Sassuolo, l’irréductible club fait de la résistance en Serie A

Tandis que la Serie A accueille toujours plus de joueurs étrangers chaque année, un club fait de la résistance : Sassuolo. Zoom sur un club pas ordinaire.

Le 23 avril dernier, l’Inter accueillait l’Udinese. Si le résultat a été vite oublié, une donnée reste encore dans tous les mémoires. Et pour cause, pour un match du championnat d’Italie, il n’y avait tout simplement aucun italien parmi les 22 joueurs titulaires. De quoi faire s’arracher les derniers cheveux à Arrigo Sacchi, grand pourfendeur d’une Serie A qui ne fait plus confiance à ses jeunes joueurs et de clubs toujours plus prompts à dépenser des millions pour des espoirs sud-américains plutôt que de donner du temps de jeu aux jeunes pousses transalpines.

Pendant ce temps, à 200kms au Sud-est de Milan, Eusebio Di Francesco savourait encore sa prolongation de contrat avec Sassuolo. Désormais lié jusqu’en 2019 avec les Neroverdi, l’ancien milieu de terrain de la Roma dirige une équipe séduisante dans le jeu et actuelle 7e de Serie A. Dans cette petite ville de 40 000 habitants nichée en Emilie-Romagne, le rêve de jouer dans l’élite du football italien est devenue une réalité depuis trois ans maintenant. Et à deux journées de la fin de la saison en cours, Sassuolo est assuré d’obtenir le meilleur classement de son histoire.

Le club de Sassuolo c’est avant tout un homme : Giorgio Squinzi, boss de l’entreprise Mapei, bien connue des spectateurs du Tour de France, et à la tête de la Confindustria, le Medef italien. Un type qui ne manque pas d’ambition pour son entreprise, son pays et son club de foot. Un homme qui, comme de nombreux autres avant lui en Italie, a d’abord réussi dans les affaires avant de s’engouffrer dans le sport.

Depuis l’arrivée de son généreux président en 2002, Sassuolo n’a cessé de gravir les échelons en montant de trois divisions en onze ans seulement. Désormais bien installé en Serie A, le club s’assoit sur des bases solides. Son stade, le Mapei Stadium, lui appartient. Squinzi agit dans l’urgence lors de la montée du club en 2013, le stade de Sassuolo n’étant pas homologué. Il achète alors le stade de Reggio nell'Emilia, à 25kms de là, et le modernise année après année pour lui assurer une indépendance financière.

Le club de Sassuolo possède une particularité. Tandis que la Serie A est composée de 56% de joueurs étrangers, les Neroverdi n’affichent que quatre joueurs non-Italiens dans un effectif de 26 éléments. Le cumul de matches joués par des joueurs italiens cette saison est le meilleur de Serie A avec 394 rencontres  disputées, quand l’Inter et l’Udinese, les deux cancres du 23 avril dernier, en comptent respectivement 50 et 52. Cette volonté affichée par le club, et défendue par Squinzi, possède un avantage selon Eusebio Di Francesco. "Il est certain que le fait de pouvoir compter sur un maximum de joueurs italiens nous aide dans la communication et dans la volonté de faire passer nos messages et nos intentions de jeu", explique l’entraîneur de 46 ans.

Capable de frapper fort pendant les périodes de mercato (10M€ pour Zaza, autant pour Berardi), le club mise sur le développement de jeunes pousses dont ne veulent pas les grands clubs. Ainsi, les Neroverdi piochent abondement dans le centre de formation de la Roma, l’un des meilleurs d’Italie. Antei, Pellegrini, Mazzitelli, Politano ont fait le chemin depuis la capitale romaine et ce n’est sans doute pas terminé. Les joueurs trouvent un environnement favorable pour leur épanouissement, loin de l’agitation des grandes villes. Ils sont encadrés par un entraîneur prônant l’obtention de résultats par le jeu à base de pressing haut et de phases alternant les transmissions rapides contre les gros clubs et celles de possession face aux plus petits adversaires.

Les bonnes performances de Sassuolo ont permis à plusieurs de ses éléments de goûter à la Nazionale. Giorgio Squinzi est d’ailleurs fier de faciliter le travail d’Antonio Conte, qui se plaint régulièrement du manque de solutions. "Avec la crise économique et les nombreux joueurs étrangers, le vivier de joueurs italiens se réduit en Serie A", affirmait-il encore en février dernier. Le patron de Sassuolo acquiesce : "Conte est en difficultés quand il doit convoquer les joueurs. Il y a des Italiens qui s’exilent pour trouver du temps de jeu. Quand nous avons gagné sur la pelouse de l’Inter cette saison, notre XI était composé de 9 Italiens. En face, zéro." C’est ainsi que Consigli, Acerbi, Sansone et Berardi ont tous été convoqués grâce à leurs performances sous le maillot des Neroverdi.

Face à des concurrents (Genoa, Udinese, Palerme) qui deviennent année après année des places de marché locales où des présidents-traders font venir et partir de nombreux joueurs étrangers en pensant aux plus-values, sans logique sportive, Sassuolo dénote et apporte un vent de fraîcheur bienvenu. Une petite brise pas loin de donner un vilain coup de froid à ses adversaires, des plus modestes aux plus gros (victoires contre la Lazio, la Juve, Naples, Milan et l’Inter cette saison), dans la plus belle des reconstitutions du petit village d’irréductibles résistants.