Retro Euro 1976 - La surprise tchécoslovaque

Nous poursuivons notre rétrospective des différentes éditons de l'Euro en s’arrêtant à l'épreuve de 1976 qui a vu la Tchécoslovaquie triompher en déjouant tous les pronostiques.
LE PAYS HÔTE - YOUGOSLAVIE

Le cinquième Championnat d’Europe des Nations a été organisé en Yougoslavie et comme lors des quatre éditions précédentes quatre sélections seulement ont été invitées à participer au tournoi final. Les quatre matches, à savoir les demi-finales, le match de classement et la finale, se sont joués en l’espace de quatre jours. Entre le 16 et le 20 janvier 1976. Mais ces rencontres ont débouché sur un spectacle assez plaisant.

L’Euro 1976 a été, en fait, le dernier à se jouer dans le format en question. L’édition d’après a été agrandie avec la participation de 8 sélections. Par ailleurs, c’était aussi la dernière fois que la pays hôte, en l’occurrence la Yougoslavie, a été contraint de passer par les qualifications pour obtenir son ticket.

A cette époque, la Yougoslavie était un pays qui regroupait six républiques socialistes : la Bosnie-Herzégovine, la Croatie, la Serbie, le Macédoine, le Moténégro et la Slovénie, en plus de deux provinces autonomes. Deux stades ont été choisis seulement pour organiser ce rendez-vous. Celui de l’Etoile Rouge à Belgrade et l’enceinte Maksimir de Zagreb en Croatie.
 
LE TOURNOI QUALIFICATIF

EN CETTE ANNÉE 1976...
* En mai, la Concorde lance les deux premiers vols de ses avions commerciaux.

* Les États-Unis célèbrent leur deuxième centenaire est Jimmy Carter devient le premier président sudiste depuis la Guerre civile. Il devance l’encombrant Gerlad Ford aux suffrages.

* Rocky remporte l’oscar du meilleur film. Il est choisi au détriment des « Hommes de Président », « Main basse sur la télévision » et « Taxi Driver ».

* Une collision aérienne entre un avion yougoslave (le DC-9) et un autre britannique (Airways Trident) fait pas moins de 176 morts.

* A seulement 14 ans, la gymnaste roumaine Nadia Comaneci obtient la note parfaite (10) lors d’un concours et remporte trois médailles d’or aux Jeux Olympiques.
La Tchécoslovaquie a pris la première place du Groupe 1 et ce malgré sa large défaite en match d’ouverture face à l’Angleterre à Wembley (3-0). Un match qui avait vu le controversé Don Revie faire ses débuts comme sélectionneur des Three Lions. Les Anglais ont ensuite atomisé le Chypre, avec notamment un quintuplé de Malcolm McDonald, mais ils ont échoué dans la qualification en se faisant accrocher par le Portugal à deux reprises et en perdant au match retour contre la Tchécoslovaquie.

Contrairement à son voisin, le Pays de Galles ne s’est pas manqué durant ses éliminatoires. En battant notamment la Hongrie à deux reprises, cette sélection a gagné le droit de disputer les quarts, dont les vainqueurs se qualifiaient pour la phase finale de l’Euro. De son côté, la Yougoslavie a surclassé le Groupe 3, tandis que dans le Groupe 4, où 8 des 12 matches matches se sont achevés par des nuls, l’Espagne est restée invaincue et a fini devant la Roumanie, aussi invincible mais qui a concédé 5 scores de parité.
La poule 5 a vu les Pays-Bas dominé les débats, devançant notamment la Pologne et l’Italie.

L’URSS, pour sa part, a remporté le sixième groupe et ce en dépit d’un large revers contre l’Eire. La Belgique est sorti sans encombre du Groupe 7 et, pour finir, la RFA, tenante du titre, a fait honneur à son rang dans la dernière poule.

