Euro 2012 - Blanc, et maintenant ?

Laurent Blanc a atteint l'objectif qu'il s'était fixé et que lui avait assigné Noël Le Graët, mais son bilan est mitigé alors que les négociations se profilent.
Un bilan mitigé. C’est un euphémisme. C’est ce qui ressort de toutes les bouches, livrées à la gueule de bois, ce dimanche matin. Attention toutefois à ne pas confondre gueule de bois et langue de bois. Car l’heure est au bilan sincère et sans concession, sur un Euro qui a vu des Bleus atteindre leurs très modestes objectifs tout en laissant un gout amer dans les gosiers de leurs supporters. Cette équipe n’étant plus à un paradoxe près, concentrons-nous plutôt sur le futur de Blanc en essayant de savoir s’il est sur liste noire.

Acquis et défaillances

Son bilan, c’est un peu celui de son équipe durant l’Euro. Il est fait d'acquis comptables indéniables et de défaillances collectives et individuelles évidentes. Les Bleus, cyclothymiques, sont passés de l’espoir (face aux Anglais), à l’euphorie (après le succès devant l’Ukraine), puis à la dépression (devant la Suède) pour enfin céder à l’apathie face à l’Espagne. Des états d’âme multiples, pour une équipe qui n’a jamais eu d’âme. Encore un paradoxe. Au final, Laurent Blanc et ses joueurs peuvent mettre à leur crédit deux performances. D'abord avoir mis fin, en battant les Ukrainiens, à une série sans victoire dans une compétition majeure marquée par les échecs de l'Euro 2008 et du Mondial 2010. Ensuite, s'être qualifié pour un quart de finale pour la première fois depuis la Coupe du monde 2006. Mission accomplie donc mais qui n'assure pas pour autant la reconduction du sélectionneur à la tête des Bleus, alors qu’un âpre round de négociations se profile, avec un interlocuteur plutôt coriace.

Nommé en juillet 2010 avec un contrat de deux ans, Blanc doit rencontrer dans les jours qui viennent le patron de la FFF pour évoquer son avenir. "Le Président" avait tenté d'obtenir du président avant l'Euro une prolongation de son mandat mais il s'était heurté à une fin de non-recevoir de la part de son interlocuteur.  Contrairement à ses prédécesseurs, Le Graët veut être très présent aux côtés de l'équipe de France, comme il l'a fait en permanence pendant l'Euro, un entrisme pas forcément du goût de Laurent Blanc. En bon gestionnaire et chef d'entreprise qu'il est, l'ancien président de En Avant Guingamp a aussi veillé à réduire le budget de l'équipe de France, en limitant au maximum les déplacements et en optant pour des hôtels confortables à défaut d'être luxueux. Le patron de la "3F" a notamment indiqué pendant l'Euro que les contrats en CDD de certains membres de l'encadrement seraient réexaminés à leur terme, c'est-à-dire dans les prochains jours. Pendant la compétition, Laurent Blanc a pu disposer autour de lui de 23 collaborateurs, toutes activités confondues, alors que l'Italie en compte une quarantaine, l'Angleterre entre 25 et 30, tout comme l'Espagne et l'Allemagne.



Le vestiaire acquis à sa cause

Pour  ce qui est des joueurs, ils sont pour que Blanc reste. Du moins, c’est ce qu’ont déclaré ceux qui ont accepté de s’exprimer depuis hier. M’Vila a dit clairement « je veux que Blanc reste », Ribéry a aussi affirmé que « Blanc a fait du bon travail et qu’il faut continuer avec lui ». Benzema a insisté sur le fait que « l’équipe progresse tout doucement et qu’il faut continuer sur cette voie ». Lloris, capitaine malgré lui, est sur la même longueur d’onde. Par contre, il n’y a eu aucune réaction de la part des joueurs qui ont semé le trouble dans le vestiaire, comme Nasri, Ben Arfa ou Diarra. Et c’est la même chose pour les anciens de l’équipe que sont Malouda et Evra.

Lors de leur prochain tête-à-tête, Noël Le Graët pourrait donc proposer un nouveau contrat au sélectionneur, mais à ses conditions. En demandant avant l'Euro à continuer à la tête des Bleus, Laurent Blanc a laissé percer son envie, mais son caractère n'incite pas à penser qu'il rempilera quelle que soit l’offre. Surtout s'il dispose d'une carte mystère, comme une offre sérieuse de la part d'une formation étrangère huppée. Dans ses manches, Blanc dispose d’un autre atout, la politique de la FFF de ne pas recruter d’ entraineurs étrangers. Et les candidats français ne se bousculent pas au portillon. Les plus en vue ont le même profil que Blanc avec peu d’expérience internationale. A Blanc de jouer donc, s’il veut rester. Espérons pour lui qu’il organise mieux sa défense face à Le Graët que face à l’Espagne.