Dossier - Real Madrid, un recrutement strass et palette

En s’offrant des joueurs rapides, mobiles, polyvalents et célèbres, le Real Madrid a non seulement fait rêver des millions de socios, mais a également servi un dessein tactique évident, s’offrant une grande latitude stratégique et dupliquant à l’infini ses possibilités notamment offensivement. Quand le strass rejoint la palette tactique…
A première vue, le recrutement du Real est tape-à-l’œil, vulgairement fédérateur avec un attelage hétéroclite de stars rassemblées dans un but purement mercantile. Mais quand on gratte un peu le plaqué or des noms ronflants, on découvre une équipe, ou plutôt des équipes, taillées pour la vitesse, basées sur la polyvalence et construites pour la gagne. Des postes offensifs non figés, de la profondeur, du jeu sur les ailes et de la prise d’espaces. Si le mercato madrilène est prévu pour en mettre plein la vue aux profanes, les spécialistes, eux, risquent le décollement de rétine.

Pas si bête, le mercato du Real

On peut s’imaginer que le mercato offensif est désormais achevé par l’arrivée de Benzema et de ce fait, présumer de la façon de jouer des hommes de Manuel Pellegrini. L’ingénieur chilien n’a pas fini de rebrousser les manches de sa salopette, lui qui devra résoudre une charade composée de deux adages populaires antagoniques « le mieux est l’ennemi du bien » et « abondance de biens ne nuit jamais ». Contrairement à la croyance populaire, l’ancien coach de Villarreal a participé activement au recrutement et s’il a forcément conçu sa future cathédrale en fonction des arrivées, il a toujours gardé à l’esprit son canevas.

Du compartiment défensif le plus reculé, à la pointe de l’attaque, le maitre-mot est « vitesse ». La charnière centrale Pepe-Albiol est l’une des plus rapides d’Europe avec deux joueurs qui ont fait des piges comme milieux défensifs et qui « ont du ballon ». Capables de relancer proprement de faire un dribble de dégagement salutaire ou de contrôler sans risques, ils sont parfaitement aptes à coulisser avec le bloc équipe et à couvrir les montées des latéraux en cas de besoin. Parlons-en des latéraux. En l’état, c’est Marcelo sur la gauche et Ramos sur le flanc droit qui apporteront le surnombre aux milieux de terrain. Inutile de pérorer sur la qualité des deux joueurs, même si le Brésilien est assez penché vers l’offensive. Il devrait être stimulé par l’arrivée d’Alvaro Arbeloa. Puissants, bons centreurs, capables de combiner et rapides quand il s‘agit de revenir. Les deux joueurs remplissent leurs offices.

L’attaque, la claque

Au milieu du terrain, on retrouvera un milieu défensif et un relayeur, certainement incarnés par Lassana Diarra et Xabi Alonso. Le prochain transfert du Real devrait d’ailleurs concerner ce poste de « 8 » et le Basque est l’un des candidats les plus plausibles. Bucheur, « Lass » harcèlera les offensifs adverses, adeptes de la relance courte et précise, il trouvera un complément parfait en la personne de Xabi, qui lui possède une rare précision dans le jeu long, ce qui ouvre des possibilités nouvelles dans la distribution, surtout avec les appels des Benzema et Ronaldo devant ou sur les ailes. Mais la rampe de lancement basque peut aussi se muer en renfort offensif si la situation l’exige. Nanti d’une bonne frappe, il pourrait exploiter à merveille les décalages créés par ses augustes équipiers offensifs, sans parler de son apport sur les coups de pieds arrêtés, où il s’avère aussi bon centreur que réceptionneur. 



Mais c’est bien sûr l’attaque qui phagocyte l’attention. A l’époque des Galactiques premiers, on se souvient d’un Zidane en meneur excentré à gauche, d’un Figo ailier de débordement et du duo Raùl-Ronaldo devant. Si les galactiques 1.0 adoptaient invariablement ce schéma, la nouvelle version a évolué. On imagine un 4-4-2 avec C. Ronaldo à droite et Kaka à gauche en « interiores », des milieux  ni tout à fait ailiers, ni tout à fait milieux centraux, enclins à combiner avec les latéraux, à échanger leur postes sans vergogne et à solliciter les attaquants en profondeur ou dans les petits espaces. Leur rôle, la création, le décalage, avec libre inspiration et volonté de réaliser l’avant dernière passe. La conclusion est également de leur ressort, car la paire à 160 millions d’euros peut tout à fait se faufiler dans l’entonnoir et s’habiller des oripeaux d’attaquants, flouant ainsi les défenses.



Mais ce privilège d’évoluer en électron libre, il n’est pas exclusif à Kaka et à Ronaldo. Les deux attaquants, Benzema et Higuain par exemple, peuvent également endosser des responsabilités de création, de provocation, de débordement etc… Ils ont le bagage technique et surtout la vitesse pour le faire et quand une défense doit gérer quatre joueurs de cet acabit, aussi peu prévisibles et plus décisifs les uns que les autres dans la surface, les dégâts peuvent être considérables. Le système galactique, dont la plus grande faille était le fait que le jeu se reposait trop sur l’inspiration individuelle, corrige ici ses défauts en conviant tous les joueurs à caractère offensif à une folle sarabande. On peut imaginer d’autres formations, plus exotiques et plus exigeantes en termes de repli  défensif, avec par exemple une tactique à une seule pointe « pivot » (comme Van Nistelrooy ou Huntelaar) alimentée par deux ailiers (Robben et Ronaldo ?) et un mediapunta (Kaka) ou un 4-3-3 barcelonais, mais dans tous les cas, le système est viable, car toutes les recrues sont rapides et polyvalentes. Et si la grande prouesse du mercato madrilène était de s’acheter une identité de jeu ?

Hocine Harzoune