des générations entières d'aficionados. L'immense Johan Cruyff, qui vient de succomber à son cancer laissant des millions d'amoureux du beau jeu orphelins, le grand Marco van Basten, le génial Dennis Bergkamp, le technique Ruud Gullit, le monstre Frank Rijkaard, le renard Patrick Kluivert, le pitbull Edgar Davids, l'opportuniste Ruud van Nistelrooy ou encore le longiligne Edwin van der Sar pour ne citer que les plus connus. Des figures familières dans le panthéon du football mondial, des joueurs que l'on aime apercevoir au détour d'un mouvement de caméra lorsqu'on zappe sur un match, sachant qu'avec eux, le spectacle sera forcément présent. De grands joueurs, mais aussi des personnalités du football.

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Des joueurs, mais aussi des entraîneurs

Sans remporter énormément de titres, les Pays-Bas ont certainement marqué le football avec la même intensité que d'autres nations aux vitrines de trophées bien plus achalandées pour la simple et bonne raison qu'ils ont fait avancer ce sport. On a parlé des joueurs, mais il faut également mentionner les entraîneurs au moment d'évoquer le riche legs des Pays-Bas dans le football. À commencer par Rinus Michels. Le coach qui a fait de l'Ajax Amsterdam un grand d'Europe alors qu'à son arrivée, le club batave était en danger de relégation. Le championnat d'Europe 1988, remporté avec les Pays-Bas, est loin d'être son seul héritage, lui dont on perçoit l'influence jusque dans le jeu du Barça aujourd'hui. Sur le banc, Cruyff et Guardiola sont ses fils spirituels, mais ils sont loin d'être les seuls.  

Régal total

Michels, c'est aussi et surtout l'inventeur du "Football Total". Pas un schéma tactique figé. Mais un concept. Un ensemble de principes ludiques. Pressing ininterrompu (avec comme consigne de rendre le terrain plus petit pour l'adversaire quand il a le ballon et plus grand une fois qu'il l'a perdu avec le jeu de passes), recours au hors-jeu en défense et dépassement constant de fonction. La force du collectif est puisée dans chaque individu. Tout le monde peut tout faire et jamais une équipe n'avait évolué de manière aussi fluide. Une révolution, une révélation pour moult entraîneurs à commencer par Cruyff et sa Dream Team barcelonaise bien des années plus tard.

Le football batave a donc indubitablement fait avancer le football mondial. Mais les Pays-Bas, c'est aussi la contre-culture, le mythe. C'est Johan Cruyff et ses cigarettes fumées à la mi-temps, ou le même Cruyff refusant de jouer le Mondial argentin pour convictions politiques. C'est la finale des petits papiers à Buenos Aires avec les nombreuses irrégularités et intimidations de la part du public (les Néerlandais avaient d'ailleurs refusé d'assister à la cérémonie de clôture de ce Mondial). Et l'autre finale perdue contre la RFA quatre ans plus tôt. C'est le contrôle (et le but qui s'en est suivi ) de Bergkamp avec Arsenal contre Newcastle. Ce sont les jeunes de l'Ajax qui remportent la C1 en 1995 contre les stars du Milan. Autant d'images qui ont marqué le fan de football au fer… orange.

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