Le match de la honte à Gijon : la rivalité improbable entre l’Allemagne et l’Algérie

En 1982, l’Allemagne de Jupp Derwall fut coupable d’une victoire 1-0 sur l’Autriche qui qualifia les deux équipes au détriment de l’Algérie.

La rivalité entre l’Algérie et l’Allemagne est une des plus improbables dans l’histoire de la Coupe du Monde. Depuis plus de 30 ans, les deux équipes s’apprécient peu. La rencontre de ce lundi soir rappelle que la vengeance est un plat qui se mange froid pour les Nord-Africains.

En 1982, la première Coupe du Monde disputée par l’Algérie fut presque celle d’une épopée. Tombés dans le groupe du Chili, de l’Allemagne de l’Ouest et de l’Autriche, les Algériens débutèrent la compétition contre les Allemands, exagérément confiants à l’approche du match.

Nous dédierons notre septième but à nos femmes, et notre huitème à nos chiens”, clama un des joueurs allemands. Jupp Derwall, le coach, plaisanta, disant qu’il prendrait “le premier train pour Munich.

Le défenseur algérien Chaabane Merzekane se souvient qu’un des joueurs vedettes de l’Allemagne de l’Ouest annonçait qu’il jouerait en fumant un cigare. L’hubris des Allemands fut rapidement puni.

Malgré le but de Karl-Heinz Rummenigge, les Fennecs sortirent victorieux du match et devinrent ainsi la première équipe africaine à battre un pays européen en Coupe du Monde. L’Algérie perdit son deuxième match 2-0 contre l’Autriche, avant de vaincre le Chili.

Les Algériens comptaient 4 points en 3 matchs. Mais leurs chances de se qualifier pour le deuxième tour dépendaient du résultat entre l’Allemagne et l’Autriche le lendemain. Le destin intervint.

Les Allemands débutèrent le match à toute vitesse, ouvrant le score rapidement par Horst Hrubesch. La rencontre prit ensuite une tournure différente, les deux équipes s’installant dans une possession stérile et terminant le match sur un score de 1-0 qui les qualifiait toutes les deux.

L’outrage fut unanime. Eberhard Stajek, commentateur de l’ARD (une radio allemande) à l’époque, refusa de couvrir le match jusqu’au bout. Robert Seeger, son homologue autrichien, conseilla aux téléspectateurs de changer de chaîne.

Les spectateurs locaux, furieux, huèrent les deux équipes qui ne faisaient que passer la balle. Les supporters algériens agitèrent de l’argent en direction des joueurs, insinuant que le match était arrangé. La presse espagnole alla jusqu’à qualifier la rencontre de “El Anschluss”, en référence à l’annexion de l’Autriche par l’Allemagne nazie dans les années 1930.

Au terme de la rencontre, les dirigeants algériens déposèrent une plainte mais aucune règle n’avait été enfreinte par les deux équipes. La FIFA était impuissante. Depuis, néanmoins, les matchs de la dernière journée du premier tour de Coupe du Monde et de Championnats d’Europe sont disputés simultanément pour éviter que de tels épisodes ne se reproduisent.

Cette année 2014 met fin à 32 ans de souffrance pour l’Algérie. Le but d’Islam Slimani contre la Russie a permis à son équipe d’atteindre pour la première fois de son histoire les huitièmes de finales. Et c’est un joli clin d’oeil de l’histoire de voir que les Fennecs y retrouveront l’Allemagne.

Vahid Halilhodzic, le coach de l’Algérie aujourd’hui, est revenu sur cette rencontre controversée de 1982, admettant qu’il n’en avait pas un bon souvenir.

C’est un très mauvais souvenir pour moi. J’ai vu la victoire de l’Allemagne, une équipe pleine de joueurs talenteux. L’Allemagne et l’Autriche ont devancé l’Algérie, éliminée. Mais c’est du passé. Tout est possible dans le football et j’espère que ça se passera différement pour nous. C’est une compétition fabuleuse. La politique est partout, mais j’aimerais me concentrer sur le football, sur la fête dans les tribunes.

Les joueurs algériens auront sûrement envie de venger leurs aînés. L’Algérie, une nouvelle fois, sera la grosse cote face à l’Allemagne, mais les souvenirs du “match de la honte” à Gijon formeront une motivation supplémentaire contre les hommes de Joachim Löw.