Pourquoi la victoire à Barcelone est importante pour l'avenir de Zidane

Le Real de l'ère Zidane a signé un gros coup en s'imposant à Barcelone (1-2). Pour ses choix, pour ce que cette équipe a dégagé, cette victoire est vitale pour le Français.

Depuis l'arrivée de Zinédine Zidane aux commandes du Real Madrid, les poncifs pleuvent à Madrid. Par son inexpérience, sa personnalité singulière, ce passé d'ancien joueur qui sonne comme un fardeau pour ceux qui passent de l'autre côté de la barrière, Zidane engendrait le scepticisme presque naturellement. Samedi, à Barcelone, le Français a donné une vraie réponse. Et la victoire des Merengue est aussi la sienne, parce qu'elle dégage son horizon.


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LE PREMIER GROS TEST RÉUSSI


Dans une saison déjà plombée en Liga par la phase aller sous Benitez, Zidane se sait jugé sur deux points pour ses six premiers mois au Real : la Ligue des champions (objectif culturel à Madrid et devenu majeur par la force des choses), et l'impression laissée dans les grands chocs de Liga. Et sur ces deux plans bien précis, rien, pour le moment, n'était propice à casser cette image "d'incrédibilité" nourrie par ses détracteurs. La double-confrontation contre la Roma avait laissé une impression collective brouillonne, le salut du Real découlant autant d'exploits isolés que de la maladresse des Italiens. Même sensation contre l'Atlético Madrid avec le résultat en moins (défaite 0-1), comme si le Real avait subi le casse-tête annoncé par Simeone.

Pour ce déplacement à Barcelone, l'approche de Zidane est peut-être le point qui a fait basculer cette rencontre indécise. Dans l'ère contemporaine, le Real a souvent souffert d'un complexe d'infériorité contre le club catalan et son identité, ses principes ludiques, sa marge. Laver les têtes pour lever les doutes était donc la première mission du Français. Le flegme dégagé par son équipe démontre sa réussite à ce niveau-là.


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UN PLAN COHÉRENT


L'autre sujet sensible concernait ses choix tactiques et l'expression collective de son équipe. Depuis l'incorporation de Casemiro à la pointe basse du milieu, Zidane a démontré qu'il n'hésitait pas à aller à l'encontre de la vision idéaliste que l'on se fait de lui pour garantir l'équilibre. C'était jusqu'alors le plus grand mal du Real cette saison, un point faible systématiquement montré du doigt quand l'équipe n'avait pas le ballon, à l'image de la "boucherie" du premier Clasico sous Benitez (0-4).

En maintenant Casemiro pour bonifier au passage les rendements de Modric et surtout Kroos, qui ont plus de champ, Zidane a contrarié les plans du Barça au milieu. Le Real n'a pas lutté au petit jeu de la possession (68% pour les Blaugrana), mais il a éteint la maîtrise collective des Barcelonais en imprimant un faux rythme. Son quadrillage et l'abattage du Brésilien ont cassé le jeu, annihilé les angles de passe.

La relation du Français avec son groupe a fait le reste pendant le déroulement du match. Zidane a vécu la rencontre avec intensité pour garder ses troupes alertes sur son plan de jeu. "Il y a des expressions qui sortent naturellement. Parfois c'est exagéré mais je ne peux pas le contrôler, c'est comme ça. Je le vis totalement. Je suis vraiment fier de tous mes joueurs, de ceux qui ont joué et de ceux qui jouent moins, tous ceux qui ont fait que ce match puisse exister", a t-il reconnu après coup.


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UN ÉQUILIBRE NOUVEAU ET D'AUTRES PERSPECTIVES...


Après l'ouverture du score barcelonaise (56e) ou l'expulsion de Sergio Ramos (83e), aucune panique n'est apparue dans les rangs madrilènes. Le coaching du Français, aussi, a témoigné de sa volonté de ne pas altérer le scénario imaginé. Zidane a fait deux changements, Jesé et Lucas Vazquez pour Benzema et Bale. Du poste pour poste donc, et aucun signe de retrait pour conserver maladroitement l'avantage au score. Contrôler le match en annulant les points forts du Barça était finalement la partie la plus compliquée de la mission. Car pour le reste, le Real - et c'est sa grande force - maintient toujours une menace par sa faculté à contrer ou à déverrouiller une rencontre froidement, parfois contre le cours du jeu. 

Pour l'approche du match comme pour son déroulement donc, pour cet équilibre nouveau qui offre de vraies perspectives à un Real que l'on attendait plus, Zidane a marqué des points pour l'avenir dans les hautes instances du club. L'affection que Florentino Perez lui porte n'aurait pas fait le poids pour éviter le malaise en cas de tempête. Perez le sait. Zidane aussi. Reste à interpréter si c’est le Real qui a gagné ce match ou Barcelone qui l’a perdu. Tout est question de perception, Perez a la sienne. Il aurait pu voir le verre à moitié vide avec Benitez, mais avec Zizou, il le verra toujours à moitié plein...

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