ANALYSE | Sterling a-t-il fait le bon choix ?

Cinq mois après l'avoir quitté, Raheem Sterling retrouve ce samedi son ancien club de Liverpool. Le moment est propice pour s'interroger si son choix de carrière a été bon ou pas.

GOAL Par Naïm Beneddra

Que pensent les fans de Liverpool de Raheem Sterling ? Pour le savoir, il n'est même pas utile de se promener dans les rues du Merseyside tant la réponse parait évidente. Les supporters des Reds n'ont plus aucune sympathie pour celui qui fut pourtant l'un de leurs joueurs préférés il y a encore quelques mois. La manière dont l'intéressé a forcé son départ est certainement pour quelque chose dans le désamour qu'il suscite du côté d'Anfield. Mais si son impopularité nouvelle auprès de ses anciens fans ne fait pas l'ombre d'un doute, on peut, en revanche, évaluer la pertinence de la décision qu'il a prise en quittant son premier club pro pour Manchester City.

Sur le plan économique, le débat n'a pas lieu d'être. Du côté des Eastlands, Sterling touche cinq fois son salaire à Liverpool. Pour tout joueur de football, et au-delà de toutes les autres considérations qu'il peut y avoir, c'était une proposition difficile, voire impossible, à refuser et celui qui dirait le contraire mentirait. Même si ses anciens dirigeants étaient disposés à faire de gros efforts dans ce domaine pour le retenir, l'ailier d'origine jamaïcaine ne peut être blâmé pour avoir opté pour un long (cinq ans) et juteux contrat. D'autant plus que lors des mercatos antérieurs, il avait su dire non aux appels extérieurs en ayant l'espoir que les Reds le récompensent pour sa fidélité.

Il a rapidement séduit Pellegrini

Et qu'en est-il du domaine sportif ? Au vu des ambitions des deux équipes concernées, il serait inopportun d'affirmer qu'il a perdu au change. A Liverpool, et si l'on excepte la saison 2013/2014, Sterling jouait au mieux pour une place en Ligue des Champions. Et son palmarès personnel faisait peine à voir, puisque vierge de toute ligne. A City, en revanche, il a aujourd'hui l'opportunité de batailler pour la course au titre en Premier League, de même que l'assurance de participer chaque quinze jours à la plus belle des compétitions européennes. Pour un joueur de son âge (20 ans), en quête constante de progression, c'est un vrai pas en avant et ce n'est pas la différence qu'il y a dans le prestige global des deux clubs qui fera dire le contraire.

En rejoignant les Citizens, la seule véritable inquiétude que Sterling pouvait nourrir est celle qui concerne son temps de jeu. Au vu de la richesse de l'effectif de Manuel Pellegrini, le natif de Kingston n'était pas sûr d'être plus souvent présent sur le terrain que sur le banc. Mais, finalement, il fait bien partie des premiers choix du technicien chilien. Sur les 16 matches joués jusque-là par les Light Blues en PL et en C1, il en a disputé 15, dont 14 comme titulaire. Même à Liverpool, il ne jouissait pas d'une confiance aussi importante alors que la concurrence y était moins féroce. C'est une belle réponse, voire un pied de nez, à tous ceux qui estimaient qu'il se brûlerait les ailes en quittant son nid douillet pour une destination aussi risquée.

Sa place à l'Euro est presque assurée

Qui dit temps de jeu conséquent, dit nécessairement performances convaincantes. Sous ses nouvelles couleurs, il totalise déjà 5 buts, soit 1 un toutes les 3 rencontres. Et c'est presque autant que tout au long de la campagne écoulée avec les Reds (7). A son actif notamment un triplé réalisé contre Bournemouth (17 octobre), le tout premier de sa carrière, ainsi que le but très important inscrit en Ligue des Champions sur la pelouse de Séville (3-1) et qui a permis aux siens de se mettre sur la voie du succès. Sa rentabilité demeure donc intacte, y compris au niveau de ce qui constitue son point fort, à savoir les dribbles et les provocations balles au pied sur son flanc. C'est la preuve qu'en changeant de club, il n'a souffert d'aucune restriction et a toute latitude de pouvoir s'exprimer comme il se fait le faire.

On dit qu'il n'est pas vraiment bon de changer de clubs à un an d'une grande compétition internationale. Mais, cette recommandation ne concerne probablement pas les joueurs d'exception comme Raheem Sterling. Depuis l'entame de la saison, il prouve que la découverte d'un nouvel environnement, avec tout ce que cela comporte comme inconvénients et exigences, ne le pénalisait guère. Et c'est d'autant plus valorisant lorsqu'on se rappelle qu'il a à peine vingt ans. Ce n'est pas Roy Hodgson, le sélectionneur anglais, qui risque de nous contredire, lui qui a aligné à neuf reprises (sur dix rencontres jouées) son nouveau prodige en éliminatoires de l'Euro, dont huit fois d'entrée de match. Autant dire qu'à moins d'un désastre (blessure ou autre) ou un improbable concours de circonstances, les Anglais verront Sterling défendre leurs couleurs l'année prochaine en France. Et ils seront tous à fond derrière lui. Sauf peut-être les fans de Liverpool. 

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