Avant Caen-Marseille, portrait de N’Golo Kanté

Le Caennais N’Golo Kanté, révélation de ce début de saison en Ligue 1, n’a que vingt-trois ans et deux saisons en pro derrière lui. Portrait d’un petit phénomène.

Les belles histoires se ressemblent toutes, quelque part. Une explosion, souvent inopinée, abrite un cheminement, toujours atypique, parfois anormal. N’Golo Kanté a vraiment le profil de l’heureux protagoniste. Ce jeune Franco-malien de vingt-trois printemps ne se serait jamais projeté dans l’univers d’un joueur de foot pro, il y a encore quatre ans, lorsqu’il écumait les pelouses d’Ile-de-France avec son petit club de Suresnes. Avant qu’il ne tape dans l’œil de l’US Boulogne pour monter d’un cran, le foot était la récréation de son quotidien. Dans le Nord, le jeune homme a brillé, pour ensuite s’immiscer dans l’univers du haut niveau grâce à Caen, mais rien n’a changé. À contempler son expression et sa félicité, la récréation continue.

Il suffit de visionner une seule rencontre de ce milieu de terrain pour reconnaître sa patte. Son morphotype est peu commun, déjà. 1m69, et un gabarit trapu d’apparence, pas vraiment orthodoxe pour s’inscrire dans les joutes physiques du foot français. La saison dernière, N’Golo Kanté a pourtant illuminé l’antichambre en portant Caen sur ses épaules dans la rude Ligue 2, dès son arrivée, et jusqu’au terme d’une campagne salvatrice pour le club normand. On dit que le haut niveau n’a pas de frontière, le saut à l’étage supérieur s’est donc fait naturellement. Ce type de trajectoire atypique est devenu un grand classique ces dernières années, mais il fait toujours son effet. En Ligue 1, les prestations de Kanté étonnent. Son style, lui, détonne.

Le Caennais possède toute la palette du milieu moderne. Dans les phases offensives, son explosivité fait des ravages pour transpercer les lignes et créer un décalage. Sa façon d’éliminer est très saillante. Sans fioriture, sans joga bonito, et parfois même sans dribble avéré, Kanté dépose son adversaire sur un contrôle et un changement d’appui. Sa technique en mouvement et son centre de gravité fluidifient ce jeu à base d’accélérations régulières, avec un perpétuel dépassement de fonction, et c’est certainement la pire des données pour un tacticien perfectionniste, parce qu'elle casse tous les plans.

Il y a le rôle de l’insaisissable, donc,  percevable au premier coup d’œil, mais le Franco-Malien entre aussi dans la caste des travailleurs de l’ombre lorsque son équipe n’a pas le ballon. Son volume de jeu est bluffant pour alterner les courses défensives et offensives dans la verticalité. Son harcèlement permanent est également précieux à la récupération pour gratter le plus de ballons possible et amorcer un contre avec une passe couteau. Perforateur, pile électrique, avaleur d’espaces, toutes ces images définissent la révélation de ce début de saison avec un déchet relativement limité pour une prise de risque prééminente dans son jeu. C'est une prouesse notable, là aussi.

Quelle va être la suite de l’itinéraire ? Les premiers pas de Kanté dans l’élite ont tout de suite séduit, mais ces promesses appellent une confirmation sur la durée. La plus belle des approbations, pour matérialiser cette influence sur l’équipe, serait le maintien d’un club si souvent cloîtré dans l’ascenseur entre les deux divisions, le tout saupoudré de fréquents coups d’éclat. Le déplacement à Marseille, samedi, sera une nouvelle occasion pour prendre la lumière. C’est le pari d’une année à réussir, comme celui des précédentes, pour franchir un autre palier, encore. Comme d’autres anciennes gloires des divisions inférieures avant lui. Comme Franck Ribéry, par exemple, passé par Boulogne, lui aussi. La belle histoire n'est pas finie.