En quarts de finale, la Tchécoslovaquie s’est défaite de l’URSS sur un score de 4-2 sur l’ensemble de deux matches avec notamment trois buts de l’excellent Jozef Moder. Le beau parcours des Gallois a pris fin face à la Yougoslavie (1-3) au terme d’une seconde manche à Cardiff qui s’est avérée être très disputée. Le choc entre les Espagnols et les Allemands de l’Ouest a tourné en faveur de ces derniers. Après un nul 1-1 à Madrid, ils ont fait le travail au retour chez eux avec des réalisations signées Uli Hoeness et Klaus Topmoller. Pour conclure, les Pays-Bas ont atomisé la Belgique. 7-1 sur l’ensemble deux parties avec, en passant, un triplé de Rob Rensenbrink au match aller.
 
LE TOURNOI FINAL

LES MEILLEURS BUTEURS

Dieter Muller
Dragan Dzajic
Ruud Geels
Pays
RFA
Yougoslavie
Pays-Bas
Buts
4
2
2
La première demi-finale s’est jouée à Zagreb et a mis aux prises la Tchécoslovaquie aux Pays-Bas. La sélection de l’Est a marqué les esprits en mettant en place une tactique qui a totalement contrecarré les plans des Néerlandais et de leur duo Johan Cruyff – Wim Van Hanegem. A la mi-temps, les Tchèques menaient 1-0 d’une manière méritée après qu’Anton Onduras ait repris victorieusement de la tête un centre millimétré d’Antonin Panenka.

A l’heure du jeu, la Tchécoslovaquie fut réduite à dix suite à l’expulsion de Jaroslav Pollak. Les Bataves en profitaient 13 minutes après en revenant à la marque et c’est Anton Onduras qui les remis dans le match en scorant, cette fois, dans le mauvais coté. 1-1, ce fut le résultat au bout de 90 minutes de jeu et on dut alors jouer les prolongations. Mais avant cela, l’égalité numérique fut également rétabli suite au rouge infligé à Johan Neeskens.

On jouait la 114e minute de jeu quand Zdenek Nehoda, libre de tout marquage dans la surface, propulsait de la tête et dans les filets un service de Frantisek Vesely. Complètement déboussolés par ce scénario, les Pays-Bas ont terminé le match à l’envers. Van Hanegem se faisait expulser à son tour, puis Veseley inscrivait le 3e et dernier but de la Tchécoslovaquie.

La seconde demie s’est déroulée à Belgrade. La RFA y passa par toutes les sensations. A deux doigts de se faire éliminer par la Yougoslavie après avoir concédé deux buts, signés Danilo Popivoda et Dragan Dzajic, elle a eu les ressources de se rebeller et de recoller au score. Pour cela, elle a compté notamment sur le coaching gagnant de Helmut Schoen, qui a opéré deux changements judicieux. Sorti du banc, Heinz Flohe réduisait la marque à 2-1, avant que Dieter Muller, également remplaçant au coup d’envoi, ne renversa complètement la situation en réalisant un hat-trick à l’occasion de ce qui était son premier match en sélection. Il en a mis deux en prolongations.

Abattus par ce revirement de situation, les Yougoslaves n’ont pas été capables de sauver les apparences en remportant la petite finale qui les a opposés aux Pays-Bas. Pourtant, cette fois, ils sont revenus à 2-2 après avoir été menés 2 à 0. Josip Katalinski et Dzajic ont répondu aux realizations de Ruud Geels et Willy van der Kerkhof. Mais leurs prolongations leur ont été fatales. Geels récidivait en portant le score à 3-2 pour les Oranje, avant que George Knobel ne mette fin à tout suspense dans ce match en marquant le 4e et dernier but des siens..
 
LA FINALE
Tchécoslovaquie - RFA : 2-2 a.p.
(
La Tchécoslovaquie victorieuse 5-3 a.t.b.)

En remportant sa demi-finale d’une manière renversante, la RFA a clairement manifesté son intention de garder son bien durant cet Euro. Et c’est ce qu’elle a fait aussi durant la finale, mais la chance lui a tourné le dos avec une défaite concédée dans l’épreuve des tirs au but. La première de l’histoire de la compétition.

Dans un stade de Belgrade acquis à leur cause, les Tchécoslovaques ont entamé le match tambour battant. Il leur a suffi huit minutes seulement pour ouvrir le score. Après avoir remarquablement quadrillé le terrain, ils s’en remettaient à Jan Svehlik pour battre Sepp Maier une première fois. Puis ce fut au tour de Karl Dobias de doubler à la mise à la 26e, à la réception d’un coup franc de Masny.

A ce deuxième but, la RFA a répondu immédiatement grâce à son homme providentiel, Dieter Muller. Mais, elle a du attendre la 89e minute de jeu pour en mettre un second, celui de l’égalisation. Bernd Holzenbein envoyait les siens en prolongations en convertissant de la tête un centre de Rainer Bonhof.

La tournure hitchcockienne de cette rencontre a pris fin et les deux sélections ont été contraintes de se partager aux tirs au but. L’exercice en question a sourit aux Tchécoslovaques. Après 7 tirs victorieux de part et d’autres, Uli Hoeness manquait le sien, tandis qu’Antonin Panenka ne se ratait pas ensuite devant manière. Il donna à un pénalty en feuille morte son nom, mais il offrit aussi et surtout à la Tchécoslovaquie son premier trophée international.
 
LE JOUEUR DU TOURNOI

Il a commencé le tournoi comme un remplaçant, et il l’a fini comme un titulaire buteur et vainqueur. En deux matches, il a totalisé pas moins de quatre réalisations. Mais, tout cela ne l’a pas empêché de connaitre une carrière internationale assez brève, contrairement à son homonyme Gerd Muller, avec seulement 12 sélections honorées.

Muller, qui portait à l’époque les couleurs du FC Cologne, est sorti de sa boite en demi-finale. Incorporé comme remplaçant pour ce qui était sa première cape, il a été le principal artisan de la belle victoire de RFA (4-2) avec trois buts marqués, dont deux en prolongations. En finale, il a fait moins bien, mais cela a suffi pour la conquête du sacre.

Muller, qui a repris le prénom de son père qui fut également un ex-joueur professionnel, garde aussi un record en Bundesliga ; celui du plus grand nombre de buts marqués en un match. Il en a mis six à Werder un jour de 1977. Il a terminé sa carrière là où il l’a débuté, à savoir aux Kickers d’Offenbach. Aujourd’hui, à 57 ans, il en est encore le président.
 
LE MOMENT DU TOURNOI

Antonin Panenka a été le dernier buteur tchécoslovaque dans la séance des tirs au but victorieuse en finale contre la RFA. Et son essai fut une merveille de genre, jamais vu jusque-là, au point de donner son nom au geste en question.

En tant que dernier tireur, Panenka avait toute la pression du monde sur ses épaules frêles d’un petit milieu de terrain. Mais elle ne l’a nullement gêné. A la fois bourré d’audace et d’innovation, il trompa Maier d’un tir en feuille morte en plein axe, alors que Maier, le gardien de la RFA, avait choisi un côté où plonger.

Après cette consécration et ce triomphe personnel, Panenka a bien accepté de livrer les secrets de son geste. Il a avoué l’avoir longtemps pratiqué à l’entrainement au sein de son équipe de Bohemians Prague. « J’ai jugé qu’il était probablement plus facile de scorer en feintant le gardien et n’avoir ensuite qu’à mettre le ballon tranquillement dans l’axe. A l’entrainement, je l’ai fais et ça avait un grand charme » a-t-il déclaré.
 
LE MATCH DU TOURNOI
La finale

Rarement une finale d’un grand tournoi majeur international avait été aussi brillante, aussi passionnante et aussi spectacle que celle de cet Euro 1976. Le match ne s’est pas simplement mis à la hauteur des attentes qu’il générait, mais il les a largement dépassées. De part le jeu qui y fut pratiqué, son côté indécis, renversant et aussi théâtral à travers la séance des tirs au but, il est encore considéré comme l’une des meilleures, si ce n’est la meilleure, finale de cette compétition.

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